La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

2084 - la Fin du Monde, Boualem Sansal

2084 - la Fin du Monde, Boualem Sansal

"Les plus dangereux sont ceux qui ne rêvent pas, ils ont l'âme glacée"

Bande son, spéciale Big brother's watching you, ici.

2084, l'ancien monde n'existe plus. Il a été rasé, aux termes d'une longue guerre sainte, le "Char", qui a éradiqué l'ennemi "de manière totale, définitive, irrévocable". Le nouveau monde, baptisé "Abistan", est totalement régi par les lois de Yölah, le tout Puissant et Abi son délégué. Tout de l'ancien monde a disparu : la langue, les livres, l'histoire, les musées, jusqu'aux tables, couverts, vêtements, nourriture… Le nouvel ordre a tout réinventé : une nouvelle langue (pauvre, car il ne faut pas donner aux citoyens les moyens de penser), une nouvelle façon de s'habiller, de manger, de dormir. La vie est organisée exclusivement autour de la foi, de la prière, des pélerinages. Ati, un homme d'une trentaine d'années, est exilé pour soigner sa tuberculose dans un sanatorium situé une montagne aux confins de l'Empire, éloignée de toute ville, traversée par des caravanes de pèlerins faméliques, avec qui Ati aime converser. C'est dans cette retraite forcée qu'Ati se trouve soudain envahi par le doute, sentiment étrange qu'il tente (en vain) de réprimer…

J'ai envie d'écrire que ce roman était trop intelligent pour moi, même si, réflexion faite, ce n'est pas exactement ce qui a coincé. Et pourtant, oui, c'est un roman intelligent, trop, peut-être, ou en tout cas, c'est un roman trop intelligent et pas assez romanesque pour moi. Oui, c'est ça : trop, et pas assez. Je pourrais rejeter la faute sur les circonstances de lecture, peu idéales (procrastination forever), mais en fait non, puisque j'avais déjà commencé, et abandonné, ce roman il y  a de cela quelques mois. Ce qui m'a le plus embêtée, je crois, c'est que MadameLaProf a pris le dessus sur MadameLaFée pendant la lecture : "oh, tiens, les titres de chapitres, c'est rigolo, on dirait un peu ceux de Candide", "oh ben dis donc, Ati, il est vraiment naïf, un peu Candide, même" (ouais, c'est de l'humour de prof-en-juin, ça craint, je sais), "wow, cette réflexion sur l'appauvrissement de la langue et ses tragiques conséquences sur la Civilisation, comme c'est pointu, comme c'est fin, comme c'est juste". Vous avez compris l'idée je crois. Ce texte, c'est à la fois une dystopie, une fable philosophique,  un roman d'initiation. Ce texte, c'est un conte des temps modernes écrit dans une langue magnifiquement poétique, contrepoint parfait de cette abilang qu'il met en scène. Mais comme le dit si bien Laurence Houot (ici), soyons francs : quand on lit 2084, on entre par moments dans une forme de torpeur (voire d'ennui) qui ressemble à celle dans laquelle les citoyens de l'Abistan, privés d'espoir et de vie, sont plongés. Et encore, elle est gentille, Laurence, parce que moi ce n'est pas par moments que je me suis ennuyée, c'est du début à la fin. 

L'auteur le dit lui-même : son travail était très scientifique, très calme et très froid. C'est un parti pris, ça tient la route, mais ça met le lecteur à distance. Et moi, clairement, je suis restée sur le quai. Je n'ai pris aucun plaisir à suivre Ati, pire encore, je me fichais royalement de ce qui pouvait lui arriver. J'ai dû passer à côté de beaucoup de références (à 1984, notamment), c'est vrai, je n'ai pas dû avoir accès à toute la profondeur du monde mis en scène, c'est vrai, mais qu'importe. Vous savez ce que j'aime trouver dans un roman, je pense, et de tout cela point de trace dans 2084

Un rendez-vous manqué, donc, mais un goal réussi et une lecture partagée avec une élève brillante, c'est déjà , non?

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Noukette 27/06/2016 17:57

Bizarrement il ne m'a jamais tenté celui là... Je crois que je vais m'en passer...!

LaFée 27/06/2016 18:27

Tu fais bien :-) des bisous Noukette!

Jacqueline 25/06/2016 16:58

Si c'est l'ennui "du début à la fin" qui me guette avec ce roman, je passe mon tour ......Par contre, ton billet ne m'a pas du tout ennuyée, au contraire ..... que du plaisir ...:)

LaFée 25/06/2016 22:16

Pour le coup, tu peux franchement passer ton tour :-)