La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"Debout sur mes paupières", Jessica L. Nelson

"Les auteurs sont des vampires, c'est de notoriété publique! Ils aspirent l'intimité de ceux qui les entourent."

« Il va falloir parler de Lee, à présent. Statue fragile, rebelle infatigable, amazone aux boucles dorées, joyeuse et sur le précipice de la dépression, nuque distinguée et bouche de charretière, sensualité animale et grâce royale, la plus européenne des Américaines. » Muse des surréalistes, mannequin, photographe de mode puis de guerre, Lee Miller est l’incarnation de la femme libre du XXème siècle. Mais elle représente certainement plus encore pour Élisabeth M., véritable héroïne du livre, retrouvée à demi nue et profondément endormie sur un banc en plein cœur de Paris. Qu’est-il arrivé à cette sculptrice subjuguée par son sujet, comme entraînée dans une quête frénétique de beauté qui l'a laissée aux portes de la folie ?

Mode d'emploi pour perdre (un bon nombre de) ses lecteurs en cours de route.

- Choisissez un titre joli, un brin intello (oui, le début d'un poème d'Eluard, c'est très bien), qui évoquera bien des choses à certains, et rien à d'autres (mais peu importe, tout le monde sait qu'un titre, ça ne fait pas tout).

- Rédigez avec soin votre quatrième de couverture, faites référence (qui a dit "encore?") à une icône (succès assuré) un peu passée de mode (histoire de ne pas donner l'impression de surfer sur la vague), et laissez planer le suspense (indispensable, le suspense!).

- Multipliez les références, après tout, votre sujet (de départ), c'est la création, non? Ou peut-être Lee Miller, j'avoue, je ne sais plus. Bref. Donc balancez des noms qui sentent bon le Paris des Années Folles, le Boeuf sur le toit, Man Ray, Cocteau, tout ça. Et Forest Gump, aussi, histoire de faire genre "je suis cultivée, mais pas élitiste". Il est de bon ton de ne vexer personne.

- Placez-vous au centre. De tout. De votre histoire, de la narration, de tout. Vous, vous, vous, et encore vous. Auteur, narratrice, personnage. Mais soyez subtil, utilisez l'italique pour saouler proposer au lecteur vos (fictives?) conversations avec votre éditrice (enceinte, ben voyons!) et ainsi lui montrer, dans une prétérition digne des meilleurs manuels, tout ce que vous ne direz pas (en le disant quand même, malin, hein?). L'auto-centrisme, l'auto-fiction, c'est très à la mode, vous le savez bien.

- Osez, perdez-le, ce lecteur (parce qu'on s'en fout, non, du lecteur, à un moment?)! Jouez sur les lettres : Elisabeth (le personnage) et Elizabeth (Lee, donc), Lee et Léa, amusez-vous, brouillez les pistes, pratiquez la mise en abîme : un roman sur Elisabeth? Qui travaille sur Elizabeth? Un roman de vous? Sur vous? Un journal intime? Mais de qui? Le lecteur risque de perdre le fil oui, et alors? Pas grave, on l'a déjà dit!

- Eloignez-vous de votre projet initial. Parce que de toute façon le lecteur l'aura déjà oublié, lui. Multipliez, démultipliez, partez dans tous les sens, un peu de folie, que diable! La création artistique, c'est un peu surfait, non? Alors ajoutez des chapitres, plein de chapitres, sur la maternité, accumulez les clichés, ça ne coûte pas grand chose et ça peut rapporter gros : quelle femme ne sera pas touchée par le sort d'une de ses congénères qui vit un grossesse difficile? Les femmes sont tellement prévisibles...

- Terminez avec un final version feux d'artifice : un chapitre, ou mieux, quelques lignes, qui remettent tout le texte en question et qui retournent le cerveau de votre lecteur, qui se verra obligé de repenser tout votre roman, histoire d'être certain d'avoir tout compris. Ou pas. Parce que, pour ma part, ça a plutôt fait ceci : 

Le lecteur a aussi le droit de s'en foutre, après tout. 

 

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Céline Thoulouze 09/02/2017 11:05

Bonjour chère fée qui lit et qui fait rire tout le monde ! moi je trouve ce billet hyper facile, c'est à la portée de tout le monde de tout railler en faisant semblant de ne pas comprendre. Ca ne sert pas à grand chose de se gausser et de manquer de respect, en tout cas ça n'explique pas pourquoi vous n'aimez pas - votre droit le plus strict ! On aimerait de la critique, du débat, de l'argumentation... on aimerait que vous parliez littérature. Une autre fois peut être ! signé l'éditrice (qui était enceinte eh ouais mais ça n'a pas grand intérêt)

jerome 26/01/2017 12:42

Excellent billet ! Tu me donnerais presque envie de le lire ce roman (si, si !)

LaFée 27/01/2017 21:28

Tu me diras^^

Jacqueline 26/01/2017 08:55

Ton billet est un régal ...... et ce roman restera au "rayon je passe" ......:)

LaFée 27/01/2017 21:28

Tu fais bien :p

Noukette 25/01/2017 23:07

Mouhahahaha ! Comme j'ai ri ! Bravo pour ce billet réjouissant...! (et je passe sur ce titre cela va sans dire ;-) )

LaFée 27/01/2017 21:28

heureuse de t'avoir fait rire, au moins^^