La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"En son absence", Armel Job

"La moitié de la vérité est pire qu'un mensonge entier".

 

 

Mars 2005. Il fait très beau ce matin-là dans le petit village de Montange, au cœur des Ardennes belges. Comme un air de printemps en avance. Bénédicte, quinze ans, revient même sur ses pas pour changer sa doudoune d'hiver contre une veste légère. Un jour plus froid, sans doute aurait-elle marché plus vite pour aller attraper le bus qui, chaque matin, la conduit au lycée dans la ville voisine. Là, non, elle s'attarde, prend le chemin des écoliers...
Bénédicte ne montera jamais dans le bus. Où est-elle passée ? Que lui est-il arrivé ?
Commencent quatre jours d'une insupportable angoisse.
En son absence, le paisible univers du village s'effondre. (...)

(moi, à l'annonce de la sortie d'un nouveau roman d'Armel Job)

J'ai grandi dans un village. Un village qui, à l'époque, comptait plus de lettres dans son nom que d'habitants. Un village où tout le monde se connaissait, évidemment. Un village de carte postale, avec son épicerie, son école, sa place du marché et ses chaises tirées sur le trottoir en été, pour attendre le marchant de glaces. Un village où les enfants passaient d'un jardin à l'autre en enjambant des murets, un village où personne ne fermait sa porte à clé. Et puis, un jour d'automne, le téléphone s'est mis à sonner. Dans toutes les maisons. Une voix déformée qui ressemblait, à mes yeux d'enfant, à celle de Tatayet, et qui disait des choses horribles sur certains habitants, toujours les mêmes. Puis il y a eu des livraisons de fleurs, des corbillards envoyés chez certains, des photomontages déposés dans les boîtes aux lettres, et cette voix qui murmurait "je t'ai vue remonter la rue aujourd'hui dans ta jolie robe verte". Les rumeurs, les ragots, la peur aussi, bien sûr, surtout chez les plus jeunes. Les rideaux qui se tiraient très vite quand on passait devant les fenêtres, les chaises qui sortaient moins souvent, les soirs d'été. Puis un jour, tout s'est arrêté comme tout avait commencé, d'un coup. Mais depuis, dans mon village, les portes sont toujours fermées à double tour, le soir.

Montange, c'est un village comme le mien, peu importe qu'il soit dans les Ardennes et non en Hesbaye. Un village avec ses drames, plus ou moins anciens, plus ou moins oubliés : la mort d'une enfant, l'accident d'un autre, les couples qui se déchirent en silence, la jalousie qui couve ça et là, et qui prend parfois la forme de crêpes que l'on est contraint de voir s'empiler sur une assiette dans notre propre cuisine. Un village qui explose quand disparaît Bénédicte. Avec la magie des mots qui est la sienne, sans artifices, sans grosses ficelles, Armel Job, met en lumière cette âme humaine dont il a fait, en filigrane, le sujet de chacun de ses livres. Parce que tout le monde a quelque chose à cacher, à regretter, à avouer. Parce que ses personnages sont comme vous et moi, et que dans une Belgique traumatisée par l'affaire Dutroux, une jeune fille ne s'évapore pas comme ça, tout de même... A tour de rôle, chacun s'épanche, nous dévoile sa part d'ombre, sa responsabilité, sa culpabilité, et les destins se croisent et s'entrecroisent, avec toujours l'ombre de Bénédicte, personnage absent mais pourtant tellement présent à travers toutes ces pages. Jusqu'à cette fin. Cette fin qui, dans un premier temps, m'a laissée perplexe, presque déçue, mais qui très vite m'est apparue comme la seule qui pouvait être.  

Ce que j'aime par dessus tout chez Armel Job (comme chez Manoukian, et d'autres bien trop rares auteurs), c'est qu'il se concentre sur l'essentiel, sur ce qui est à mes yeux la quintessence même (j'utilise des mots compliqués si je veux, d'abord!) de la littérature : l'humanité. Celle des personnages, des situations, des événements. Ni plus, ni moins. Pas besoin de twist de malade, de profusion de rebondissements, d'hémoglobine ou de terreur pour écrire un merveilleux roman, non. En son absence en est la preuve.

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Jacqueline 08/03/2017 13:08

Du pur Job, du beau Job ..... magnifique conteur des gens, des lieux, de la vie ...... J'avoue que la fin m'a fait le même effet qu'à toi : un peu déçue ..... Je reste "sur ma faim" .... En fait, à cause de quelques mots du début, j'étais persuadée qu'il était arrivé "le pire" à Bénédicte .....

Noukette 04/03/2017 22:50

Jamais lu cet auteur, mince alors, je rate un truc ?

LaFée 05/03/2017 20:00

Je crois que son style sans tambour ni trompette pourrait te plaire :-)

Leshakili 04/03/2017 19:21

Ton billet est hyper tentant ... et puis je n'ai jamais rien lu de cet auteur ...

LaFée 05/03/2017 20:00

Du vrai bon belge, tu devrais essayer :-)

Marguerite 04/03/2017 18:51

Mais euh... ma pal déborde, ma WL fait la tronche, mon compte en banque menace de s'auto-détruire... T'as fini, oui?!

LaFée 05/03/2017 20:00

Pardon madame :-)

Cajou 04/03/2017 18:33

Hannn je veux le lire !

LaFée 05/03/2017 20:00

Je te le prête si tu veux?