La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"Magic Time", Doug Marlette

"Magic Time", Doug Marlette

"We shall overcome" (ambiance musicale conseillée, par ici)

1965. Alors que le mouvement des droits civiques porté par Martin Luther King s'étend dans tous les États-Unis, le pays a les yeux fixés sur Troy, une petite localité du Mississippi. Quatre jeunes activistes y ont péri dans l'incendie d'une église. Deux membres du Ku Klux Klan sont arrêtés et condamnés à perpétuité. 1990. L'un des condamnés libère sa conscience en désignant le vrai responsable du crime. Un nouveau procès se prépare donc à Troy. De retour dans sa ville natale, Carter Ransom, ancien sympathisant dans la lutte pour les droits civiques et journaliste au New York Examiner, est aux avant-postes. Son premier amour, Sarah Solomon, faisait partie des victimes et son père, le tout-puissant juge Mitchell Ransom, avait conduit le premier procès. Carter veut faire toute la lumière sur cette période qui l'a marqué à jamais. Et c'est dans le passé qu'il va devoir fouiller pour mettre au jour une vérité aussi terrible qu'inattendue.

Quand j'ai entendu parler pour la première fois de ce roman (chez Jérôme, encore merci!), je me suis souvenue d'un film, vu au cours d'histoire, en 5ème, peut-être?, dans cette salle au-dessus du parloir (oui, j'étais chez les bonnes soeurs. Et oui, voilà qui doit expliquer bien des choses), cette salle qui sentait l'encaustique et le renfermé, au parquet grinçant et aux chaises inconfortables (je vous parle d'une époque réculée, début des années 90, où les films se projetaient encore sur une télévision à roulettes. La préhistoire, quoi). Je me suis souvenue du bruit, des cris, de la musique, des images, violentes, des croix en feu, des explosions, du visage de Gene Hackman, aussi. Bref, je me suis souvenue de Mississippi Burning. Et si vous ne l'avez jamais vu, voici pour vous.

Le "fait divers" qui a inspiré le film (voir ici) fait également partie, sous une forme romancée, de Magic Time, et c'est ce qui m'a le plus plu dans ce roman, je crois : l'évocation des événements historiques, cette peinture de l'Amérique des années 60, du Sud profond, ses milkshakes au cherry, son Co'-Cola , son racisme ordinaire, tellement ordinaire que même les plus modérés des blancs voyaient d'un mauvais oeil les défenseurs des droits civiques débarquer sur leurs terres pour y faire une révolution dont ils se seraient bien passé. Les divergences au sein des mouvements militants (est-ce que la non-violence peut amener l'égalité? Vous avez quatre heures), la ferveur religieuse, de part et d'autre, la marche de Selma à Montgomery, le Freedom Summer, le voting rights act signé par le président Johnson, tout cela sert de toile de fond au roman, permettant, avec finesse et intelligence (rien que ça), de relier l'histoire à l'Histoire, et, franchement, c'est passionnant (et un peu effrayant aussi, quand on y pense).

Doug Marlette était un petit malin : il avait bien compris que pour tenir en haleine sur plus de six cents pages un lecteur, un sujet aussi intéressant soit-il ne suffirait pas.

Du coup, il a misé sur le bon cheval : une narration alternant entre passé et présent. Vingt-cinq années, assez pour tout changer? Peut-être. Ou pas. Hier n'est pas si éloigné d'aujourd'hui (la preuve ici). Qui a retourné sa veste? Qui a trouvé Dieu? Qui  joue toujours au tennis en jupette blanche? Qui a perdu ses illusions? Qui se baignerait encore en tenue d'Eve (ou d'Adam) à l'Anse Nue? On devrait tous vivre notre vie à rebours. Dans Magic Time, on trouve des pères, des fils, des soeurs, des amis, des gens que l'on a aimés, d'autres que l'on déteste toujours, on s' y perd parfois, mais ce n'est pas si grave. Parce que l'on est pris dans la tourmente, comme Carter, parce qu'on a le coeur qui bat, fort, parce que l'on sourit, souvent, parce que l'on est ému (Bisounours inside) et, oui, parce que l'on lève parfois les yeux au ciel, il faut aussi le dire. Pourquoi? Une histoire d'amour guimauve un peu incongrue et dont on se serait volontiers passé, puis, surtout, un final-feu d'artifice, avec licornes, paillettes et arcs-en-ciel, la to-tale.

Mais ce petit bémol rose bonbon ne doit pas faire oublier l'essentiel : un joli pavé dévoré en peu de temps, addictif et instructif, il ne faut pas passer à côté pour si peu.

 

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Leshakili 10/04/2016 15:30

Il est sur ma PAL, je ne vais pas tarder à le commencer car ton post fait très envie . J'aime beaucoup ce thème .

Fanny / Pages Versicolores 10/04/2016 11:05

C'est un sujet qui me passionne et ce livre pourrait bien me plaire! Et j'avais aussi lu la critique sur le blog " D'une berge à l'autre" qui m'avait déjà convaincue!

LaFée 10/04/2016 14:47

Si la thématique te plait, alors fonce, il est historiquement très dense, mais très bien fichu!

Jacqueline 10/04/2016 09:24

Un roman qui m'attire ...... j'ai toujours été particulièrement intéressée par cette période historique des Etats-Unis .....

J'aime beaucoup ce fond clair ..... chouette pour mes yeux ! :)))

LaFée 10/04/2016 14:48

Tu devrais l'aimer (surtout Sarah, tu verras), Jacqueline. Des bisous!