La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"Je vous écris dans le noir", Jean-Luc Seigle

"Je vous écris dans le noir", Jean-Luc Seigle

"Je me demande si l'on écrit autrement que dans le noir, dans cette opacité qui ne révèle ce qu'elle cache qu'au fur et à mesure de l'écriture, comme l'œil finit par s'habituer à l'obscurité et à redessiner les contours des obstacles qui pourraient nous faire trébucher."

C'est l'histoire d'une petite fille devenue femme trop vite, et d'une femme restée trop longtemps petite fille. Entre les deux, il y a eu les hommes, beaucoup d'hommes. Des marins, des inconnus, des frères, des allemands, des français, des juges et des vautours, des jeunes et des moins jeunes. Il y a eu Félix, Jean, et puis son père aussi, ce père adulé, aimé d'un amour qui dérange, presque trop fort. Il y a eu sa mère, la femme-pélican, celle qui n'a pas été aimée à la mesure de son amour, sans doute. Il y a eu la guerre, l'occupation, le salon des ménagères, le crime, le procès, la fuite. Et il y a eu Jean-Luc Seigle, enfin, qui a merveilleusement réussi à donner une voix à Pauline, pas pour qu'elle se justifie ou tente de se défendre, à quoi bon maintenant, juste pour qu'elle puisse exprimer ce que personne n'a semblé vouloir entendre jusqu'ici.

 

Une affaire judiciaire qui a marqué l'après-guerre, c'est certain, et qui aurait vite fait de devenir le point de départ d'un livre factuel, voire anecdotique, version papier d'un Faites entrer l'accusé. Je vous écris dans le noir est tout le contraire : puissant, profond, et terriblement touchant. Quand Jean-Luc Seigle écrit, dans une scène qui vous serre le coeur et vous retourne les tripes, j'étais encore si près de l'enfance, il arrive à mettre des mots (peu, toujours, mais toujours justes) sur l'indicible. Au fil des pages, on se surprend à aimer Pauline Dubuisson, ses réflexions sur la littérature, la possible émancipation des femmes qui doivent bien plus à Moulinex et à Electrolux qu'à Simone de Beauvoir, selon elle, ses Royale, ses choix, ses bas nylon et son courage. Les faits sont bruts, durs parfois, indiscutables. La justice a rendu son verdict, "la" vérité est établie, et jamais Jean-Luc Seigle ne s'autorise à remettre en cause ce qui fut, l'important est ailleurs. dans  les silences, les rêves et les souffrances d'une femme condamnée à mort à trois reprises par les hommes de son temps.

J'ai adoré cette lecture, et je  suis vraiment très impatiente de découvrir La petite femelle de Jean Jaenada qui s'est lui aussi intéréssé (de façon quasi obsesionnelle si l'on en croit les critiques) au "cas Dubuisson", mais la lecture va malheureusement devoir attendre un peu, parce que c'est la rentrée, et que pendant ces vacances

.

Procrastination forever.

 

 

 

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Mimi 01/09/2015 17:58

Une belle critique qui donne envie. Une affaire de femme, comme celle de Marie Besnard qui a fait la une des journaux pendant de longs mois.

Jacqueline 30/08/2015 16:44

Un beau billet ..... Moi aussi, je compte lire "La petite femelle" ...