La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"Meurtres pour rédemption", Karine Giebel

"Meurtres pour rédemption", Karine Giebel

"Nous ne pouvons juger du degré de civilisation d'une nation qu'en visitant ses prisons." Dostoïevski.

Voilà. Si vous êtes un fan inconditionnel de l'auteur et que vous avez déjà envie de me balancer des tomates, je vous dis "au revoir, merci d'être passé et à bientôt peut-être?" Si vous lisez la suite de ce billet, n'oubliez pas que j'ai un casque intégral et que "même pas peur, moi" (et que je suis bavarde, aussi, c'est un rappel utile vu la longueur de cette chronique). Bref. Si vous suivez ce blog, vous savez déjà que mes deux précédentes tentatives de lecture de Giebel (voir ici) se sont soldées par de cuisants échecs (traduction : j'ai trouvé les romans archi-archi-mauvais) et vous vous demandez sans doute pourquoi j'ai donc retenté le coup. Suis-je

  1.  a) adepte du "oh oui chéri Giebel fais-moi mal lever les yeux au ciel?
  2.  b) incapable de résister au pouvoir de la Rumeur qui dit que Meurtres pour rédemption est un pur chef-d'oeuvre?
  3.  c) victime de l'adage " la curiosité est un vilain défaut"?
  4.  d) en mode "scout-toujours-prêt" lorsqu'il s'agit de partager une lecture avec ma copine Plume de Cajou?

Vous hésitez? Allez, je vous aide, un petit indice.

Vous avez trouvé la bonne réponse? Bravo, vous avez donc gagné la possibilité d'aller lire le très émouvant et très argumenté billet de Plume de Cajou ici, un avis différent du mien (une fois n'est pas coutume) (quoique, quand on y regarde de plus près... (c'est normal, vous croyez, que maintenant, à chaque fois que j'utilise des points de suspension, je pense à JP de Et je danse, aussi ? Mais je m'égare, pardon)). Un avis différent, donc, mais une LC très sympa, de la pluie Belge au  du Sud. Mais bon, vous allez finir par croire que j'essaie de noyer le poisson, alors, allons-y.

Marianne, vingt ans. Les miradors comme unique perspective, les barreaux pour seul horizon. Perpétuité pour cette meurtrière. Une vie entière à écouter les grilles s'ouvrir puis se refermer. Indomptable, incapable de maîtriser la violence qui est en elle, Marianne refuse de se soumettre, de se laisser briser par l'univers carcéral sans pitié où elle affronte la haine, les coups, les humiliations. Aucun espoir de fuir cet enfer. Ou seulement dans ses rêves les plus fous. Elle qui s'évade parfois, grâce à la drogue, aux livres, au bruit des trains. Grâce à l'amitié et à la passion qui l'atteignent en plein coeur de l'enfermement. Pourtant, un jour, l'inimaginable se produit. Une porte s'ouvre. On lui propose une libération... conditionnelle. " La liberté Marianne, tu dois en rêver chaque jour, chaque minute, non ? " Oui. Mais le prix à payer est terrifiant. Pour elle qui n'aspire qu'à la rédemption...

Meurtres pour rédemption, c'est un pavé de plus de 800 pages, où se cotoient le pire et le meilleur. C'est un mélange de Orange is de new black (bon, là je frime, c'est Cajou qui me l'a dit, je n'y connais rien en série télé, moi, mais je viens de jeter un oeil et elle a raison (qui a dit comme d'hab'?)) et de novelas espagnoles, c'est dire le grand écart, quoi. Le problème (enfin, MON problème), c'est qu'il m'a été impossible de passer au-dessus de tout ce qui m'a fait grincer des dents/lever les yeux au ciel/soupirer d'exaspération pour me focaliser sur les éléments qui me plaisaient, à commencer par la description du monde carcéral, qui est (elle au moins) une véritable réussite (et une belle claque dans la tronche) : c'est violent, tant psychologiquement que physiquement, ça pue l'urine, la peur, la sueur et les nuits sans sommeil, l'absence cruelle d'espoir aussi, ça marque au fer rouge, c'est une certitude. Mais pourquoi, dans cette infinie noirceur, pourquoi chercher à tout prix l'étincelle factice d'un amour aussi cliché que ridicule?

Ca devient vite Les Feux de l'amour à O.K. Corral (c'est cadeau, ne me remerciez pas, cliquez ici) , et Karine Giebel n'a rien à envier aux scénaristes de téléfilms à l'eau de rose : moments d'amoûûûr dans des lieux incrongrus (je rappelle que l'histoire se passe dans une prison, ou?), oeillades énamourées dans la cour (de prison, donc, pas de récré, contrairement à ce que l'on pourrait croire), scènes et dialogues complètement WTF, rien ne nous est épargné. Elle fut tellement émotionnée qu'elle enfuit son visage dans ses mains. Ben tiens, tu m'étonnes, la honte d'écrire de telles platitudes, peut-être? "J'ai envie de t'embrasser", chuchota-t-il avec un sourire un peu gamin. "Moi aussi". Elle le fixa d'un air coquin.  Et là, vous la voyez la scène? Avec un flou artistique et la musique douce qui l'accompagne? Ils restèrent ainsi de longues minutes sans parler. Presque sans respirer. Nourris l'un de l'autre. Elle buvait sa voix grave et chaude. Je continue ou vous comprenez l'idée? Mais alors, le pompon, c'est quand même les instants télépathie, là, clairement

