La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

" Plus de morts que de vivants", Guillaume Guéraud

" Plus de morts que de vivants", Guillaume Guéraud

"Tous égaux devant la mort. Les plus vaillants ne pesaient pas plus lourd que les autres. La mort se foutait aussi bien de leur poids que de leur taille. La mort se foutait même de savoir qu’elle était beaucoup trop prématurée pour eux. La mort les englobait tous sans distinction. À croire que tout être vivant en valait finalement un autre."

Dernier vendredi avant les vacances de février, dans un collège de Marseille. Alors que rien ne l'annonçait, la communauté des élèves et des enseignants est victime d'un virus foudroyant. Au fur et à mesure de la journée, les morts se multiplient, le collège est mis en quarantaine, l'isolant du reste de la ville.

D'abord Jérôme (ici) et Noukette (ici), puis Cajou (ici) : comment vouliez-vous que je résiste? J'avais cru comprendre, à la lecture de leurs billets, que ce roman était bien bien trash, et que j'avais tout intérêt à m'accrocher, et mon petit coeur de chochotte itou. Et bien, j'étais loin d'imaginer l'expérience qu'allait être pour moi Plus de morts que de vivants. Une expérience littéraire, mais aussi physique, littéralement physique, tellement j'ai été secouée.

Oui, comme dans une machine à laver (enfin j'imagine, je n'ai jamais essayer). Ce livre m'a dégoutée-ferée-bouleversée (ceux qui l'ont lu comprendrons le clin d'oeil), je l'ai dévoré d'une traite, en fermant parfois les yeux, en tirant la langue, mais sans jamais le poser, ou alors juste le temps de reprendre mon souffle.

Dégoûtée, parce que oui, je l'avoue sans honte, je suis une chochotte. Le gore, très peu pour moi d'habitude, je préfère le suggéré au montré. A la lecture de ce roman, croyez-moi, j'ai morflé, au point même, après à peine 10 pages, de me demander pourquoi j'avais ouvert ce livre. Cajou le dit très bien dans son billet, "ça gicle, ça saigne, ça souffre, ça craque, ça se fissure, ça gratte, ça hurle...". Attention, âmes sensibles s'abstenir, gifs horribles (j'ai moi-même peur de faire des cauchemars cette nuit après les avoir choisis ) en guise d'illustration :

Et moi, bien souvent, j'étais comme ca :

A  bien y réfléchir (mode un jour,  toujours), c'est un phénomène étrange, ce mélange de dégoût et de fascination. Comme quand on regarde un film de Tarantino, comme quand on lit "La Chanson de Roland" : esthétisation de la violence, exagération hyperbolique et souci du détail sanglant, ce qui fonctionnait au Moyen-Age fonctionne encore en 2016 (c'était la minute philosophico-romaniste du soir).

Ferrée, et dès les premières lignes. Aucune menace dans l’air. Juste le froid coupant de février. Qui glaçait les mains. Qui gelait les oreilles jusqu’à les rendre cassantes. Et qui tailladait les poumons à chaque inspiration. Aucune raison de s'affoler, mais pourtant, l'angoisse vous serre la gorge autant que la nausée. Guillaume Guéraud est un grand malade qui joue avec vos nerfs. La "foudre" frappe au hasard, n'importe où, n'importe quand. 647 collégiens pris au piège, un virus foudroyant, inconnu, assassin et une putain de tension qui va crescendo. Peu, pas, plus d'espoir. Un rythme d'enfer, sec, cru, violent même dans sa façon d'égrainer les minutes et les morts. Des points météo, des flashs info, des sms, des conversations téléphoniques, des notes (terribles notes), et toujours le même constat : Plus de morts que de vivants dans la cour. Et presque tous les vivants connaissaient presque tous les morts. Certains connaissaient même désormais plus de morts que de vivants. […] L’évidence du pire.

Bouleversée, justement, par cette évidence du pire. C'est sans doute parce que je passe mes journée dans l'enceinte d'un lycée comme celui-là, avec des adolescents comme ceux-là, sans doute parce que Guéraud a le don de faire d'une histoire apocalyptique un récit qui tient la route, quasi réel, quasi réaliste, mais pendant 250 pages, j'ai été "à l'intérieur", et on a eu beau me dire de ne pas m'attacher, c'était peine perdue.

Ben oui, malgré tout ce que l'on peut croire,

 

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Jacqueline 17/01/2016 09:33

Après la lecture du billet de Cajou, j'étais perplexe : allais-je oser tenter ? Maintenant, j'ai la réponse : non ..... Trop pour moi ....

Jacqueline 17/01/2016 17:03

Non, je n'ai jamais lu cet auteur ...

LaFée 17/01/2016 10:09

C est bien bien gore, mais ça vaut le coup! Tu as déjà lu cet auteur, Jacqueline?

jerome 17/01/2016 08:46

ça fout les jetons, hein !
Guéraud a clairement un grain, mais il sait l'utiliser à merveille. Et fais gaffe lundi si tu vois un élève saigner du nez sans raison en plein cours :)

LaFée 17/01/2016 10:09

Je tourne déjà de l œil quand ça arrive, je ne tiendrais pas 10 minutes si un truc pareil arrivait :-)

Marie-Claude 17/01/2016 01:11

Morte de rire devant ces gifs horribles!
Depuis le temps qu'il me fait de l'oeil dans ma PÀL, ce serait temps que je le lise.
J'ai découvert Guillaume Guéraud avec "Je mourrai pas gibier". J'en suis encore toute retournée. Quel auteur...

LaFée 17/01/2016 10:10

Ravie de voir que ma plongée dans le gore en images est une réussite Ahaha!