La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"Appelez la sage-femme", Jennifer Worth

"Appelez la sage-femme", Jennifer Worth

"Une naissance se vit toujours sur le fil, dont l'équilibre est fragile, (...) il suffit de peu pour que tout bascule. L'arrivée d'une nouvelle vie parmi nous est toujours un petit miracle". ( Agnès Ledig, préface)

Londres, années 1950. Jeune infirmière, Jennifer Worth décide de parfaire sa formation de sage-femme et rejoint les sœurs d’un couvent anglican, Nonnatus House, situé dans les docks de l’East End. À 22 ans, elle s'apprête à vivre l'expérience de sa vie dans cette maternité qui vient en aide aux plus pauvres. Récit de cet apprentissage, de sa rencontre avec les sœurs, alors qu’elle-même ne croit pas en Dieu, mais aussi tableau des quartiers déshérités du Londres d’après-guerre, son témoignage est à la fois bouleversant et empreint d’optimisme.

 On a tous en tête des images de l'après-guerre, et si comme moi vous avez lu 84 Charing Cross Road, vous pensez sans doute avoir une représentation assez réaliste de Londres à cette époque là. Oubliez tout, vraiment. Bien sûr, London 1950, sur les cartes postales, c'est ça

Mais à  la lecture de ces pages, j'ai dû très souvent me rappeler à moi-même que l'histoire (enfin, les histoires) se passe(nt) en 1950, et pas un siècle plus tôt, à l'époque où Jack L'Eventreur trainait sa folie dans les mêmes quartiers que ceux qu'arpente à vélo Jenny Lee.

C'est à la fois perturbant,  effrayant voire hallucinant de se dire que cette réalité était celle de nos grand-mères, 30 ans à peine avant notre naissance, moins d'un demi-siècle avant celle de nos enfants, dans ce joli hôpital ami des bébés au matériel dernier cri où vous avez reçu vos amis, une coupe en plastique de mauvais mousseux à la main pour célébrer l'événement. C'est une belle claque qui permet de prendre conscience des progrès ENORMISSIMES réalisés en terme de gestion de la natalité, d'accompagnement de la grossesse et de la naissance (J'ai lu je ne sais où, dans un antique manuel d'instructions aux femmes assistant à l'accouchement, cette phrase : " Si l'accouchement dure pendant plus de dix à douze jours, il est conseillé de demander l'aide d'un médecin"), mais aussi (et j'ai presque envie de dire "et surtout") en terme d'émancipation de la femme (Avec l'apparition de la pilule au début des années soixante, la femme moderne est née. (...) A la fin des années cinquante, nous avions quatre-vingts à cent accouchements par mois sur nos agendas. EN 1963, le nombre était passé à quatre ou cinq par mois.). Et ces progrès n'ont clairement été possibles que grâce à des endroits comme Nonnatus House et ses incroyables bonnes soeurs : dévouées, professionnelles, humaines, droites, parfois terriblement décalées (ah, Soeur Marie Joan!) ;  j 'ai été bluffée par ces nonettes, par leur courage, leur sens du devoir et de l'humour (assez particulier parfois, les prouts de Soeur Evangelista en témoignent)  et leur incroyable lucidité sur un monde à mille lieux du nôtre.  L’East End en 1950, c'est en effet le quartier des docks. La crasse. Les maladies. Les familles qui s'entassent à plus de douze dans des deux pièces. La prostitution ( et cet affreux affreux affreux Zakir). Les workhouses et les tenements remplis de misère, de linge et d'enfants sales (mais aussi de rires enfantins, de bébés joufflus et d'amour débordant).

Et c'est là que Jennifer Worth travaille. C'est là qu'elle aide à mettre des enfants au monde, qu'elle rencontre des femmes, des mères, des époux, qu'elle écoute, soigne et apaise, nous livrant un édifiant témoignage. Edifiant mais pas seulement. Mon coeur a râté des battements à la lecture des pages consacrées à  Margaret, il s'est serré pour Mary, s'est rempli de papillons en rencontrant Conchita,  Brenda et  Grace Miracle, il a battu, battu, battu, parce que chaque histoire est différente mais toujours sur ce fil dont parle Agnès Ledig, et on se surprend à croiser les doigts bien fort ou à  retenir notre souffle à bien des moments. Ce livre, c'est un véritable huit aérien émotionnel. Parce que l'on sourit, aussi, et beaucoup. Jenny et ses copines sont jeunes (22 ans! presque encore des bébés elles-mêmes!), insouciantes, elles pouffent sottement aux blagues des garçons et elles rêvent de bains de minuit tandis que Lady Chatterley et Chummy nous offrent des scènes épiques et rigolotes.

Vraiment, et du fond de ce coeur bien mis à mal par ma lecture, je vous invite à prendre place dans un wagon de ce manège incroyable qu'est Appelez la sage-femme ; que vous soyez mère ou non, femme ou non, je suis convaincue que vous trouverez entre ces lignes des histoires qui vous toucheront et vous étonneront, comme j'ai été touchée et étonnée moi-même.

 Bonus pour amateurs de séries : le trailer de Call the midwife, directement inspiré des mémoires de Jennifer Worth.

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Laurinouchka 04/05/2015 15:50

Un très beau livre.
Jenny est une héroïne attachante :)

Jacqueline 13/03/2015 18:45

Un livre témoignage qui me plaira, j'en suis sûre ....
Tu as l'art de choisir tes gifs .....:-)

LaFée 14/03/2015 15:42

Je ne pense pas me tromper en disant que tu vas adorer, tout comme moi. Et Jenny est la genre d'héroïne qui peut te plaire, à coup sûr :-)