La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"La vie sauvage", Thomas Guzig

"... là d'où je venais, du fond de ce continent en miettes, du fond de cette forêt trempée et compacte, les seuls signaux qui passaient étaient ceux des promesses qu'il fallait tenir et des amours qu'il fallait retrouver."

Bébé rescapé d'un accident d'avion, Charles grandit dans la jungle africaine. Retrouvé par hasard le jour de ses seize ans et ramené à sa famille, il va découvrir les misères de la civilisation dans une petite ville du nord de l'Europe. La rage au ventre, il mettra tout en oeuvre pour retourner d'où il vient (...)

(bon, je ne vais pas faire genre, hein, tout le monde sait que je suis fan...)

Cynique, piquant, (im)pertinent, pince-sans-rire, pointu, incisif, voilà bien des adjectifs qui pourraient coller à Thomas Gunzig, à ses cafés (très) serrés, ses romans et ses statuts Facebook. Mais à la lecture de La Vie Sauvage, et sans doute dans un phénomène de transfert mental assez lourdingue (sauvage, savane, tout ça...), c'est féroce qui s'est imposé à moi. Féroce dans le portrait au vitriol de notre (ouais, ça fait mal, hein, ce "notre"?) société dite"civilisée", un enfer qui  avait pris la peine de se construire un décor : les bobos fans de yoga, aux maisons bien rangées dans lesquelles, une fois la porte fermée... (coucou Brel!), les profs, les psys, les boutonneux accros à leur smartphone, à youporn et aux réseaux sociaux, tout le monde en prend pour son grade, et on se surprend presque à sourire tant les mots sonnent justes, avant de réaliser que, finalement... Ce sont nos certitudes et nos façons d'être qui sont ébranlées, et le sourire se transforme en un vilain rictus, mi-gêné, mi-choqué (madame Carpentier, quand même, quoi!).

Féroce et cruel donc, mais aussi poétique, parce que la langue est parfois fulgurance, parce qu'on croise Baudelaire (évidemment!), le Cantique des Cantiques, Verlaine et Paulo Coelho (trouvez l'erreur, et vous gagnerez un chokotoff virtuel), parce que Charles et Septembre, parce que l'amour, le vrai, celui des enfants de Prévert :

Les enfants qui s’aiment s’embrassent debout
Contre les portes de la nuit
Et les passants qui passent les désignent du doigt
Mais les enfants qui s’aiment
Ne sont là pour personne
Et c’est seulement leur ombre
Qui tremble dans la nuit
Excitant la rage des passants
Leur rage leur mépris leurs rires et leur envie
Les enfants qui s’aiment ne sont là pour personne
Ils sont ailleurs bien plus loin que la nuit
Bien plus haut que le jour
Dans l’éblouissante clarté de leur premier amour.
 
La Vie Sauvage, féroce est poétique, est finalement un roman à l'image de son auteur : profondément humain.

 

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Fanny 27/09/2017 17:11

Finalement i me tenterait bien ce petit Gunzig! J'ai déjà lu Manuel de survie l'usage des incapables et c'était pas mal!

Jacqueline 27/09/2017 15:54

Je vais me laisser tenter .... ton billet 'me parle'.....Ce sera ma première lecture de cet auteur...