La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"Ce qu'il nous faut, c'est un mort", Hervé Commère

"Ce qu'il nous faut, c'est un mort", Hervé Commère

"On est responsable du feu qu'on a allumé." (Les Rita Mitsouko)

Trois garçons pleins d'avenir roulent à flanc de falaise. C'est la nuit du 12 juillet 1998, celle d'I will survive. Ce que la chanson ne dit pas, c'est à quel prix. Les Ateliers Cybelle emploient la quasi-totalité des femmes de Vrainville, Normandie. Ils sont le poumon économique de la région depuis presque cent ans, l'excellence en matière de sous-vêtements féminins, une légende – et surtout, une famille. Mais le temps du rachat par un fonds d'investissement est venu, effaçant les idéaux de Gaston Lecourt, un bâtisseur aux idées larges et au coeur pur dont la deuxième génération d'héritiers s'apprête à faire un lointain souvenir. La vente de l'usine aura lieu dans l'indifférence générale. Tout le monde s'en fout.

Quel drôle de roman... Trompée par la maison d'édition (et par le pitch), j'ai cru à un thriller, ou à un roman noir, en tout cas à un roman au suspense haletant. Râté. Ce qu'il nous faut c'est un mort, comme vous le lirez partout si vous cherchez un peu sur le Net, c'est un roman social. Bon, c'est pas Zola (n'en déplaise à certaines fans), mais quand même. Il y a de la désespérance, à travers ces lignes, et le double déterminisme (coucou les élèves!) n'est pas très loin non plus : que l'on soit le fils de son époque ou celui de son père, ou les deux à la fois, on n'en reste pas moins tributaire de... Le voilà le fil conducteur : peut-on s'extraire, avoir le choix, prendre son destin en mains? Le souci, c'est un peu le manque de nuances : le vilain patron et le syndicaliste rempli d'idéaux, pourfendeur des injustices, c'est un peu cliché, non?

A bien y regarder, oui, ça l'est. Et c'est un peu dommage : blanc ou noir, ce n'est pas toujours le bon choix. A défaut de mines, donc, on a les usines Cybelle, et c'est ce volet qui m'a le plus plu, la genèse d'une entreprise, une histoire d'hommes et femmes, de soutien-gorges et de culottes, une humanité presque réjouissante et une peinture sociale extrêmement réaliste. J'ai aimé Gaston, Marguerite, Mélie, les ouvrières au taquet et les verres de vin blanc brisés, la cruauté et le cynisme, les larmes et l'urine versées, le bruit des machines et la douceur de la dentelle. Tout cela,

Et pourtant, quand j'y pense, quelques jours après ma lecture seulement, je réalise que l'impression qui me reste, c'est la tiédeur. Moi qui aime ce qui claque, j'ai trouvé tout ça un peu mou du genou, un peu trop pétri de bons sentiments, un peu gentillet. Mais bon, tout le monde le sait, j'ai un coeur de pierre. Shame on me, donc. Ou pas, comme dirait l'autre.

Après, c'est évident qu'Hervé Commère maîtrise son sujet, comme il maîtrise aussi la narration éclatée, parfaite pour attirer le chaland. Une nuit, celle de la victoire de l'équipe de France, en juillet 1998. Une naissance, une rencontre, un viol et un accident, un village aussi, et tout qui se téléscope. C'est malin et bien fichu, malgré quelques épisodes un peu téléphonés, voire carrément tirés par les cheveux. Coincidence?

Bref, pas un coup de coeur, loin de là, mais un roman qui tient la route et qui m'a fait passer un bon moment. C'est déjà pas mal, non? 

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Leshakili 29/04/2016 22:42

Ton premier Gif ... j'hésite entre l'éclat de rire et l'effroi ... :)
Bon, j'ai comme toi un coeur de pierre donc je vais peut être le lire ... un jour ... quand ma PAL aura vraiment bien diminué !

Jacqueline 27/04/2016 17:45

J'avoue que je ne suis pas tentée ... Il y a tellement de livres à lire que je préfère me réserver pour tes avis enthousiastes ......:)

argali 27/04/2016 12:31

Je n'en avais pas entendu parler. Je le note toujours au cas où même si ce ne sera pas une priorité.