La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"Criminal Loft", Armelle Carbonel

"Criminal Loft", Armelle Carbonel

"J'ai risqué la double entorse oculaire" (Plume de Cajou)

Vous connaissez les précautions d'usage : pas sympa... blablabla... nous faisons le mal mais nous le faisons bien.. .blablabla.... Cruella's back....blablabla.... pardon aux fans et à l'auteur... blablabla... Ce n'est plus un secret,

Vous êtes prévenus, pas la peine de me dire en commentaire combien je suis vilaine. Vous décidez de rester? A vos risques et périls, donc. Bienvenue dans ce nouveau billet , ou la

Check-list des auteurs de (mauvais) thrillers

 Un titre qui déchire, qui en dit un peu mais pas trop, un joli jeu de mots, et une référence explicite à la contre non-culture de la télé-réalité, avec une bone dose de méchants pas beaux. Tiens, pourquoi pas Criminal Loft?

 Un pitch accrocheur, qui donnera envie aux lecteurs de tourner les pages et de passer une nuit blanche peuplée de cauchemars. Etats-Unis. Kentucky. Sanatorium de Waverly Hills. Ils sont huit. Six hommes, deux femmes, condamnés à la peine capitale et sélectionnés pour participer au reality show le plus brûlant qui ait jamais existé : « CRIMINAL LOFT » ! Chaque semaine, les votes du public élimineront un candidat afin qu’il reprenne sa place dans le couloir de la mort. Un seul d’entre eux recouvrera la liberté… Mais lorsque huit dangereux criminels se retrouvent prisonniers du lieu dit « le plus hanté des Etats-Unis », l’aventure tourne au cauchemar... Quelles terribles épreuves leur réservent les créateurs du loft ? Jusqu’où iront-ils pour prouver qu’ils méritent de vivre ?

(Jusque-là, tout allait bien.)

 Un lieu original, chargé de mystère et d'histoires sordides. Waverly Hills est parfait pour ça. Un ancien (et réel) sanatorium, réputé hanté, avec un tunnel de la mort pour évacuer les cadavres, bien trop nombreux, des fantômes, des chansons d'enfants, une chambre 502 maudite, bref, une légende urbaine à lui tout seul qui fout bien les chocottes.

 

  

So what? (bordel de merde, ai-je même envie d'ajouter). Voilà un matériau en or, transformé en quoi, hein, je vous le demande? (ceci est une question purement oratoire). Ne vous attendez pas à frissonner, les amis, ou en tout cas pas comme vous l'espérez. Ce sanatorium de l'Enfer est sous-exploité, il ne sert que d'écrin à une espèce de dissertation scolaire sur ce qu'est le Mal (et là, je ris), les dérives perverses de la télé-réalité (enfin, j'imagine) et une tentative de thriller plutôt mal barrée. Alors oui, on répétera 12524 fois (coucou Cajou!) que le lieu est hanté Bing... Bing fait la balle, tout ça, mais d'ambiance angoissante, de sueurs froides et de tension qui serre les tripes, point. Déception.

 Des personnages, des vilains, des pas beaux, des psychopathes pas tous seuls dans leur tête, des serial killers de la pire espèce, bref, un ramassis de dégénérés, le pire du pire réuni pour le plus grand plaisir du lecteur. Ouep, sur papier, ça le fait. Dans les faits, comment dire? Nos huit dangereux criminels, là, à côté de certains personnages nés de l'imagination tordue de certains auteurs, c'est du pipi de chat. Du déjà vu (enfance maheureuse, viol, parents sadiques, famille d'accueil, tous les clichés y passent, tous), déjà lu, du pas crédible aussi ("bienvenue dans confessions intimes!"). Autre problème : ils sont huit. Et toi, petit lecteur, tu es tout seul. Et tu n'as que deux neurones qui se battent en duel. Alors, tu vois, il faut t'aider. Huit personnages = huit surnoms = 12524 répétitions, pour que tu saches qui est qui, donc. Puis il ne faudrait pas que tu les confondes, non plus. Alors, on insiste lourdement, sur ce qui fait leur particularité (je suis capable de me projeter n'importe où...), et on te rabâche jusqu'à l'écoeurement les mêmes éléments, mais tu comprends, petit lecteur, c'est pour ton bien. Que dis-tu? Ca t'énerve? Mais non voyons, c'est-pour-ton-bien, qu'on te dit!

