La Fée Lit

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"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

Les thrillers de l'été : "Prendre Lily", Marie Neuser

Les thrillers de l'été : "Prendre Lily", Marie Neuser

"Notre monde crève d'hyperboles. De superlatifs. De démesures. Ce nouveau millénaire a fait oublier le prix d'une vie. Bientôt les enfants de maternelle s'assassineront entre eux pour des billes en verre."

Une mère de famille retrouvée assassinée dans sa baignoire, les seins tranchés, les doigts comme un écrin renfermant deux mèches de cheveux. Le corps d'une étudiante coréenne abandonné la nuit dans un quartier désert. Et des jeunes femmes qui témoignent : leurs cheveux coupés net, tandis qu'elles vivent, marchent, respirent dans une petite ville balnéaire d'Angleterre qui ne connaît pas les débordements. Non loin de la salle de bains de Lily Hewitt vit Damiano Solivo. On lui donnerait le bon Dieu sans confession si ce n'étaient ces déviances auxquelles il s'adonne en secret. Mais son épouse peut le jurer : Damiano est innocent. Damiano est même victime. Victime, oui : de la complexité d'une machinerie sociale et judiciaire qui sait comment on façonne les monstres. Premier volume d'un diptyque tiré d'un fait divers qui tourmenta l'Italie et l'Angleterre de 1993 à 2011, Prendre Lily raconte la traque d'un psychopathe identifié.

 

Prendre Lili, pour moi, c'est ça. Une excellente idée, qui se révèle un flop total. Traitez-moi de pimbêche si vous voulez, mais je ne comprends pas bien l'engouement que suscite ce roman. Je vois partout qu'il "révolutionne les codes du genre", qu'il est "différent", "bluffant", "addictif". Je me demande si on a lu le même bouquin, tiens. Ce n'est pas le premier thriller/polar/policier/roman noir (appelez-le comme vous voulez, moi je choisi "navet") dans lequel le nom du coupable est connu dès le départ, et ce n'est pas non plus le premier qui se consacre à l'enquête vue de l'intérieur. Ni le premier, ni le plus réussi, selon moi, puisque rien qu'en le comparant  à Il de Derek Van Arman, Prendre Lily, c'est du pipi de chat. Pourquoi? Pour une multitude de raisons, figurez-vous.

C'est la minutie, l'exactitude et le réalisme des méthodes d'investigation qui ont poussé le FBI à mettre l'auteur de Il en examen. J'espère de tout mon coeur pour nos amis anglais que la police british n'est pas aussi que Gordon Mac Liam et son équipe. J'imagine aisément que dans la vraie vie, les enquêteurs ne ressemblent pas tous à Derek Morgan ou à Spencer Read () et que les investigations durent plus longtemps qu'un épisode d'"Esprits Criminels", mais tout de même... Notez bien que les délais d'analyse, le nombre d'années passées à traquer l'assassin ainsi que les moyens mis en oeuvre semblent assez réalistes, ce qui l'est beaucoup moins, c'est un Mac Liam qui se pose, par exemple, des questions sur la vie des cheveux (lol?) et qui passe des heures sur Internet avant de penser à faire appel à un spécialiste (on traque tout de même un hypothétique tueur en série, je le rappelle), puis ce sont surtout ces coïncidences grosses comme des maisons. Lorsque le voisin de la victime est soupçonné, au lieu de faire des recherches dans la base de données (ils doivent bien avoir ça aussi en Angleterre, non?), notre ami superflic part (enfin "part", pas tout de suite, il met du temps à se décider, le balourd) à la pêche à l'info sur....Internet (mais comment diantre faisait la police avant l'an 2000, hein?) et BINGO : le passé trouble de Solivo découvert en quelques clics. Et quand notre équipe de bras cassés désespère, soudain, l'illumination : les caméras de surveillance, bon sang mais c'est bien sûr...  Bref, vous l'aurez compris, on patauge dans la semoule bien trop souvent dans ce roman, et comme Mac Liam, on attend. On est comme des soldats, coincés dans une forteresse, qui scrutent le désert en espérant qu'enfin une armée ennemie hérisse l'horizon, mais l'horizon demeure lisse et rond comme un cul d'adolescente.

Remarquez donc la transition de folie, les amis, puisque le deuxième point négatif à mes yeux, c'est bien le style de l'auteur. Ah ça, on est loin de la précision quasi chirurgicale de Van Arman, ici. On est dans le, euh, dans le plat? terne? moche, en tout cas. Morceau choisi :  Il me restait fiché dans le cortex, celui-là, avec ses molles glissades d'escargot et cette petite voix qui correspondait tellement peu à sa physionomie.Vu le mec, on pouvait aisément imaginer qu'il refoulait des panards. On n'est pas dans un texte de Proust, je veux bien vous l'accorder, mais des thrillers/polars/policiers/romans noirs/navets qui ne sont pas écrits avec les pieds, justement, il y  en a légion, non? Il n'est pas poète notre enquêteur, il me semble même souffrir lui aussi de ce qu'il appelle une hypertrophie des mots, qui s'aggrave encore lorqu'il arrive à séduire (pour mieux la manipuler, le vicieux) l'avocate de Solivo, là,

La bite en fête mais le coeur en berne, notre inspecteur de choc et de charme use donc de ses nombreux talents (humhum) pour infiltrer le camps adverse, et cherche l'info chez la merdeuse, vide-couille bavard et utilitaire. Classe, non?

Bien, bien, bien, il nous reste quelques mois à attendre avant le second volume de ce diptyque, vivement, non? 

 

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Jacqueline 19/07/2015 09:42

Hahaha ...... quel plaisir de lire ton billet ...... sur ce roman que je ne tenterai pas ....:-)

LaFée 20/07/2015 17:14

Voilà une sage décision :-)

Velidhu - Que Lire ? 19/07/2015 08:55

Et bien cette chronique est un vrai cri du cœur ! Je ne le lirai pas ! Il y a tellement d'autres thrillers qui ont l'air bien ces temps-ci, que je n'en serai pas plus malheureuse.

LaFée 20/07/2015 17:14

On peut en effet très bien se passer de cette lecture :-)