La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"Songe à la douceur", Clémentine Beauvais

"et je suis sûre que parmi vous,
il y en a qui pensent,
parfois à des amours gâchées
il y a deux, trois ou dix ans.
Ce n’est pas pire après dix ans,
ça n’augmente pas nécessairement avec le temps, 
ce n’est pas
un investissement,
le regret."

« Tout a commencé / dans une banlieue parisienne feuillue, / pas très aisée mais pas trop indigente non plus, dans une maison blanche / qui ressemble à la maison Playmobil. »

(moins vous en saurez, mieux vous vous porterez...)

J'avais pensé vous faire un billet en vers, mais (mal)heureusement pour vous, je n'ai pas le talent de Clémentine Beauvais, et trois brouillon plus tard, j'ai abandonné l'idée. C'est qu'elle en a du talent, cette Clémentine B., elle qui a réussi avec brio le périlleux pari de redonner vie à un texte du 19ème, russe, et rimé de surcroît! C'est culotté, un peu fou, et parfaitement exécuté. Le résultat est joli, tant à l'oeil qu'à l'oreille : vers libres, calligrammes, clins d'oeil à Camus, Baudelaire, Racine, Rimbaud et tant d'autres, autant d'éléments qui ravissent l'amoureuse des mots que je suis (et que vous êtes, je n'en doute pas).

Le problème, enfin mon problème, c'est que très vite je me suis lassée, et que le roman a manqué de me tomber des mains bien des fois. Certes, ce n'est pas de sa faute à lui (musique!), mais plutôt de la mienne : je n'aime pas la romance. Et derrière cet exercice de style, autant risqué que réussi, voilà bien de quoi il s'agit : une romance, un peu culcul, très (trop?) classique, qui reprend tous les topoï et stéréotypes du genre. Et moi, Tatiana, Eugène, leurs atermoiements et leurs je t'aime moi non plus, leur reviens-y et leurs peut-être, ça m'a un peu gonflée. Et ne me dites pas que je n'ai pas de coeur, parce que j'ai été extrêmement touchée par le texte de Pouchkine que Songe à la douceur réécrit pourtant... Peut-être que je suis plus émue par la tirade d'une Bérénice à son Titus ou par la langue des classiques, allez savoir... Pour moi (je le répète, parce que je sais que ce billet va encore me valoir un bon nombre de lancers de tomates en commentaires), on est ici bien loin de la force et de la profondeur de l'oeuvre russe. Oui, le public-cible n'est pas le même, mais qu'importe. Ici, l'intrigue tient en deux lignes, sur fond de thèse sur Caillebotte, de chronologie bouleversée et d'apartés, tantôt ironiques, tantôt bienveillants, de la narratrice. Et je l'avoue sans (presque) honte : j'ai même parfois fait la grimace. A cause du portrait au vitriol du présent d'Olga, d'abord (quelle triste vision du couple!), puis (et surtout) à cause du merveilleux Lensky, qui aurait mérité d'exister bien plus, avant de se brûler les ailes....

Je garderai donc de Songe à la douceur le souvenir d'une (très) jolie coquille (un peu) vide, et je me réjouis de découvrir ce que mes grands ados vont en penser... A bientôt pour leurs avis?

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jerome 17/02/2017 17:30

Tu vas voir qu'ils vont aimer tes ados, ils sont forcément moins classiques que leur prof :p

Noukette 15/02/2017 18:19

Mouarf ! Sans coeur va ;-) Je n'irai pas jusqu'à dire que ce roman est une coquille vide mais il est vrai que je n'ai pas lu "l'original" de Pouchkine ;-)

LaFée 15/02/2017 18:36

j'ai dit un peu vide, pas juste vide^^ J'ai eu un problème avec le fond quoi, pas avec la forme :p