La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"Un été 42 ", Herman Raucher

"Un été 42 ", Herman Raucher

" La vie est faite de choses qui vont et qui viennent, et chaque fois qu'un homme en emporte une avec lui, il doit en abandonner une autre".

25 ans séparent ces deux éditions. 25 ans, outch, quoi! Quand j'ai lu Un été 42, j'avais, euh, j'avais, j'étais jeune quoi. Alors vous comprendrez aisément que cette lecture a eu un petit goût de madeleine, et qu'il m' a été impossible de jeter un regard objectif sur ce roman. (Pardon? j'en entends qui disent que de toute façon je ne suis jamais objective? Mais ça va aller, oui? ) Comme Hermie au début du livre, j'avais envie de voir si la magie opérait encore... Alors en route pour une plongée dans les souvenirs d'Hermie, et dans les miens...

L'été 42, c'est celui que trois jeunes ados, pas encore assez grands pour partir faire la guerre mais bien assez pour être titillés par les hormones (et pas qu'un peu!) passent sur Packett Island. Il y a Oscy,  un grand gamin, un chien fou, Benjie, véritable horloge parlante, et Hermie, fan de photo-montages, de pin-up, de glaces à la fraise et surtout de la femme, déesse de vingt-deux ans, presque une vieille, et pourtant rien n'y personne, depuis le premier instant où Hermie l'avait vue, n'avait été pour lui aussi terrifiant et aussi troublant, n'avait été capable de le rendre à la fois plus sûr de lui et plus en proie au doute, plus important et plus insignifiant. Vous l'aurez compris en lisant entre les lignes, Un été 42le plus long de leur vie (et pour cause), c'est celui du grand chamboulement, celui qui fera d'eux des hommes, ou presque. Ce livre est un hommage, à un ami de l'auteur disparu bien trop tôt, à ces jeunes gens engagés dans un conflit qui les dépasse, mais c'est aussi un vibrant et profondément touchant  hommage à cet instant précis où vous passez de l'autre côté du miroir, de la force, de l'enfance, surtout. "On pourrait appeler ça la fin de l'innocence. On pourrait aussi résumer la grâce d' Un été 42 à un verbe, beau et tragique à la fois : grandir."

N'allez cependant pas croire qu'il s'agit-là d'un énième roman d'apprentissage ringard et désuet, non non non. Bien qu'il date des années '70, ce titre est d'une incroyable actualité (et ce n'est pas Jérôme d'une Berge à l'autre qui me contredira, n'est-ce pas? Retrouvez d'ailleurs ici son avis, plein de testostérone et de souvenirs de jeunesse (enfin j'imagine, puisqu'à l'heure où j'écris ces lignes je n'ai pas encore pris connaissance des siennes ). D'une thématique universelle mais potentiellement cucul, Herman Raucher tire un texte simple, sincère et terriblement drôle. Humour potache de ces grands dadets pas encore dégrossis (entre le peletonnage en règle version avancée des troupes ennemies et les 12 étapes de la "méthode infaillible pour s'envoyer en l'air", j'ai plus d'une fois éclaté de rire (oui, je sais, je suis bon public) mais aussi dérision, second degré et une succulente représentation de la mère de famille américaine (Elle était quelque part dans la maison. Dans une ampoule électrique, peut-être. Ou bien dans la peinture. La femme aux milles yeux et aux milles oreilles. Celle qui flottait dans l'air à travers son domaine comme le fantôme des Noëls passés. Celle qui d'une seule phrase glaçante pouvait en dire des centaines). Je me souvenais encore de tout cela, mais pourtant j'avais oublié bien des choses. J'avais oublié cette déchirante scène d'adieu sur un quai de ferry (et aujourd'hui, en la relisant, j'ai tout de suite pensé à Orly, ma chanson préférée du Grand Jacques, que je vous invite à écouter ici), mais aussi l'impétueux désir de ces gamins de partir au front, dans cette guerre de toile de fond, avenir improbable et flou dont ils sont convaincus qu'il sera le leur (moi, quand je partirai...). J'avais oublié cette fin, tragique et belle, la seule qui puisse être, et ces mots que pourtant j'avais relus des dizaines de fois (oui, c'est un autre de mes tocs et je vous avoue même connaître encore par coeur des dizaines de passages de romans, de poèmes ou de pièces de théâtre. Ah, le monologue de Bérénice... mais je m'égare, je sais). Voilà donc une lecture vintage, nostalgique et rigolote, un texte qui n'a pas pris une ride (comme moi) et qui mérite bien cette jolie réédition chez "la Belle colère". 

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yueyin 26/06/2015 20:44

Jérôme m'avait intriguée, tu finis de me convaincre... j'ai très envie de le lire maintenant :-)

LaFée 27/06/2015 11:54

C était un peu le but :-) Je suis vraiment contente que cette histoire puisse avoir une seconde vie!

Marguerite 26/06/2015 19:10

Il me tentait déjà beaucoup. Ton avis n'arrange rien :)

LaFée 27/06/2015 11:54

C est vraiment un très joli moment vintage, rigolo et émouvant à la fois. Et tu sais que tu peux faire confiance à La belle colère pour dénicher des pépites alors fonce!

jerome 26/06/2015 11:00

C'est vrai qu'il n'a pas pris une ride ce texte tant son écriture sonne d'une étonnante modernité. C'était un plaisir de le lire avec toi, nos billets sont différents mais se complètent, c'est tout ce que j'aime dans une lecture commune. Il faut qu'on remette ça dès que possible ;)

LaFée 27/06/2015 11:53

Et moi ce que j aime dans une lecture commune, c est qu elle ne se résume pas à deux billets publié le même jour mais qu elle donne lieu à de vrais échanges, je suis donc comblée:-) On remet ça quand tu veux, mais pas avec ce que tu veux ahahaha, trop peur de tes histoires du mardi :p

Velidhu - Que Lire ? 26/06/2015 09:52

Je l'ai vu à la librairie ! Je ne l'ai jamais lu, je vais me laisser tenter ! Merci pour cette chronique !

Velidhu - Que Lire ? 22/07/2015 16:04

Je vais vendredi à la librairie pour les achats de la bibliothèque, il fait partie de la liste des achats ! Ahahaha

LaFée 27/06/2015 11:51

N hésite pas à venir le dire comment tu as trouvé ce Trio Infernal boosté aux hormones

Jacqueline 26/06/2015 08:24

Un billet qui me ramène des années en arrière ...:-)

LaFée 27/06/2015 11:51

Tu l avais lu? Ou tu avais vu le film? J ai regardé des extraits en rédigeant mon billet et même s il a un peu vieilli je trouve qu il avait vraiment l air chouette!