La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"Un endroit pour vivre", J-P Blondel

"Un endroit pour vivre", J-P Blondel

"Le travail, c'est la vie, la vie c'est du travail. L'amour, ça se travaille. L'amitié aussi. Le travail, c'est avant tout du lien, non? "

Un lycée anonyme. Un élève lambda, ni bon ni mauvais, ni populaire ni rejeté, juste un élève lambda, comme des centaines de milliers d'autres dans des centaines de lycées anonymes, partout. Un proviseur qui veut redonner à son école ses lettres de noblesse. Comment? Rigueur, travail, discipline, travail, tenues exemplaires, travail, plus d'amoureux dans les couloirs, travail, travail, travail. Et la vie dans tout ça? La vie, elle est dans les étreintes cachées derrière des murs, dans des fous rires dans les escaliers, dans une prise de bec en salle des profs ou dans un regard échangé au CDI. C'est cette vie que le narrateur décide de filmer, à l'état brut. Ce film, ce sera sa résistance silencieuse, ce sera la révolte discrète et forte de ceux qui refusent de voir leur lycée devenir autre chose que ce qu'il est pour eux, toujours, et depuis toujours :  un point d'ancrage. Un endroit pour vivre. (quel joli titre, d'ailleurs, merci William Sheller, ici)

Une nouvelle fois, cette petite collection frappe fort, très fort, et est à la hauteur de ses ambitions : Des textes d'un seul souffle. Les émotions secrètes trouvent leur respiration dans la parole. Des textes à murmurer à l'oreille d'un ami, à hurler devant son miroir, à partager avec soi et le monde.  Comme le dit la pub, " petit, mais costaud".

Ne vous laissez pas tromper par les apparences. Ce livre, ce texte, cette voix, c'est bien évidemment celle des amours adolescentes, de l'amour. / les cinq lettres les plus dévoyées – les plus répétées – les plus insignifiantes – les plus cinglantes – les plus piétinées – les plus résistantes./ De l'amour encore./ De toutes les couleurs./ De toutes les manières, mais pas que. C'est aussi une déclaration d'amour à cette jeunesse que l'auteur connait bien, puisqu'il la cotoie quotidiennement dans cet endroit pour vivre. Elève lamba, lycée anonyme. N'importe qui, n'importe où. Mes élèves. Les siens. Les vôtres. Se rappeler qu'avant d'être "élève", ils sont adolescents, cyniques, rigolos, émus et émouvants, capables du pire comme du meilleur, capables d'entrer en Résistance comme ils entrent dans la vie, sur la pointe des pieds ou avec fracas. Je pense d'ailleurs lire ce texte à la rentrée à mes grands dadets, parce que je sais qu'ils s'y retrouveront grâce à ces dizaines de petits riens que dissémine Blondel et qui font leur vie d'ado, mais aussi parce que je les crois (je les espère?) capables de décoder le message politique sous-jacent. Pas un appel à la révolution, non, juste une façon de réveiller les consciences, de leur dire de garder l'oeil ouvert. C’est à cause du nouveau proviseur – M. Langlois – , grand, maigre, sec comme un coup de trique. De ses discours autoritaires. De sa façon d’insister sur tous les mots négatifs qu’il emploie : ne pas, interdit, plus jamais, personne. De la manière dont ils le regardaient tous – comme des moutons -, les yeux mouillés, un regard glissé par en dessous, obéissants, jugulés. Ça m’a bouffé".

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Jacqueline 07/04/2015 07:32

Un billet tentant, un auteur que j'apprécie, une collection découverte avec l'excellent "La piscine était vide" ...... voilà des ingrédients qui ne peuvent que m'inciter à me plonger dans ce roman ...:-)

LaFée 12/04/2015 17:08

Moi aussi j aime l auteur! C est une réédition de son premier jeunesse, d ailleurs :-)

jerome 06/04/2015 20:40

Je suis d'accord, c'est un texte très, comme à peu près tous ceux de cette collection (il m'en reste 4 ou 5 mais pour l'instant, dans ce que j'ai lu, il n'y a rien à jeter).

LaFée 12/04/2015 17:08

Mais le prix! Le prix! :-(