La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"Confiteor", Jaume Cabré

"Confiteor", Jaume Cabré

"Le grain de sable, c'est d'abord une poussière dans l’œil ; ensuite, cela devient un agacement dans les doigts, une brûlure à l'estomac, une petite protubérance dans la poche et, si le mauvais sort s'en mêle, cela finit par devenir une lourde pierre sur la conscience. Tout commence comme ça, ma chère Sara, la vie comme les récits, par un grain de sable inoffensif, qui passe inaperçu."

Barcelone années cinquante, le jeune Adrià grandit dans un vaste appartement ombreux, entre un père qui veut faire de lui un humaniste polyglotte et une mère qui le destine à une carrière de violoniste virtuose. Brillant, solitaire et docile, le garçon essaie de satisfaire au mieux les ambitions démesurées dont il est dépositaire, jusqu’au jour où il entrevoit la provenance douteuse de la fortune familiale, issue d’un magasin d’antiquités extorquées sans vergogne. Un demi-siècle plus tard, juste avant que sa mémoire ne l’abandonne, Adrià tente de mettre en forme l’histoire familiale (...). De fait, la révélation progressive ressaisit la funeste histoire européenne et plonge ses racines aux sources du mal. 

Après avoir écrit, effacé, re-écrit, re-effacé et ce pendant plus de dix minutes le début de ce billet, j'ai décidé de ne pas vous parler de Confiteor. Parce que parfois il faut se rendre à l'évidence et admettre que l'on ne sera pas à la hauteur. Bien sûr, je pourrais aligner des superlatifs (mérités), et essayer de vous convaincre que ce roman est un chef-d'oeuvre (ce qu'il est), mais il vous suffit d'ouvrir n'importe quel avis en ligne pour le savoir, et certains l'ont dit avec tellement de force, de conviction et d'arguments coups de poing que je n'ai pas envie de radoter. Donc, je vais me la jouer perso et vous raconter mon (incroyable) expérience de lecture. Ce n'est pas ce que vous attendez? Tant pis, après tout,

Avant même de le commencer, je l'ai longtemps regardé de loin, bien au chaud dans ma bibliothèque (depuis sa sortie!). J'avais un peu peur qu'ils soit trop pour moi. Trop dense, trop compliqué, trop érudit, trop gros, trop tout, quoi. Si "on" (coucou!) ("on" qui? cliquez ici et ici. Encore merci pour ce moment!) ne m'avait pas fichu un coup de pied aux fesses, je crois qu'il en serait toujours à prendre la poussière. Confiteor.

Premières impressions assez mitigées, en mode

Le je, le  tu, le il. Le "ici maintenant", mais c'est quand, maintenant? L'espagnol, le latin, l'italien, l'arméen (). L'inquisition, un monastère, le Vatican, Auschwitz, un violon, Aigle-Noir de la fière tribu des Arapahos et le shérif Carson, tout cela me donnait le tournis. Adieu repères, adieu habitudes de lecture, bonjour chaos. Et concentration. «Je suis convaincu que le lecteur a envie d’avoir des obstacles, de ne pas être seulement confronté à des évidences.». C'est vrai, mais là tu pousses le bouchon un peu trop loin, Jaume.

Bref, la modeste lectrice que je suis était dépassée. Et un poil agacée : ok, c'est bon, on a compris que tu maitrises l'art de la déconstruction, pas la peine d'en faire des caisses. Quoi? Encore  650 pages? Non mais c'est bon, j'abandonne. Confiteor

Sauf que. Impossible de le lâcher. Très vite, le pli est pris. Intellectuellement, j'ai lâché prise, et je suis tombée la tête la première dans un tourbillon. De personnages, de faits, de lieux, d'amours et d'amitiés, d'enfants (plus ou moins) prodiges et de parents que l'on a envie de gifler (plus ou moins) fort. J'ai croisé le Mal, l'Art et le Pardon. J'ai parcouru l'Histoire. Et je ne suis pas prête de m'en remettre. J'ai eu le coeur en vrac avec un bout de tissu bleu, j'ai serré les dents à cause d'une grosse pierre, j'ai pleuré en cachette de moi-même, en écoutant le son d'un violon,  pour des cochons d'Inde, j'ai aimé Sara presque autant qu' Adrià l'a aimée. J'ai eu le vertige, celui qui fascine et fait peur. Et depuis, je suis un peu perdue, presque orpheline. Et je peine à trouver les mots. Pputain de vie. J'ai l'impression d'avoir écumé le monde et les siècles. Aujourd'hui, j'ai mille ans. Confiteor

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Moka 09/09/2016 08:36

Belle approche. Et comme toi, j'ai dû avoir la réaction de Cristina complètement dubitative face à ce début de roman complètement déstabilisant. Je suis contente d'avoir dépassé mes réticences et mes "euh, ok, j'arrête là !"
Bref, très belle lecture pour ce pavé de l'été ! <3

LaFée 13/09/2016 21:08

Une très jolie expérience en tout cas ❤️

Noukette 08/09/2016 22:42

Ah ben c'est malin... J'ai envie de le relire, là, tout de suite, maintenant... <3

LaFée 13/09/2016 21:08

Carrément :-)

krol 08/09/2016 20:27

Excellente cette chronique ! Moi qui n'avais pas essayé d'en parler pour les mêmes raisons que celles que tu évoques en début de billet, j'acquiesce totalement à ta façon d'en parler et je me rends compte que j'aurais pu écrire la même chose.

LaFée 13/09/2016 21:09

Moooo comme c est gentil❤️

Jerome 08/09/2016 13:00

Assurément la lecture la plus marquante de l'année pour moi. Pour le roman en lui-même et pour la façon dont nous avons tous les trois partagé cette plongée au cœur d'un chef-d'oeuvre.
Et comme je l'ai déjà dit à Moka, je trouve vos billets parfaitement à la hauteur de ce monument ;)

LaFée 13/09/2016 21:09

On était au taquet, comme disent les jeunes :-)

Framboise 08/09/2016 08:59

L'été prochain, je promets, je prends le temps et je le savoure !

LaFée 13/09/2016 21:10

Tu as raison de prévoir du temps, il en demande et le mérite :-)

Jacqueline 08/09/2016 08:41

Ressenti après la lecture de ton billet : curiosité, envie, "peur" .....:)

LaFée 13/09/2016 21:10

C est tout à fait ça:-)

Scarlett Julie 08/09/2016 08:07

Il est dans ma PAL depuis sa parution comme toi, et maintenant j'ai encore plus peur de le lire :D

LaFée 13/09/2016 21:11

Mais nooooon, une fois le premier choc passé, on se laisse porter, tu verras :-)

Cajou 08/09/2016 07:25

Hé beh... Je crois que je n'ai toujours pas envie de faire l'effort de lire ce roman mais avoir lu ton billet c'est déjà avoir un peu touché du doigt cette lecture ^^

LaFée 13/09/2016 21:11

Zut, flûte, crotte!