La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

" prières pour celles qui furent volées", Jennifer Clément

" prières pour celles qui furent volées", Jennifer Clément

"Tu te rends compte qu'il n'y a que vingt-six lettres de l'alphabet pour tout dire ? Seulement vingt-six lettres pour parler d'amour, de jalousie et de Dieu."

Très honnêtement, s'il n'avait pas été choisi par une de mes élèves, je serais passée à côté de ce roman de la rentrée 2014, au titre si joliment poétique et à la sublime couverture. Finalement, les lectures imposées au prof, ça a du bon .

Ladydi, 14 ans, vit dans les montagnes de Guerrero, au Mexique, où les barons de la drogue règnent sans partage. Il ne fait pas bon être une fille dans cette région où elles doivent se déguiser en garçon pour éviter de tomber aux mains des cartels qui en font des esclaves sexuelles. Avec ses amies, elle rêve d'un avenir plein de promesses.

La première partie de ce roman m'a littéralement subjuguée, en fait. Maintenant, on va te faire laide, les premiers mots du récit, m'ont fait l'effet d'une claque. Au mileu de ce-trou-perdu-et-oublié-de-Dieu-et-aussi-chaud-que-l'Enfer, dans ce monde vérolé (où) personne ne se donn(e) la peine de reboucher les trous ou de repeindre les murs, des petites filles naissent. Des petites filles grandissent aussi, cachées dans des terriers, comme des lapins, enlaidies jour après jour par leur mère, dans ce qui nous apparaitra très vite comme le geste d'amour ultime. Des petites filles et leurs mères, donc, dans ce monde sans hommes. Les hommes, ils sont partis, travailler "ailleurs", souvent, s'enrôler dans le trafic de drogue, parfois. Des petites filles qui deviennent grandes, des amitiés, des secrets, puis la peur, toujours, et ces terribles 4x4 qui viennent voler Paula, un matin.... Et pourtant, il y a ces instants volés de petites filles pas encore tout à fait femmes qui donnent un peu de légèreté au récit, il y a Ladydi, surtout, et Rita, et Ruth, et Estefani, et toutes les autres. Un magnifique portrait de femmes, courageuses, alcooliques, lucides, terrifiées, en colère, solidaires, accros aux talk-shows d'Oprah/Opéra et qui récitent d'étranges prières pour des ampoules, des abeilles ou des cuillères.

J'avoue avoir été plutôt déçue par la deuxième partie, qui m' a laissée assez dubitative. Une histoire d'amour étrange, une non-assistance à personne en danger, une grande maison abandonnée pendant des mois, une cachette sous un lit, du caviar, un demi-frère complètement barjo, mais aussi une mère, capable d'attendre des journées entières le bras levé pour capter le signal de ce réseau qui la relie à sa fille. Tout cela m'a semblé un peu poussif, un peu tiré par les cheveux, un peu trop too much que pour être crédible. Sauf la fin. Alors là, oui, la fin, là, bingo!

Si je ne veux pas vous spoiler (et le spoiler, c'est le mal, n'oubliez pas!), je ne vous parlerai pas de la dernière partie. Ou plutôt, je me contenterai de vous dire combien elle est prenante, combien elle m'a semblé rude, et incroyable, et pourtant terriblement proche d'une réalité que l'on ne connait que par ce que les médias veulent bien nous en dire. Quant à savoir ce qui relève de la fiction et du témoignage, il faut lire Jennifer Clément (ici), l'entendre nous dire que dans le roman, la plupart des faits percutants sont réels. La description au début du roman vient directement de quelqu’un que j’ai rencontré à Mexico. Elle m’a raconté le kidnapping des filles sur sa terre, dans l’état de Guerrero, et m’a expliqué comment elles creusaient des trous dans les champs de maïs pour cacher leurs filles lorsque les trafiquants venaient pour les enlever. C’est comme ça que le roman est né. Je n’arrivais pas à dormir cette nuit-là, je ne pensais qu’à ça. La voix de Ladydi est venue à moi et m’a serrée fort. Elle m'a serré fort, moi aussi, chacune de ces femmes a trouvé écho en moi, et c'est ce qui  a fait de la lecture de ce roman un moment unique. Je pensais honnêtement que personne ne s’intéresserait à ces pauvres filles mexicaines venant d’une communauté où le laid et le divin cohabitent. Pourtant, non seulement les gens s’y intéressent, mais ils semblent en être tombés raide dingue, tout comme je suis complètement tombée amoureuse d’elles. C'est contagieux, je crois.