elle abuse, madame Giebel. Avec les coïncidences aussi, elle abuse (le nombre de "ben voyons" prononcés à la lecture de ce roman est assez impressionnant) tout comme avec les thématiques-chocs genre "prend ça dans la ****** mon petit lecteur chéri" : on frise l'overdose, et certaines n'étaient là que pour rajouter une couche au côté too much. En même temps, il fallait bien remplir les 800 pages.  Et comme lors de la lecture de Purgatoire des innnocents, j'ai parfois trouvé le temps long ("comme derrière les barreaux" me direz-vous), et comme dans Purgatoire, aussi, j'ai trouvé les scènes de huis-clos ( chut!) assez peu réussies, et longuettes (et répétitives).

Partout, j'ai lu que ce livre était "violent", "trash", qu'il "marquait pour toujours", que l'on "n'en sortait pas indemne" et que Marianne était "inoubliable". Au risque de passer pour la pimbêche-qui-se-la-pête, je n'irai pas jusque là. Alors oui, peut-être que mon coeur de lectrice est tout petit, riquiqui, et qu'Iris ( de Reflex, mon billet ici) et Victoria Bergman (voir ici, ici et ici) ont pris toute la place. Peut-être aussi que la noirceur, l'insoutenable sensation d'être immergée dans les tréfonds de l'âme humaine, les tripes qui se tordent et la bile qui monte aux lèvres, peut-être que tout cela je l'ai déjà ressenti trop fortement lors de précédentes lectures, et que mes réactions sont tronquées. Peut-être. Parce que oui Meurtres pour rédemption est un livre dur, oui Marianne est une héroïne (quel ironie, quand on y pense) incroyable et à laquelle on s'attache malgré soi, oubliée du dehors, Marianne. Enterrée vivante. Effacée de la société. Gommée à jamais. Déjà morte.  Ce personnage, c'est la "colonne vertébrale" (dixit Plume de Cajou) du roman, elle le porte, elle le transcende, mais pour moi, malheureusement, elle se tort un peu dans tous les sens, et si elle m'a émue, elle ne m'a pas remuée de l'intérieur, en tout cas pas assez que pour être à la hauteur de sa réputation.

Je mentirais néanmoins en disant que ce roman me laissera un tiède souvenir, parce que, s'il m'a déçue sur bien des points, il s'est terminé (deux fois, même) d'une telle façon que

j' en ai eu le souffle (et la chique) coupé(s). Une fin d'anthologie, véritablement, qui s'incruste sur vos pupilles et vous laisse sur une terrible impression d'uppercut. Pour filer la métaphore, Giebel frappe fort, mais elle ne m'a pas encore mise KO. Et honnêtement, trois essais me suffisent. Désolée Karine, mais notre prochain rendez-vous...

C'était un billet 100 % , à bientôt pour de nouvelles aventures :-)

 

 

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Cajou 02/08/2015 16:09

Ayé, le retour du WIFI :D
Héhéhéh, j'ai bien ri en lisant ton billet et comme je te l'avais dit, je comprends tes bémols. Et merci pour les GIFS, je suis toujours en train de pleurer de rire avec celui de la télépathie hahaha.
Quant au dernier GIF des framboises, en effet, je pense que c'est mieux pour toi d'en rester là avec Giebel, puis en fait, t'as déjà lu la moitié de ses romans, non ?
Bizzzzzz

LaFée 02/08/2015 18:32

Ouiiiii le wifiiiiii! Cette fois c est une certitude : j'arrête Giebel. Tu t en sors de ton challenge marathon? Dis moi quand tu seras prêté pour la suite :-) bisous!

LaFée 02/08/2015 18:32

Ouiiiii le wifiiiiii! Cette fois c est une certitude : j'arrête Giebel. Tu t en sors de ton challenge marathon? Dis moi quand tu seras prêté pour la suite :-) bisous!

Marguerite 01/08/2015 11:05

C'est quand même beaucoup, 800 pages, pour aimer la fin... :p

Jacqueline 01/08/2015 07:30

Ouf, tu as quand même aimé quelque chose : la fin du roman ...
Ce roman n'est pas un chef=d'oeuvre, il est bourré de défauts, il est "trop" à plusieurs reprises ...... mais j'ai été "happée" du début à la fin et Marianne fait partie des personnages que je n'oublierai pas ...

LaFée 01/08/2015 09:20

J ai aimé Marianne aussi, et la description de l intérieur des prisons:-) Par contre, en effet, je n ai pas été touchée en plein cœur comme beaucoup (dont toi, je le sais bien ;-))

LaFée 01/08/2015 09:20

J ai aimé Marianne aussi, et la description de l intérieur des prisons:-) Par contre, en effet, je n ai pas été touchée en plein cœur comme beaucoup (dont toi, je le sais bien ;-))