La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"la Peau de l'Ours", Joy Sorman

"la Peau de l'Ours", Joy Sorman

"Les bêtes ne sont faites ni pour vieillir ni pour survivre, survivre est l'affaire des hommes, le destin qu'ils se sont inventé"

L'examen de mes rhétos, c'est demain. S., si tu lis ceci, c'est que tu souffres de la même maladie que ton prof préféré et que tu t'y es pris à la dernière minute. Pas bien. vraiment pas bien. Et je suis désolée de te le dire, mais je ne vais pas pouvoir beaucoup t'aider. Mon mononeurone en fin d'année scolaire, il ne faut pas trop lui en demander, et toi, tu as abusé. Une fable poético-philosophique qui met en scène un  hybride monstrueux né de l'accouplement d'une femme avec un ours qui raconte sa vie malheureuse  et qui nous convie à un singulier voyage dans la peau d'un ours, franchement, S.? Misère quelle lecture. Misère, quel pensum. Mes élèves, qui m'ont vu lire ce roman hier (procrastination power, je vous disais) m'ont dit ne m'avoir jamais vu faire autant de grimaces (la part de bestialité en chacun de nous, peut-être? Ben quoi, un ours, un singe, même combat, non?), et honnêtement, il y  avait de quoi.

Dans des temps immémoriaux, "il était une fois" un peuple qui vivait en bonne entente avec les ours peuplant la forêt avoisinante. Voilà qui commence comme un conte. Puis vint le viol d'une jeune fille  en position du missionnaire, un viol et une séquéstration de plus de trois ans qui donnera le jour à notre futur narrateur, mi homme-mi-ours, donc.  Abandonnant progressivement tout trait humain pour prendre l'apparence d'une bête, il est vendu à un montreur d'ours puis à un organisateur de combats d'animaux, traverse l'océan pour intégrer la ménagerie d'un cirque où il se lie avec d'autres créatures extraordinaires, avant de faire une rencontre décisive dans la fosse d'un zoo. Et voilà. Et moi?

Entre la scène de l'accouplement, les combats sanglants d'animaux (le lion énuclé par le rhinocéros ), un nain éventré par des chats, le narrateur qui bande et fait des calins à de monstrueuses créatures (femmes?) de La galerie des phénomènes, l'angoisse d'une nouvelle sexe de cul (pitié, pitié, pitié non), l'innocente jeune (oui!) fille (oui!) que je suis a été bien souvent dégoûtée. (Quoi? Qui a dit que j'étais une petite nature?)

J'ai un peu honte de l'avouer (on parle quand même d'une roman de la Collection Blanche de chez Gallimard (voyez les majuscules), c'est du sérieux, quoi ), mais j'ai aussi eu pas de mal de fous rires nerveux. Vous l'avez compris, notre petit homme sans avenir, drôle de bête qui pleure dans le vide passe de nombreuses années entouré des ses " congénères" animaux, dans un cirque, un zoo, il traverse l'océan, se retrouve enfermé avec des bêtes souffrant du mal de mer, ça vomit, ça défèque, ça pue, et c'est raconté longuement. Lon-gue-ment. Non mais, vous imaginez? Un hippopotame ligoté, emballé sur un brancard porté par deux dromadaires, rien que ça! Bon, j'aime déjà moyennement les animaux, donc je dois dire que la thématique des soins et des conditions de vie (affreuses, j'en conviens, je ne suis pas un monstre tout de même, contrairement à notre narrateur. Ahahaha. Pardon, je suis fatiguée) en captivité des lions, ours et autres flamants roses ne m'a pas passionnée...

Me voilà, vaille que vaille, en train d'essayer de ne pas piquer du nez devant 24 ados plongés dans la rédaction d'un plaidoyer, cherchant désespérément à maintenir mon mononeurone de mère célibataire de la semaine (Chériiiiiiiiiiiii, reviens! Je comprends rien au calcul de l'aire des formes géométriques, moi!) en éveil. J'ai bien compris que ce texte cherche à remettre en cause la condition humaine (et animale, et vice versa) , qu'il est  une manière de dérégler nos sens et de porter un regard neuf et troublant sur le monde des hommes, qu'il explore l'inquiétante frontière entre humanité et bestialité. Mais ce personnage sans nom, venu trop tard dans un monde trop humain, il ne m'a pas touchée. Sa mélancolie, son inaction, son absence de révolte (ah, mais dis donc, S., ça ne te rappelle rien?), de lutte, de rébellion contre la condition qui lui est imposée et qu'il abhorre m'ont laissée de marbre ; la lassitude a vitrifié chaque recoin de mon cœur, nous dit-il, et lui n'a pas su toucher le mien.

J'ai lu dans une critique (oui, S, oui, j'ai aussi fait cette démarche-là) que ce texte, ce n'est pas un livre de supermarché. J'ai soudain envie d'aller faire des courses, moi, et de me plonger dans un de ces romans de supermarché que j'aime tant .

 

 

Edit : l'avis de Serdar A., mon bourreau.

 J'ai aimé le roman de Joy Sorman car j'ai toujours aimé ce qui tournait autour de la vie des animaux et là, avec un narrateur qui est le héros, un personnage mi-homme mi-ours, cela m'a permis d'avoir la vision d'un animal dans le monde de l'Homme. J'ai aimé lire le livre et ça ne m'a pas semblé une grosse tâche, bien que, par moment, le vocabulaire est à aller chercher dans le dictionnaire, la lecture est restée fluide. De plus, le prologue et l'épilogue nous permettent de directement plonger dans l'histoire et d'en ressortir sans rester sur notre faim.

Par contre s’il y a quelque chose que je reproche à Joy Sorman, c'est qu'il a fallu attendre la moitié du livre pour avoir des prénoms et je trouve aussi que ce soit triste de ne pas connaitre le prénom du héros.

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yueyin 26/06/2015 20:50

Ah oui... lu comme ça effectivement ça a l'air assez beurk, passons donc notre tour :-)

LaFée 27/06/2015 11:55

Sauf si tu aimes particulièrement les ours :-)

Enigma 15/06/2015 13:53

J'ai pensé à peu près la même chose que toi sur ce roman. Je ne comprends vraiment pas pourquoi il a été autant apprécié par les journalistes littéraires.

Jacqueline 11/06/2015 06:19

Nom d'un petit bonhomme ! ..... Vite, un bon thriller bien facile à lire ......:-)

Lafée 11/06/2015 23:15

C'est en effet mon programme :-)

Alice 10/06/2015 18:27

tu es bien courageuse!!!! Et malgré tout inspirée pour ton billet, ce livre à l'air juste horrible...

Lafée 11/06/2015 23:15

j'étais obligée, m'dame!

Cajou 10/06/2015 18:17

Ha ha ha. WTF !? Punaise mais qu'est-ce que c'est que ce truc.... Ce billet me rappelle pourquoi je ne lis jamais de romans de la Blanche :p :p
Et je partage à 100 % ta conclusion :D

Lafée 11/06/2015 23:15

On devrait se faire une virée au " match" :p