La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"Je t'enverrai des fleurs de Damas", Franck Andriat

"Ma fragilité me fait peur, mais, vous savez, je l'aime bien. Je la protège en évitant de la montrer aux autres. Mes coups de gueule, c'est une façon d'écarter ce qui pourrait me faire mal." 

S'expatrier et aller se battre pour une cause que l'on croit juste, donner sa vie pour la démocratie et la liberté, c'est bien. Sauf si l'on a quinze ans et qu'on s'est fait "tourner la tête" par des extrémistes qui, au nom de Dieu, envoient des jeunes à la mort.
La guerre civile en Syrie a causé des dizaines de milliers de victimes et la communauté internationale n'en fait pas une priorité absolue.
Pendant ce temps-là, des innocents meurent et, parmi ceux-ci, des adolescents venus de France et d'ailleurs.
Ce roman à plusieurs voix raconte l'émoi soulevé par le départ de deux élèves sans histoire : la Syrie devient leur enfer, mais, pour ceux qui restent, c'est l'enfer aussi.

Je suis une adulte (oui, je sais, même à moi, parfois, ça fait bizarre). Je suis une adulte qui a lu un roman pour ado, et qui l'a trouvé un peu trop didactique, et un peu simpliste aussi. Mais en même temps, ce livre ne m'était pas destiné, et je suis convaincue qu'il plaira à des jeunes de treize, quatorze ou même quinze ans. Pourquoi?

Parce que c'est un roman malin, qui mêle plusieurs voix, certaines adultes (les profs) mais surtout beaucoup adolescentes. Des voix fortes, douces, puissantes ou discrètes. Des voix au téléphone, lointaines et effrayantes, des voix de papier, des voix que l'on écoute, qui se disputent, qui posent des questions et qui tentent quelques réponses. Une narration dynamique, rythmée, qui a le mérite d'enfoncer des portes, certes parfois déjà ouvertes, mais tout de même... Une narration qui fait mouche.

Parce que si Othmane et Wassim sont partis "là-bas", ils sont présents, tout le temps, sans être diabolisés ni héroïques, et c'est là que réside la finesse de Franck Andriat : ni crapule, ni martyr dans ce roman, juste des jeunes qui se prennent en pleine face une réalité qui les dépasse, et qui cherche à comprendre. Mon coup de coeur va à Myriam, une jeune fille intelligente, amoureuse, tiraillée, et qui symbolise à elle seule bien des adolescents.

Alors oui, je suis une adulte, et je suis une prof, et bébé Cougnou, le prof de français du roman, ne m'a pas convaincue, tout comme ne m'ont pas convaincue les réactions du reste du corps enseignant. Idéaliste, Franck Andriat? peut-être... Mais finalement, est-ce un mal?

Je t'enverrai des fleurs de Damas a en tout cas le mérite d'aborder frontalement un sujet difficile, avec ce qu'il faut de finesse pour toucher les jeunes, et c'est déjà très bien.

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Plume vive 12/04/2017 14:20

Personnellement je n'ai pas tout accroché à ce roman, je l'ai même arrêté en route...

argali 18/03/2017 15:41

Je partage ton avis. Et mes élèves apprécient ce roman pour les raisons que tu donnes. Un peu simple pour nous mais Andriat connait bien les jeunes, ça fonctionne.

LaFée 18/03/2017 17:47

C'est donc la preuve que le roman est parfait pour sa cible :-)