La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"Petits Arrangements avec nos coeurs", Camille de Peretti

"Petits Arrangements avec nos coeurs", Camille de Peretti

"Le plus dur n'est pas d'accepter la perte, c'est d'accepter l'oubli".

 

À vingt-cinq ans, devenue écrivain, Camille décide de retrouver son premier amour, dont elle a fait l’un des personnages de ses romans. D’abord méfiant, celui qui est désormais le plus jeune manager de la cinquième banque de Wall Street finit par succomber. Amoureux fous, Camille et Stanislas s’installent à Londres, au coeur de la City, fréquentent les endroits branchés, dépensent sans compter… puis s’ennuient. Comme un dernier sursaut, ils entreprennent une traversée des États-Unis. Six mille kilomètres de culpabilité, de mensonges, d’alcool et de vanités. Chaque étape du voyage les éloigne davantage ; plus ils approchent du but, plus ils se perdent. Et pourtant, ils se sont tant aimés.

Bienvenue dans le billet "oui, mais..."

A première vue, ce roman a de quoi agacer. Une pauvre petite fille riche, inconstante, chichiteuse, capricieuse, entretenue par son ex-plus ex amoureux, trader de son état et qui ne porte que des t-shirt blancs Calvin Klein en-dessous de ses chemises amidonnées, très peu pour moi. Voyages à l'autre bout du monde, cocktails à gogo, palaces et cinq étoiles, appart' de rêve en plein Londres, luxe, luxe, luxe. Camille est superficielle, elle aime l'argent, en tout cas celui que gagne Stanislas et qui lui permet d'écrire de glander toute la journée en se regardant le nombril.

Un univers à des années-lumière du mien, temple du name dropping, de l'apparence et de l'esbrouffe : des marques (j'aurais dû compter les "Calvin Klein", tiens), de l'argent, du "je-me-la-pête", du "mon-mec-gagne-de-l'or-en-barre-et-on-passe-notre-vie-au-resto", du bling bling. Et quand leur amour part en cacahuètes, hop, la route 66, excusez du peu. Et là, c'est long. On a juste envie de dire à Camille " allez, ma cocotte, c'est comme enlever un sparadrap, plus vite tu le fais, et moins t'as mal". Et que "je t'aime moi non plus", et que " merde faut que je le quitte mais oh mon Dieu, je n'y arrive pas", et que " comme je suis triste, regardez comme je pleure", Stanislas a raison, Camille, elle est chiante. Puis, bon, c'est de l'autofiction, une espèce de matriochka de Camille dans Camille, d'écrivain dans l'écrivain et de romans dans le roman, et l'autofiction, généralement, ça me gonfle. Et ça n'a pas loupé : tout ce côté "je-raconte-ma-vie-mais-sans-vraiment-la-raconter-ahaha", ça m'a bien gonflée.

MAIS (oui, c'est un grand "mais") (et je sais que c'est bizarre de dire ça, bizarre et un peu prétentieux aussi)

dès les premières lignes, je me suis retrouvée dans Camille. Juste un peu, attention (et bien plus dans la Camille de 16 ans que dans celle de 28,vous êtes rassurés?), mais assez que pour regarder cette histoire d'un autre oeil. L'innocence cruelle des jeunes filles de seize ans, qui rêvent l'Amour plutôt qu'elles ne le vivent. Le grisant pouvoir de jouer à la Marquise de Merteuil, de briser des coeurs comme d'autres coupent des têtes (et oui, Jérôme, on peut s'aimer et se dire "vous", quand on est une petite pétasse d'étudiante en lettres pétrie de certitudes et d'orgueil, par exemple). Les papillons dans le coeur, l'enthousiasme effréné des débuts, l'Amour Fou. Voilà tout ce qui m'a parlé, voilà tout ce qui m'a fait me dire que, finalement, Camille est prise à son propre piège, malgré ses larmes, qu'à force de tout vouloir faire avec panache, elle s'englue dans une situation inconfortable, à cause de sa saloperie d'égo démesuré qui l'oblige à composer avec son coeur, et celui de Stanislas.

(le gif, c'est pour illustrer le panache)

C'est un roman sur le délitement d'un couple, c'est l'autospie d'un amour moribond dont on cherche à raviver les braises (pffttt, je sens que mon côté pétasse-étudiante en lettres reprend le dessus, là), mais c'est surtout une réflexion sur l'Amour après l'Amour, sur ce qui reste quand l'histoire est finie, sur le fil distendu mais pas cassé. C'est un roman presque pudique, quand on y pense, tant Camille (l'auteur et le personnage) est lucide, et franche, et honnête (en plus d'être elle aussi une pétasse, évidemment). D'ailleurs, je crois que pétasse sera le mot de la fin.

 

 

 

 

 

 

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LaFée 20/03/2015 17:14

Je ne doute pas un seul instant qu on puisse avoir des relents de pétasserie tout en étant pleine de qualités, tu sais, Jérôme... :-) Puis je n en n ai pas parlé, mais je trouve qu elle a vraiment un joli style, moderne et pas chichiteux .

jerome 20/03/2015 16:54

Et Camille (la vraie) est pleine d'humour et d'autodérision, elle me l'a prouvé en m'envoyant son roman et en sachant très bien qu'entre elle et moi ça ne pourrait pas coller. Du coup mon agacement est resté assez mesuré.

Scarlett Julie 20/03/2015 11:04

Il traîne dans ma PAL, je ne me suis pas encore décidée à l'en sortir, et ton billet lui fait perdre quelques places ^^

LaFée 20/03/2015 13:57

Tu as déjà lu un autre de ses titres? parce que c'est dans la lignée, vraiment. J'avais aimé ce que j'avais lu d'elle, d'ailleurs :-)

Jacqueline 20/03/2015 08:53

Un billet bien plaisant ..... pour un livre qui ne m'attire guère ..... MAIS que je suis tentée de lire pour te connaître un peu mieux ....:-)))

Scarlett Julie 20/03/2015 18:06

Non, ça sera mon premier de l'auteur.

LaFée 20/03/2015 13:56

Ahum, peut-être pas, non... J'étais jeune et écervelée, comme Camille :p