Edit : l'avis de Margaux P.

Les premières paroles de ce roman m'ont vraiment surprises « Maintenant, on va te faire laide », ce geste d'une mère envers sa fille, que l'on comprend par après, est un geste d' amour qu'elle fait, car ici il n'y a pas d'hommes pour les protéger. Tout cela provoque une complicité et une solidarité féminine entre ces 4 mères de familles et leurs filles que nous ne trouverons sûrement pas de cette manière dans ce monde Occidental.

En ce qui concerne la deuxième partie, j'ai moins aimé. Le travail de bonne dans une famille, c'est normal mais le fait que (attention spoilers) la maison soit abandonnée. Ladydi qui tombe amoureuse du jardinier, Mike qui donne de la drogue à Ladydi afin qu'elle la cache sous le lit, et enfin sa mère qui ne regarde plus tout le temps la télé mais qui reste dans une clairière pour avoir sa fille au téléphone, je trouve tout cela un peu exagérer et bateau.

Enfin la troisième partie, d'un côté, je ne m'attendais pas du tout à cela comme suite. Le changement de situation est surprenant, (attention spoilers) elle vivait paisiblement dans la villa abandonnée avec son conjoint et se retrouve en prison. Cette partie là, j'ai aimé. Mais, tout à la fin, quand elle part aux États-Unis, n'est pas une suite surprenante. Elles ont toujours voulu une vie où la peur n'en fait pas partie. De plus, quand on apprend qu'elle est enceinte et qu'elle espère que ce soit un garçon n'est pas surprenant, c'est la suite de n'importe quel histoire d'amour que l'on peut voir. Cette partie est un peu plus ordinaire.

Pour conclure, j'ai globalement apprécié ce roman pour les découvertes que j'ai pu faire sur les conditions de la femme au Mexique, parce qu'étant adolescente, je peux me comparer à la vie qu'à eu Ladydi durant son adolescence, il faut être courageuse pour vivre tout cela, quitter sa famille si jeune sans avoir la certitude de les revoir (on sait que cela arrive réellement).

Edit : l'avis de Zinet A.

Tout d'abord , j'ai aimé lire ce roman car j'ai pu facilement me mettre à la place du personnage principal car elle a que quelques années de moins que moi mais aussi parce qu'elle parlait de façon direct au lecteur .

Ensuite , l'écriture de ce livre n'est vraiment pas difficile , je dirais même que le langage est familier . Cette simplicité m'a permit de lire plus facilement le livre .

Dans ce roman , une parti m'a le plus attiré . Le moment où Ladydi crée sa relation amoureuse avec Julio , le jeune jardinier . C'est une histoire banale , mais c'est ce que j'apprécie dans une histoire . Cette parti m'a beaucoup étonné car je pensé vraiment que Ladydi rejetterait tout les hommes vu qu'elle a toujours eu une mauvaise image de l'homme comme par exemple son père qui les abandonne ou encore les trafiquants de drogues .

Finalement , la seule chose qui m'a un peu dérangé c'est que Ladydi rappelle souvent les mêmes histoires de son passé . Cela m'a un peu perdu au niveau temporel .

 

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Jacqueline 03/06/2015 08:54

Jamais je n'aurais pensé avoir envie de lire ce roman .... mais voilà, il y a ton billet ..... alors je le note dans ma liste d'envies ....:-)

laFée 08/06/2015 14:54

C'est un très joli roman, à la fois plein de pudeur et d'enfance, et d'une brutalité assez effrayante. Je pense que tu l'aimeras :-)

Velidhu - Que Lire ? 03/06/2015 08:17

C'est une histoire qui me tente. Je le note !

laFée 08/06/2015 14:54

n'oublie pas de venir me donner ton avis, alors :-)