La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"la contre-heure", Sébastien Hoët

"la contre-heure", Sébastien Hoët

"Écrire ne consiste pas à poser les mots, même pas à user d’une langue maîtrisée, écrire c’est voir enfin, garder, préserver, et rendre aux autres, faire voir, faire jaillir, laisser s’effuser ce qui ne nous apparaît pas dans la répétition des jours, mais seul, véritablement, est."

Gilles est professeur de philosophie dans un lycée. Il est séduisant, brillant, un brin iconoclaste, témoin halluciné de la médiocrité moderne. Ce jour de rentrée commence bien mal puisque Victoire, une élève de première, s’'est défenestrée du troisième étage du lycée. Une nouvelle année de débâcle dans les couloirs de l’'Éducation nationale ? Une jeune femme aux yeux verts y apparaît pourtant, qui pourrait changer le monde.

Et bien nous y sommes. Il en fallait bien un, hein, notez bien. Je ne m'attendais pas à ce que ce soit ce roman-ci, par contre, un aussi joli pitch, une aussi sublime couverture, tout ça, tout ça... et pourtant le voici, le voilà, le premier de la rentrée, le billet  .

Oubliez les promesses du résumé, les enfants (je regarde trop Gérard Collard en classe, moi), oubliez vos rêves de jolie prose et d'histoire touchante (ben quoi? la mort d'une élève, une "jeune femme qui pourrait changer le monde"...), ce texte, c'est du sous-Hoellebecq des années '90 remis au goût du jour, et c'est tout (et ce n'est pas un compliment). Pour illustrer mon état mental dans les dernières cinquante pages, rien de mieux qu'un gif. C'est moi, donc, en mode "mais pitié que ça se termine".

En vrai, c'est l'histoire d'un prof de philo, un sale type désabusé et pédant, qui se croit au-dessus de la masse plébéienne et le lui montre bien, un BHL des cours de récré, cheveux gris et air hautain, qui balaie d'un oeil critique le Monde et (éloignez les enfants) éjacule dans un verre de whisky. Ouais, rien que ça. Le suicide de cette pauvre ado? Prétexte. L'inconnue aux yeux verts? Prétexte. C'est Gilles, himself and he, point. Vous savez que, pourtant, le cynisme et la mauvaise foi, j'adore ça (non?), et pourtant, pourtant (oui, encore), que ce machoman moderne (allez hop, bande-son ici ) m'a agacée, pffttt. Tout y passe, l'éducation nationale, les femmes, les résultats du bac, la salle des profs, l'écriture, la culture ( Les Moineaux de Versailles roucoulent le dimanche soir, ça vous rappelle quelque chose?) , la lecture, mais surtout les femmes, les femmes, les femmes, et ce n'est pas joli joli. Tout le monde en prend pour son grade, mais surtout, c'est long, misère, c'est long! On a presque l'impression que l'auteur se regarde écrire autant que le personnage s'écoute parler.

Ce qui pourrait se contenter (et ce serait déjà bien assez pénible) d'être un long monologue nombriliste, désabusé et ennuyant/ennuyeux se transforme malheureusement par moments en, euh, comment dire? (éloignez à nouveau les enfants) en un mauvais film porno pour dimanche soir pluvieux. Oui, je suis une oie blanche, oui, je l'assume, mais je vous défie de lire certains passages sans être comme moi

Le même malaise qu'à l'époque de Hoellebecq, justement, la même nausée qu'en lisant ces scènes avec des femmes "pas encore tout à fait femmes" en Thailande ou ailleurs, j'ai oublié. Un gros porc libidineux, qui se cache derrière ses citations d'auteurs et sa pseudo-culture pour s'envoyer en l'air. Un sale type imbu de lui-même, capable d'écrire à une femme un truc aussi tordu que Je te prendrais bien le cul ma belle fleur sauvage des haies, ma fleur bleu sombre trempée de pluie. Un type étrange, ce Gilles, un personnage détestable, servi par une petite prose merdeuse qui  sent le slip de vieux garçon mais qui parfois offre de jolis moments. L'écriture est léchée, c'est indéniable, mais elle fait le grand écart entre provocation et poésie, et on s' y perd. En tout cas moi je me suis perdue. Et je suis bien contente d'avoir trouvé le chemin de la sortie, croyez-moi. Au suivant!

 

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LaFée 05/10/2015 07:36

Pour la première fois, je modère les commentaires. Les avis divergents, les critiques, les commentaires piquants, ok, mais les insultes, je suis désolée, mais non. Rien ne vous empêche de passer votre chemin si le ton de mon blog ne vous plait pas.

Julie 03/10/2015 12:49

Je trouve ton billet très injuste et très violent. J'ai lu La Contre-Heure après avoir découvert le livre grâce à un article extrêmement élogieux de Chronic'art. Et de fait, j'ai lu un livre brillant, choquant, mais qui fait penser, et qui laisse deviner une grande sensibilité. L'auteur déteste l'époque, et alors ? Est-ce une époque aimable ? En plus, j'ai deviné des références cachées dans ce livre, dans les passages consacrées à Victoire, notamment Neige de Anna Kavan, que j'adore. Rien à voir avec le Jérémy Fel que tu adores, si prévisible et mal écrit, comme tant de "Thrillers" commerciaux. J'espère pour toi que l'auteur ne lira pas ton billet car tu l'insultes ad hominem ("gros porc libidineux") et il pourrait s'en plaindre légalement...

LaFée 03/10/2015 14:27

Si tu lis bien le billet ( ce que tu dois être capable de faire puisque tu décodes les citations cachées dans un roman), tu verras que c est le personnage que je qualifie de gros libidineux qui utilise sa culture pour essayer de mettre dans son lit une jeune demoiselle. Après, libre à toi ne porter un jugement sur mes jugements, c est la jeu ma pauvre Lucette...

Victorienne 02/10/2015 23:50

La phrase qui vous choque "(...) ma belle fleur sauvage", etc. est de Joyce...

LaFée 03/10/2015 08:36

Ce qui ne retire rien au fait que je trouve pathétique d écrire ce genre de phrase à une femme...

argali 02/10/2015 20:50

Je passerai donc mon tour après ton billet d'humeur/humour. J'avais l'impression de lire une critique du dernier Beigbeder. Si en plus c'est un sous Houllebecq... :p

LaFée 03/10/2015 08:36

Je ne crois pas que tu apprécierais cette lecture, en effet :-)

Jacqueline 01/10/2015 08:28

Oh ! Couverture et résumé alléchants .... mais ton billet ne me donne qu'une envie : la fuite ....
Evidemment, si Cajou est emballée, je tenterai .... juste pour me faire ma propre opinion .... sinon, ce roman restera loin de moi ...:)

LaFée 01/10/2015 08:35

J ai très très envie d avoir son avis sur ce livre, j attends son billet avec impatience!

Delphine-Olympe 01/10/2015 05:42

Quel courage d'être allée jusqu'au bout !
Très peu pour moi !

LaFée 01/10/2015 08:34

Il se lit vite, heureusement. Puis j avais toujours l espoirs que...

Mélo 30/09/2015 22:45

Je te prendrais bien le cul ma belle fleur sauvage des haies ? Seriously ?

LaFée 30/09/2015 22:46

Tout à fait madame!

Marguerite 30/09/2015 22:28

Comme toi, le résumé et la couverture m'avaient tapé dans l’œil. Merci de t'être dévouée :D

LaFée 30/09/2015 22:30

Cajou est aussi en plein dedans, peut-être un autre son de cloche bientôt? (Ou pas