 Une intrigue qui tienne le lecteur en haleine, qui lui fasse se torturer les méninges (pardon, ses deux neurones), qui le surprenne, le mène en bateau et le laisse complètement estomaqué à la lecture des dernières lignes. Tu le vois, petit lecteur, le problème, tu le vois? Mais oui, c'est toi et tes deux neurones, justement. Alors, à nouveau, on va te prendre par la main. On va répéter (encore, oui, encore...) et on va jouer au petit poucet en semant des petits énOOOOOrmes indices qui clignotent en rouge, pour t'aider, tu comprends? Que dis-tu? Que du coup tu avais tout deviné très vite, qui a fait quoi, et pourquoi, et comment, et même qui est La Voix, et que donc tu n'as eu aucune surprise? Mince alors, c'est ballot. Surtout qu'en plus d'être claire comme de l'eau de roche, l'intrigue est cousue de fil blanc (oui, j'utilise plein d'expression bateau si je veux, c'est pour illustrer mon propos, justement) et de "ben tiens, comme par hasard". Gloups, ça craint, tout ça, pour un thriller, vous ne trouvez pas? Moi, en tout cas

 Une thématique moderne, qui colle à l'actualité, brûlante et polémique à souhait. Genre la télé-réalité, ses dérives (c'est un pléonasme, non?), la manipulation des masses par la contre-culture, la fascination morbide des spectateurs, leur part de responsabilité, l'éthique (tout filmer? tout montrer?), vaste programme, non? Criminal Loft, ce n'est pas que le titre du roman, c'est aussi le "jeu" qui  en est le sujet : confessionnal,  missions, épreuves, éliminations, quotidiennes (présentées par Ken et Barbie themselves, Benjamin Castaldi a du souci à se faire:-)), tout y est. Tout, sauf le fond, la réflexion, la finesse. Même toi, petit lecteur à deux neurones, tu comprendras le message, mais tu risques de te demander  s'il est vraiment pertinent de mettre aux enchères des pièces à conviction ou de faire téléphoner en direct des victimes des participants/criminels pour illustrer la séduction malsaine qu'exerce la télé-réalité sur ses spectateurs... Pertient?

 Des références. C'est bien ça, les références, ça permet  au lecteur de créer un lien, il se sentira comme ça en connexion cosmique avec l'auteur. Pour moi, en tout cas, ça fonctionne, j'avais adoré découvrir Manderley et Charing Cross Road au détour d'une page des Loups à leur porte, par exemple (j'en profite pour glisser le lien vers mon billet (ici). Ce livre est formidable, lisez-le!). Le problème (oui, avec tes deux neurones, tu te doutes tout de même que ceci est un billet à problèmes), c'est qu'il parait que l'on a les références que l'on mérite. Pas d'accord. Le looser is, le côté obscur de la force (toi aussi ça te fait penser à cette chanson?), ok, moi je veux bien, mais je n'ai rien fait, rien, pour mériter que l'on me brûle les yeux avec une citation de Florent Pagny.

Et puis quoi? Bientôt ce sera

 Des lecteurs. Même duoneuroniques, oui (je rappelle que j'aime les néologismes). Et des lecteurs, Criminal Loft en a eu plein, enthousiastes, conquis, même l'homme à la houpette en a fait une critique dithyrambique (voir ici). Mai moi, je suis passée à côté, voilà, c'est ça, ça arrive, et ce n'est pas grave. Je vous laisse avec mon "avant-après" lecture, j'ai rendez-vous avec Oates, là .

 

 

 

 

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jerome 13/11/2015 13:25

Déjà, si ça avait été le thriller du siècle, j'aurais dit non. Mais là, vu les quelques bémols que tu soulèves (pas si ÉNORMES que ça mais quand même ;) ), je vais me contenter d'un grand NO WAY !!!!!!

LaFée 13/11/2015 17:20

Tu détesterais, en effet :-)

argali 11/11/2015 19:18

J'adore quand tu n'aimes pas.

LaFée 13/11/2015 17:20

Hahahaha, tant mieux!

argali 11/11/2015 19:18

J'adore quand tu n'aimes pas.

Jacqueline 11/11/2015 18:02

Hihihi ..... Un plaisir de lecture ........ Je parle de ton billet, hein ! :) ...Et les gifs .....:)
Après l'avis de Cajou, j'attendais le tien ....... Vu le succès auprès de certains lecteurs, j'aurais tenté la lecture .....si tu avais apprécié ce roman ..... DONC, je passe mon tour !

LaFée 13/11/2015 17:21

Tu peux, je pense que tu lèverais les yeux au ciel à chaque page:-)

Marguerite 11/11/2015 15:08

Je passe mon tour :)
Tu m'intrigues avec la citation de Florent Pagny ^^

LaFée 11/11/2015 15:14

C est un peu mon Maé à moi, tu vois, Pagny...