La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

" La Mecque-Phuket", Saphia Azzeddine

"Chaque pas en avant est un pas gagné sur l'arrière, il n'y a pas de petites victoires". 

Qu'il est vertueux d'offrir un voyage à La Mecque à ses parents! Qu'il est bon de se sacrifier pour sa famille! Et que la vie est simple quand on sait être docile! Naviguant entre bêtise théorique et intelligence pratique, Fairouz mène un combat obstiné avec elle-même pour s'affranchir de l'estampille natale, de celles qui nous poursuivent comme un boulet en soirée et qui se révèlent plus nocives qu'une belle-mère mécontente si on ne les maîtrise pas. Fairouz tacle ses réflexes de fille bien pour n'être qu'une fille. Elle va s'attacher, nerveusement mais habilement, à se réapproprier sa vie, entre ce qu'on lui a transmis et ce qui se profile à l'horizon.

Commencer par le troisième volet d'une trilogie, voilà qui n'est pas malin... Néanmoins, ce roman de Safia Azzeddine peut se lire indépendamment des deux précédents, et heureusement pour moi, car je pense passer mon tour... Drôle mais pas inoubliable, et certainement pas aussi percutant que le tout simplement sublime Bilqiss, voilà en quelques mots ce que j'ai pensé de cet épisode de la beurette au pays des rillettes (c'était pour la rime à deux balles, pardon).

Jeune musulmane décomplexée, bien dans ses baskets et dans sa fac, l'héroïne de ce roman ressemble furieusement à toutes les  nanas de sa génération : coincée entre les traditions familiales et ses aspirations profondes. La mère, qui fait le couscous mieux que personne et qui collectionne les saladiers et les invitations,  le père, qui bosse, le frère, qui glande, et la soeur, qui se rêve starlette, c'est sans doute un peu cliché, mais pas tellement éloigné de la réalité, en fait. Et dans ce portrait, il y a surtout de la tendresse et de l'humour, pour contrebalancer les (nombreux) passages à la limite du vulgaire et de l'agressif, Dieu merci (enfin, Allah...).

La plume est incisive, résolument moderne, le rythme est soutenu, et les réflexions fusent, sur la religion, la féminité, l'Homme et la Femme, et parce qu'il est toujours bon de le rappeler : c'est bien d'être indocile. Je suis indocile. Pas effrontée. Tout est dans la nuance, et ce livre en regorge. Pourtant, le propos m'a semblé souvent plus proche de l'anecdote et du recueil de bons mots que de la profondeur, et il m'a manqué un je-ne-sais-quoi pour être conquise. Je retiendrai ces mots-là, par contre :  Il est temps de panser et de penser. Au boulot, alors! 

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Moka 14/02/2017 08:42

J'avais été emportée par Confidences à Allah où l'on (re)trouve bien cette plume incisive dont tu parles.

LaFée 15/02/2017 18:39

Je pense qu'il fait partie de la trilogie, non?

Jacqueline 11/02/2017 09:29

Je ne suis pas du tout tentée ....surtout par "passages à la limite.....".:)

LaFée 15/02/2017 18:39

Je pense en effet que tu peux t'en passer;-)