La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"La septième fonction du langage", Laurent Binet

"La septième fonction du langage", Laurent Binet

"On échoue toujours à parler de ce que l'on aime".

Ambiance musicale, version Camus Forever, ici.

Le point de départ de ce roman est la mort de Roland Barthes, renversé par une camionnette de blanchisserie le 25 février 1980. L'hypothèse est qu'il s'agit d'un assassinat. Dans les milieux intellectuels et politiques de l'époque, tout le monde est suspect...

J'aurais pu... vous faire un billet super intello (et non, ce n'est pas un gros mot), vous parler métadiscours et métafiction ou axes paradigmatique et syntagmatique, digresser sur Kristeva, Eco et Jakobson, m'emballer sur le pouvoir de la fiction, vous convaincre que Laurent Binet a raison quand il affirme que le langage est plus fort que les armes, que la maîtrise du langage, c'est le pouvoir (voir ici), vous convaincre que ce roman est un pastiche, certes, mais un pastiche réussi, vous répéter combien c'est plaisant de lire un texte aussi joliment écrit, vous expliquer pourquoi j'ai ri (mention spéciale aux coucougnettes de Sollers), pourquoi j'ai grincé des dents (aïe mes doigts!), pourquoi j'ai surfé sur plein de sites consacrés à la sémiologie, pourquoi j'ai eu l'impression d'entendre un de mes vieux profs d'unif me susurrer des quasi-gros mots à l'oreille (le r apico-alvéolaire, ça faisait longtemps!), pourquoi j'ai eu envie de boire un cappucino au Café de Flore (Sartre Forever) et de relire Racine (surtout Phèdre et  la scène de l'aveu au subjonctif plus-que-parfait à valeur de conditionnel passé), pourquoi je me sens un peu dépourvue devant la rédaction de ce billet et impatiente d'entendre ce qu'un ado de dix-huit ans qui n'a aucune notion de linguistique a pensé de ce roman. Oui, j'aurais pu vous dire tout ça, et bien plus encore... Mais voyez-vous, je n'ai pas le temps. Parce qu'aujourd'hui, et cela ne vous étonnera pas si vous me connaissez un peu, aujourd'hui je suis en mode

L'examen, enfin le premier round, c'est vendredi, et j'ai encore un roman entier à lire (et pas des moindres) (et accesoirement 44 dissertations à corriger, mais ça ce n'est qu'un détail). Vous comprendrez donc la raison d'être de ce non-billet, qui tombe à pic, d'ailleurs, parce que je ne sais pas si j'aurais réussi à être intellectuellement à la hauteur de cet exercice de haut vol : oui, c'est un roman intello, exigeant, culotté, un peu barbant, mais terriblement jouissif si l'on arrive à décoder les allusions, les détournements et les clins d'oeil (ah! la DS des Mythologies!) (et je suis convaincue d'en avoir loupé plein!). Ce livre, c'est un peu le Da Vinci Code à la sauce structuraliste, un drôle de truc bizarre qui ne laisse pas indifférent. 

Et c'est là que l'on hurle : . Pardon? Vous dites? Le challenge n'a même pas encore commencé? Et alors, je prends de l'avance, moi, c'est tout! Rabat-joie!

Edit : l'avis de Brice B.

Ce roman de Laurent Binet intitulé « La septième fonction du langage » peut, au premier abord, sembler ennuyeux et compliqué ; J’ai d’ailleurs eu beaucoup de mal à apprécier sa lecture dans les premières pages . Le roman est parsemé de citations philosophiques, de théories liées au langage et de dizaines de personnages rendant la compréhension difficile et la lecture ennuyeuse pour un jeune comme moi n’ayant aucune affinité pour la philosophie et la littérature.

Malgré tout, après une centaine de pages, je suis enfin rentré dans l’histoire et c’est là que j’ai compris qu’il ne fallait pas le lire comme un livre philosophique mais comme un roman policier, qui est d’ailleurs généralement mon genre de lecture favori. Suite à cela il fut aisé de continuer ma lecture. Au fur et à mesure que j’avançais dans le roman je ressentais de plus en plus l’envie d’aller plus loin afin de connaître le dénouement de l’histoire et il m’était parfois difficile de m’arrêter. « Allais, encore un chapitre puis dodo ! » me répétais-je sans cesse.

Je parlais plus haut de l’avalanche de personnage et de citations dont on est victime dans ce roman mais je dois avouer que ce qui m’a le plus bluffé c’est d’apprendre qu’aucune des paroles de ces personnages n’avaient été inventées, chacune provenait d’une interview, d’un discours, d’un écrit de ces personnage, ce qui avait demandé des années de recherches par l’auteur ainsi qu’un énorme travail pour les remettre en contexte et réussir à rendre ces personnages vivants.

Bien que pour certaines personnes la lecture de ce roman peut se montrer intéressante par l’apprentissage de toutes ces théories du langage que nous employons couramment sans le savoir, pour moi ce ne fut pas le plus attrayant . Ce qui m’a le plus plu dans ce livre c’est bien sûr le coté policier, me mettre à la place des personnages et mener l’enquête dans ma tête mais surtout la découverte du dénouement final qui m’a troublé et en même temps amusé. Quand on découvre tout à la fin, toutes les questions sans réponses que l’on nous posait au fil du roman trouvait leur solution et tout devenait clair dans notre esprit.

En conclusion, je décrirais ce roman par ces mots : Efficacité, suspens et surtout travail. Je le recommanderais aux fans de romans policiers ou par exemple aux personnes voulant en apprendre plus sur le langage . Je le déconseille aux personnes cherchant un livre pour se relaxer au bord de la piscine après une longue journée de travail.

 

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Noukette 15/06/2016 15:45

Sur ma pile... Je le lirai un jour... mais quand ?

LaFée 25/06/2016 22:18

Je me réjouis de lire ton ressenti! Tente l expérience et viens me dire :-)

Jacqueline 08/06/2016 19:43

J'avais vu "passer" ce livre sur le Net mais il ne m'attirait pas .... à l'imparfait car c'était compter sans ton billet ...... Voilà donc un roman à ajouter à ma pal .....:)

LaFée 25/06/2016 22:18

Il pourrait te plaire. Je crois... J hésite :-)

Delphine-Olympe 08/06/2016 19:27

J'ai adoré ce roman ! J'ai beaucoup ri également et si j'ai chopé quelques références, allusions, etc. bien d'autres ont pu m'échapper aussi, mais qu'importe ! C'est brillant, intelligent et original !

LaFée 25/06/2016 22:19

Comme ton billet! Que mon élève a d ailleurs choisi comme "critique d un tiers qui fait autorité" :-)