La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"Un merci de trop", Carène Ponte

"Un merci de trop", Carène Ponte

"Une fois devant chez mes parents, je suis stressée comme jamais".

Alors évidemment, la bande son va de soi. Cliquez ici, et appréciez. Non, ne partez pas, je vous jure, c'est du même niveau que le roman. Allez, restez, on va rire!

S’il fallait décrire Juliette en un seul mot, transparente serait sans nul doute le bon. Oui, c’est ça, transparente. Depuis qu’elle est toute petite Juliette a toujours fait ce que l’on attendait d’elle. Pour ne pas déplaire, pour ne pas décevoir. Mettant de côté ses rêves et celle qu’elle est vraiment. Résultat, à 30 ans, elle mène une vie sans relief et ennuyeuse au possible. Une vie dans laquelle choisir entre lasagnes et sushis est un événement. Pourtant, elle se sent de plus en plus à l’étroit dans cette vie, dans cette peau. Elle a envie de crier qu’elle n’est pas cette fille sans personnalité. Elle a envie d’aborder celui qu’elle croise tous les jours dans son immeuble. Pour lui dire qu’il lui plait. Et par dessus tout, elle a envie d’enfin réaliser son rêve, celui de devenir écrivain. Il n’est jamais trop tard pour devenir soi. C’est ce que va découvrir Juliette au détour d’un merci, un merci de trop. Même si elle est loin d’imaginer ce qui va en découler !

Si vous remplacez "ton compte bancaire" par "Un merci de trop", vous comprendrez aisément que ceci est bien le tant attendu retour (et quel retour!, y'a du lourd!) du . Vous le savez, mais si vous attendez de moi de la compassion, de l'indulgence (premier roman toussa, toussa) et tout le tralala politiquement correct, comment dire? . Vous êtres prêts? Et attention, ça va SPOILER.

La lecture du résumé vous a déjà préparé à un petit roman chick-lit sans prétention, et sur la plage, avec un mojito, pourquoi pas. Sauf que. Même pas. C'est pire que le pire. Je n'ai jamais lu un truc pareil. Aussi plat que la conversation de Charles Bovary ou qu'une liste de courses. Des exemples? Allez, c'est parti. Je me rends à la cuisine pour me servir un jus d’orange et me faire griller quelques toasts. J’ouvre le frigo, j’attrape la bouteille de jus de fruits. Je sors le beurre et la confiture. Je glisse deux tranches de pain de mie dans le grille-pain.  Encore? Alors qu’il est en train de se faire cuire une viande et de faire rissoler des pommes de terre... (je vous fais grâce de la suite, je pensez que vous avez compris ce que je voulais dire par "liste de courses"). Le style, il craint. A lui tout seul, il a réussi à me faire friser la double entorse oculaire pour reprendre l'expression  de Cajou (vous pouvez lire son billet ici , d'ailleurs).

Et s'il n'y avait que ça... Mais non. Il y a aussi, comment souvent dans les WTF, les trop nombreuses et abracadabrantesques coïcidences. Juliette-la-future-écrivain tombe dans les pommes (et vomit) pile devant son  sexy boy de voisin, qui travaille dans une maison d’édition, pas très loin de leur immeuble (pile celle où Juliette ira déposer son manuscrit. Mais c'est un pur hasard, elle ne sait pas qu'il y travaille, puisqu'il ne lui a jamais dit qu'il était éditeur. Très surfait de parler de son boulot avant de s'envoyer en l'air, il faut croire). Sexy boy, donc, dont l’ex petite amie viendra lui annoncer qu’elle est enceinte pile quand Juliette et lui auront enfin conclu. Ne parlons pas de l’ami de Luc qui s'avère être le géniteur du bébé que porte Juliette et qui se retrouve nez à nez avec celle-ci dans le couloir (décidemment, il s'en passe de ces trucs dans cet immeuble!)  ni de la journée au Spa qui vire en règlement de comptes entre Juliette et son ex-collègue qui était justement là en rendez-vous professionnel avec le client qui a mis les feux aux poudres au début du livre, ni de la soirée au boulot du mari (vendeur de serpillières, original) de la meilleure amie de Juliette à laquelle participe le géniteur-du-bébé et sa nouvelle copine, soirée qui va aussi finir genre OK Corral. L'héroïne le dit elle-même : Normalement, il n’y a que dans les films que l’on voit ça…Ou dans les romans de plage. J'ajoute : et encore, d'habitude, c'est moins pire.

Ne parlons pas non plus des incohérences, qui s’en soucie, après tout ? C’est vrai, que Nina-la-meilleure-amie dise avoir dévoré la moitié du buffet avant l’arrivée de Juliette à la fameuse soirée-serpillière puis lui réponde, à la page suivante que non, elle  ne peut pas aller se servir, parce que personne n’a encore commencé, c'est un détail. Tout comme la mère de Juliette qui souffre d'une double fracture mais qui reçoit sa fille à dîner deux jours plus tard. Avec des avocats-crevettes. Le diable se cache dans les détails. 

