La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"Carthage", Joyce Carol Oates

"Carthage", Joyce Carol Oates

"Un nombre infini de pas discrets dans un espace de temps fini".

Bande son, ici.

Tout semble aller comme il se doit dans la petite ville de Carthage en ce début de juillet 2005, si ce n’est que Juliet Mayfield, la ravissante fille de l’ancien maire a, pour des raisons peu claires, rompu ses fiançailles avec le caporal Brett Kincaid, héros de retour de la guerre d’Irak. Un héros très entamé dans sa chair et dans sa tête, dont pourtant Cressida, la jeune sœur rebelle de Juliet, est secrètement amoureuse. Or, ce soir-là, Cressida disparaît, ne laissant en fait de traces que quelques gouttes de son sang dans la jeep de Brett. Qui devient alors le suspect numéro 1 et, contre toute attente, avoue le meurtre…

En voilà un pitch qui ne rend pas justice à son roman! Oubliez donc cette mise en bouche décevante, et laissez-vous glisser... 

Vous ne savez pas bien où vous aller mettre les pieds, vous savez juste que ce qui va vous arriver sera étrange. Douloureux. Délicieux. Carthage est un roman exigeant, qui demande de l'attention, de la concentration et qui vous chuchote à l'oreille "fais-moi confiance : suis-moi".... Et c'est difficile, le lâcher-prise. Souvent j'ai été perdue, vraiment perdue, je ne comprenais pas à qui appartenait la voix qui me racontait l'histoire (et quelle histoire d'ailleurs?), je ne voyais pas les liens, j'avais parfois même l'impression de lire un livre différent à chaque nouvelle section. 

(Ma tête en tournant les premières pages de la deuxième partie. Surprenante. Dingue. Magistrale.)

Comme d'habitude avec Oates, le lecteur en prend plein la tête. Et l'Amérique aussi. On grince des dents, et on sent très vite que la disparition de la jeune Cressina n'est qu'un prétexte à fouiller les entrailles de l'american way of life. C'est une Amérique exsangue, dans la tourmente du post-9/11, une Amérique qui panse les plaies de ses soldats blessés, à l'image de Brett Kincaid, une Amérique qui hurle sa douleur, comme les pères et les mères de ce roman, jamais épargnés, une Amérique où les contes de fées volent en éclats (coucou Vilain Petit Canard!), où l'on exécute des hommes et où personne ne dort sur ses deux oreilles. Carthage est un roman sombre, désabusé, terriblement sévère mais aussi profondément hypnotique. Il y est question du paradoxe de Zenon, du chat de Schrödinger, d'hypersélectionnisme, de Timothy McWeight, de Saint Dismas, du pardon et de l'expiation, de tout ce qui fait l'Homme, pour le meilleur et pour le pire. Carthage est un roman dont on ne sort pas indemne. Un grand roman. Un très grand roman. Un très très très...

(Relativité, M.C Escher, 1953)

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Marie-Claude 02/08/2016 03:40

Ce sera mon prochain Oates. La dame semble en très grande forme dans cet opus. (Tout comme elle l'était - à son meilleur - dans "Daddy Love"!)

Fanny / Pages Versicolores 04/08/2016 09:25

OUPS: rejoinS

Fanny / Pages Versicolores 04/08/2016 09:25

Je rejoints La Fée, celui-ci est plus dense et plus complexe que notre Daddy Love :-)

LaFée 02/08/2016 16:59

Je me réjouis d'avoir ton avis, Marie-Claude! Je l'ai trouvé encore plus réussi que "Daddy Love", parce que plus long, plus sinueux, plus complexe... Tu me diras si tu es d'accord :-)

Jacqueline 01/08/2016 20:01

Ton billet donne envie ...... mais je suis toujours hésitante avec cette auteure à cause de certaines déceptions ......

LaFée 02/08/2016 16:59

C'est du Oates pur jus, long et très travaillé, je ne sais pas s'il pourrait te plaire...

Fanny / Pages Versicolores 01/08/2016 18:04

Oh oui! <3

Comme tu le dis, j'ai parfois eu du mal à savoir qui parlait mais au final, il est parfait! (Je l'ai offert à ma belle-soeur qui ne connaissait pas Oates et elle l'a adoré! Pour le coup, j'étais contente :-) )

LaFée 02/08/2016 17:00

C'est toujours un pari risqué d'offrir du Oates, mais quel bonheur quand les gens l'aiment <3