La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"D'extase et d'amour féroce", Dylan Landis

"D'extase et d'amour féroce", Dylan Landis

"Les règles, c'est juste des mots sur du papier".

Ambiance musicale, hommage à Satchmo, ici.

New York, Greenwich Village, années 1970. Rainey Royal, quatorze ans, habite une maison autrefois élégante mais aujourd'hui délabrée. Elle vit avec son père, musicien de jazz culte, qui mène une existence bohème dans cette grande demeure ouverte à tous. Sa mère ayant déserté le foyer pour aller vivre dans un ashram, Rainey est livrée à elle-même, proie facile pour les protégés de son père qui vont et viennent dans la maison.
À l'extérieur, l'adolescente rebelle se révèle forte et cruelle, violente même, jouant du pouvoir de séduction qu'elle exerce sur les autres pour trouver son chemin.

Une entêtante odeur de santal et d'huile à la rose thé. Des notes de jazz et des intervalles, parfois si petits que l'oreille humaine ne les entend pas. Des pelletées de terre qui frappent comme un symbole. Une sainte, vierge et martyre. Un voyage à travers le New-York bohème des années septante. Un roman qui m'a émue, et bien secouée.

Derrière ce sublime titre et cette non moins sublime couverture, il y a Rainey. C'est elle, la Pauvre petite fille riche de la chanson, une gamine qui grandit trop vite, auprès d'un père absent, ce père qui est comme un soleil : trop près, ça lui brûle l'extrémité des ailes, et pourtant l'atmosphère se raréfie s'il est absent. Entre drogues et petite délinquance, entre l'art et le sexe, entre perversion et abandon, dans sa chambre rose bonbon ou dans le loft d'un amant plus ou moins de passage, c'est Rainey qui nous prend par la main et nous emmène avec elle. Tour à tour petite peste qui mériterait des gifles ou enfant perdue dans un corps bien trop grand, c'est Rainey, toujours. Rainey et Sainte Cath. Rainey et Leah. Rainey et Tina. Rainey et le lecteur, au plus près de son insouciance, de son hypnotique pouvoir de séduction et de ses fêlures. Un personnage fort. Terriblement réussi.

Puis il y a le New-York des ces années-là, baba cool, débridé, musical et érotique, un New-York qui pousse, ouvre les bras, hurle presque : Si tu as peur de faire quelque chose, fais-le". Un New-York fait d'odeurs (entêtantes, enivrantes), de touchers (voluptueux) (de corps ou d'étoffes, c'est selon), de sons (désaccordés ou mélodieux) (et il n'est pas uniquement question de musique ici). Un New-York que l'on ressent plus qu'on ne le lit. Une atmosphère que l'on touche du doigt, et dans laquelle on s'immerge dès les premières lignes.

Vous l'aurez compris, D'extase et d'amour féroce est une (très!) belle surprise de cette rentrée littéraire, un petit bijou de 184 pages qu'à mon tour je vous conseille vivement.

 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

Moka 19/09/2016 21:31

Ah j'aime les petits bijoux qui se font discrets et que des chroniques comme la tienne viennent mettre en avant.

LaFée 19/09/2016 22:18

Cajou a insisté, et elle a eu raison ❤️

Electra 19/09/2016 10:23

Bizarre, car je viens de voir passer deux romans sur le NY de la ^même époque .. mais j'adore le titre et ton billet est très convaincant !

LaFée 19/09/2016 22:19

J ai enchainé 3romans sur cette époque hippie, je crois que c est très à la mode :-)

Jacqueline 19/09/2016 07:44

Ton billet nous immerge très bien dans l'atmosphère de ce roman ...... J'ai éprouvé beaucoup de tendresse pour Rainey .....même si, parfois, j'ai eu envie de la "recadrer" .... Quant à son père..... oh, comme je l'ai détesté ....:)

LaFée 19/09/2016 22:19

Oh ouiiiiii, moi aussi!

Cajou 18/09/2016 18:57

quel beau billet <3

LaFée 19/09/2016 22:19

Merci dame Cajou ❤️