En fait, rien n'est crédible, à commencer par la façon dont se parlent les personnages (Bonsoir maman. Alors voilà, je te présente Luc, l’homme qui partage ma vie. Super naturel quoi), à grand renfort de ma belle, d’expressions pas du tout ridicules (malheureux comme une glace en plein soleil) et de conversations profondes, suivies et quasi philosophiques entre deux contractions, ni du happy-end en pleine salle d’accouchement. On y croit, c'est sûr. Puis on croit aussi aux personnages, et à leur évolution. Sexy boy, le fameux type canon de l'immeuble, beau à tomber. Barbe naissante et cheveux un peu en bataille. Genre Jake Gillenhall. En encore mieux. Plein de principes. Qui assume ses responsabilités. Qui embrasse comme un Dieu (Juliette le répète 1652 fois) et baise encore mieux que ça : c’était… comme déguster une plaquette de chocolat après des mois de régime. (ça va, vos yeux? ). Rien que ça. Puis Juliette aussi, pauvre godiche qui se laisse marcher dessus (tiens, comme une serpillière, que j'y pense. Mince il y aurait-il une métaphore filée qui m'a échappée?) pendant les vingts premières pages puis qui se prend en mains et hop : elle écrit un roman, elle se découvre enceinte et elle tombe amoureuse. Et la marmotte...

En plus d'être crédible, ce roman est aussi terriblement original. Des clichés à la pelle, tellement de clichés que tu te demandes si ce n'est pas une blague. La dépression post-partum, les grossesses solo, l'amitié, l'amour, les relations parents-enfants, le célibat (et la glace cookies), le monde de l'entreprise et de l'édition, rien que ça. En 283 pages. Moi je dis .Un peu de morale aussi, tant qu'à faire, et c'est la bonne copine qui s'en charge : Le problème, ce n’est pas que tu couches avec le premier  venu en fait, après tout il n’y a pas de mal à se faire du bien quand tout le monde est consentant.  Le problème c’est que tu ne te sois pas protégée. Sérieusement, Juliette, ce type pourrait avoir des tas de maladies. C'est vrai quoi, Juliette, t'as déconné sur ce coup-là. Pourtant, la  moins pire, finalement, c'est bien Juliette, puisqu'elle avoue qu'elle est une vraie caricature à elle  toute seule et que si elle rencontrait une fille qui lui ressemble, elle l'énerverait au plus haut point c’est certain. Comme Juliette, j'ai en vain essayé de me concentrer, de m’intéresser (…). Et franchement ce n’est pas facile tant tout ceci manque de profondeur. Et comme elle je m'interroge. Comment est-ce possible d’en arriver là ? Je vous laisse y réfléchir. Parce que demain c'est la rentrée, alors

 

 

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CaroleBoukine 09/09/2016 16:47

J'ai acheté ce livre "feel-good", je reste surprise par ce billet "méchanceté gratuite".
Quand on dit aimer la lecture, on ne s'acharne pas comme ça sur un bouquin.

J'espère que tu es plus indulgente avec tes élevés qu'avec les auteurs...

Numéro 712 01/09/2016 22:32

Le ton de ce billet est méchant, moqueur et condescendant. Ce billet me fait de la peine. Mais pas pour l'auteur du livre...
Pour écrire un billet sur un ton aussi sarcastique, il faut avoir des comptes à régler sans doute... ou de la jalousie à vous tordre le ventre...
Devant cet excès de haine, j'ai envie d'être #Charlie et de lire ce livre. C'est sans doute bête de ma part, mais je ne vois pas quel livre pourrait justifier (ou mériter) tant de méchanceté, alors j'ai envie de le lire. Vite !

Constance 01/09/2016 17:52

Hahahaha....j'adore ce genre de billet....est-ce méchant de ma part de te souhaiter juste des lecture wtf...? Hihi ;)

LaFée 02/09/2016 22:45

J aime bien rédiger ce genre de billet... Mais j espère ne pas enchaîner les lectures de ce type :-)

Constance 02/09/2016 19:59

Tu as une jolie plume*

Mes fautes me faisaient mal aux yeux!

Constance 02/09/2016 19:57

Haha c'est pour rire bien sur mais tu es a vraiment une jolie plume quand tu déteste ;)

Non non je ne souhaiterais pas ça pour vrai c'est si pénible être sur une mauvaise séquence de lecture :s

LaFée 01/09/2016 22:50

Euh, un peu oui:-)

Jerome 01/09/2016 13:56

Une vraie pépite que tu as dégoté là ! Au moins ce roman nous aura valu un délicieux billet comme toi seule sais les trousser ;)

LaFée 01/09/2016 22:50

Merci PinPin:-)

Electra 01/09/2016 10:39

MDR
j'adore ! mais le plus inquiétant c'est qu'elle a trouvé un éditeur !

LaFée 01/09/2016 22:50

Le livre a eu beaucoup de succès tu sais ;-)

Fanny 31/08/2016 21:35

Je crois que tes billets WTF sont mes préférés de la blogosphère!

LaFée 01/09/2016 22:49

Oh Ben dis donc merci!

Scarlett Julie 31/08/2016 20:40

Hi hi hi, merci pour ce billet hilarant ! Je ferai l'impasse avec plaisir :D :D :D

LaFée 01/09/2016 22:49

Mais de rien :-)

Jacqueline 31/08/2016 20:17

Hahaha ..... Que je me suis amusée à lire ton billet ...... :)

LaFée 01/09/2016 22:49

Je ne sais pas pourquoi mais ça ne m étonne pas :-)