La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"Bilqiss", Saphia Azzeddine

"Bilqiss", Saphia Azzeddine

" Les nobles pensées sont de belles salopes qui allument mais n'embrassent pas".

C'est que parfois, il faut savoir prendre le temps. D'écouter le chant des oiseaux, le rire des enfants, de respirer les parfums du jardin et de profiter des plaisirs simples de la vie. Non, je déconne.   C'est juste que parfois on tombe sur une lecture qui prend aux tripes, et quand on veut en parler, on peine à trouver ses mots. Bilqiss est un de ces livres. Il vous secoue. Il vous bouleverse. Il vous met les larmes aux yeux et vous serre la gorge. Il vous révolte aussi. Il secoue vos préjugés, vos présupposés et vos certitudes. Il vous poursuit, longtemps.

Bilqiss a le malheur d'être née femme dans un pays où il valait mieux être n'importe quoi d'autre, et si possible un volatile, dans un pays anonyme, aux mains de crétins décérébrés d'intégristes islamistes ( spéciale dédicace au Canon aux yeux coca-cola, il se reconnaitra ). Pour avoir, sur un coup de tête, pris la relève de son voisin le muezzin, mais aussi, ô sacrilège, parce qu'elle possédait du maquillage, des chaussures à talons, de la lingerie féminine, un portrait d'homme, des journaux, un recueil de poésie persane, du gingembre, une bougie parfumée, des cassettes de chansons, une peluche, des collants, un parfum, une pince à épiler  et des aubergines dans son frigo (?!), pour tout cela donc,  elle est condamnée à la lapidation. S'en suit un simulacre de procès, tout juste bon à l'exposer à la vindicte populaire, un procès couvert par une journaliste américaine aux intentions aussi louables que misérables  et dirigé par un juge dont les convictions prendront un gros coup dans la tronche (comme nous )

 L'intelligence de l'auteur réside dans la confrontation de ces trois personnages-là, parce qu'aucun ne possède la Vérité, mais que tous nous offre la leur. Trois points de vue différents, parfois antinomiques, mais tellement sincères que l'on se surprend à "comprendre" (à défaut d'autre terme) ce qui nous semble pourtant incompréhensible ( et vive les poêle à frire!).  Pas de jugement, donc, mais un appel silencieux (et intelligent) à la réflexion, tant sur un Dieu au nom duquel on peut commettre des atrocités ou en qui l'on peut puiser force et amour que sur la condition de la femme, dans cette horrible fulgurance qui vous rappelle que dans votre monde, à l'heure où vous lisez ces pages, des Bilqiss de chair et de sang sont en train de mourir au fond de cachots ou d'être lapidées sur des places publiques, parce que, comme la Bilqiss de papier, elles ont eu le malheur de naître femme dans des pays où ce mot ne veut rien dire.... Mais comme Léandra, il ne faut pas se gargariser de  notre  propre humanité, ni lire cette histoire avec les larmes teintées de mascara, ce serait trop facile, et l'on risquerait bien de s'entendre dire, comme elle, que notre unanimisme émotionnel est ce que le micro-ondes est à la gastronomie : facile et nuisible. Voilà de quoi remettre en place nos petites certitudes de petites Occidentales bien comme il faut...

J'ai très envie de vous parler de Bilqiss, mélange de Shéhérazade et de

,

sauf qu'elle ne peut pas s'enfuir en courant après avoir pris la parole, et qu'en en paiera à chaque fois (violemment) les conséquences. J'ai envie de vous en parler, mais aussi de vous la laisser découvrir, parce que c'est un personnage (et non une héroïne, vous comprendrez pourquoi si vous lisez le roman) fort, parce qu'elle  fait plus peur que la guerre. La côtoyer n'est pas sans conséquences, se lier d'amitié avec elle n'a rien d'anodin. Elle happe et dérange (...). Personne ne peut la domestiquer (...). Les lâches la fuient ou la dénigrent mais le temps parle pour elle, se venger personnellement ne lui est pas indispensable, le vide abyssal qu'elle laisse en vous quand elle se retire suffit.

PS: Merci Cajou!

 

Edit : l'avis de Besarta Q.

Le roman m'a beaucoup plu car l'auteur Saphia Azzedine a su susciter mon intention du début jusqu'à la fin de l'histoire. Dès les premières lignes du livre, nous sommes plongés dans la vie du personnage principale et au fur et à mesure de notre lecture, on est tellement intéressé de connaître la suite qu'on a du mal à décrocher de son bouquin.

Ensuite, ce que j'ai aussi aimé c'est la plume d'écriture que l'auteur Saphia Azzedine a entretenu dans son ouvrage, elle a eu une manière d'écrire tellement vive, accrocheuse et intéressante sur des sujets qui reste triste et qui reflète la réalité dans certains pays où la femme reste opprimé. C'est pourquoi j'ai aussi adhéré le portrait de ces deux femmes de société complètement différente.

D'un côté nous avons Bilqiss une coupable innocente qui est condamné au châtiment le plus tragique pour la femme qui est la lapidation. Pour faire face à cette situation, Bilqiss est doter d'une force extrême qui restera à jamais la foie qu'elle a envers Dieu. On ressent beaucoup de compassion et de l'admiration pour ce personnage qui est formidable.

De l'autre côté, on a Leandra, une journaliste américaine qui depuis toute petite a su vivre sa belle vie sans restriction et où Dieu n'est pas autant mis en avant dans sa vie.

Je trouve que ces deux femmes sont complémentaire, chacune à le même savoir parler, elles ont quelques trait de caractère similaire comme cette sorte d'arrogance quand il s'agit de défendre ses convictions et cette volonté de rien abandonné.

En ce qui concerne le dernier chapitre, j'aurais tout de même voulu qu'il y ait un après. Par curiosité j'aurais aimé qu'elle utilise cette technique de focalisation interne des personnages, qui permet d'aller d'un protagoniste à l'autre car j'aurais préféré en savoir plus sur le mentale de tout le monde au moment du dernier acte.

 

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Fanny De Weeze 01/02/2016 15:47

Je suis en plein dans cette lecture et j'en suis déjà toute retournée et je me surprends à rire aussi...

Merci de m'avoir fait découvrir Bilqiss qui restera longtemps dans ma mémoire.

LaFée 01/02/2016 15:50

Mais de rien <3

Delphine-Olympe 02/05/2015 14:06

Un livre vraiment magnifique, lumineux en dépit de son sujet si noir. Un livre à faire lire, vraiment !

Jacqueline 03/04/2015 18:26

Bilqiss ...un personnage qu'il me tient à cœur de découvrir, de côtoyer .... pour savoir, pour comprendre, pour réfléchir donc ......:-)

LaFée 03/04/2015 21:44

Elle va te plaire, j en suis sûre :-)