La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"Pardonnable, Impardonnable", Valérie Tong Cuong

"Pardonnable, Impardonnable", Valérie Tong Cuong

"Je sais aujourd’hui qu’il faut se méfier de l’euphorie. Elle nous transporte loin des monstres qui nous hantent, loin des dangers qui guettent, si loin qu’on ne revient jamais plus les affronter. On se croit tiré d’affaire, passé à autre chose. On décrète les dossiers classés, tandis qu’ils nous consument lentement."

Un après-midi d’été, alors qu’il se promène à vélo sur une route de campagne, Milo, douze ans, chute et se blesse grièvement. Ses parents Céleste et Lino et sa grand-mère Jeanne se précipitent à son chevet. Très vite, chacun va chercher les raisons de l’accident. Ou plutôt le coupable. Qui était avec lui ce jour-là ? Pourquoi Milo n’était-il pas à sa table, en train de faire ses devoirs, comme prévu ? Tandis que l’angoisse monte autour de l’état de Milo resurgissent peu à peu les rapports de force, les mensonges et les petits arrangements qui sous-tendent cette famille. L’amour que chacun porte à l’enfant ne suffira pas à endiguer la déflagration. Mais lorsque la haine aura tout emporté sur son passage, quel autre choix auront-ils pour survivre que de s’engager sur le chemin du pardon ?

Cajou vous dirait que c'est mon côté  (mais ce n'est pas vrai, j'ai un coeur gros comme ça, vous le savez bien  ) pourtant je dois bien admettre que je sors beaucoup moins enthousiaste que la plupart des lecteurs du dernier roman de Valérie Tong Cuong. Les bémols relevés par beaucoup ont étouffé mon enthousiasme ( )

Mesdames et messieurs, voici donc  un billet 

Up?

- C'est un roman terriblement addictif, c'est vrai. Moins de 24h pour avaler ces 213 pages, ça ne trompe pas. La tension est présente dès le début, puisque l'on ne sait pas grand chose de l'état de Milo (et qui résisterait à un petit garçon entre la vie et la mort?), ni des circonstances exactes de cet "accident". Le roman choral prend ici tout son sens, l'histoire progresse, personnage par personnage, retardant ainsi les révélations. On sait dès le départ de chacun d'eux a sa part d'ombre et de secret, on attend donc impatiemment que les silences implosent et que les langues se délient.

- LE point fort de Pardonnable, Impardonnable, c'est sans conteste ses personnages. Tous  ont des secrets, des failles, des raisons de se taire ou de parler. Tour à tour, on les déteste, puis on les aime ; ils nous serrent le coeur  puis nous font serrer les poings. Rien de lisse, ou de facile, ou de caricatural chez eux, juste une humanité vraie et forte. Et puis il y a Milo, élément déclencheur de la déferlante, noyau de cette drôle de famille, Milo, la joie, l'espoir, une justification du passé, un gage de l'avenir, (...) drôle et tendre, un peu filou, (...) le soleil qui réchauffe (leurs) vies, (leur) consolation. Et puis il y  a Marguerite, que je vous laisse découvrir et à qui vous risquez bien d'avoir envie de chanter ceci, comme moi.... ( Oui, Richard Cocciante, et alors?).

Down?

- Après une centaine de pages, j'avais envie de dire à Valérie Tong Cuong

et ce n'est pas un compliment. Quelle surenchère de drames! Sérieusement, les dix plaies d'Egypte, à côté de tout ce qui frappe cette famille, c'est du pipi de chat. Céleste, Lino, Jeanne et Marguerite n'ont rien à envier à Luna, Roland, Céline ou Mirta (oui, oui, ceux de Plus Belle La Vie, vous savez, ceux qui ont un accident de voiture après avoir bu (parce qu'ils ont appris que leur femme les trompait avec le voisin qui revenait d'un voyage humanitaire en Afrique)  et qui renversent la fille du prof de math qui sortait de chez la gynéco qui venait de lui apprendre qu'elle était enceinte suite au viol collectif qu'elle avait subi en allant rendre visite à sa grand-mère dans une cité chelou, vous voyez?). C'est dommage car cette accumulation de malheurs (parfois à la limite du ridicule, dans le fond comme dans la (non) forme) décrédibilise le récit et surtout m'a tenue à distance en m'empêchant de véritablement m'attacher à tous ces (pourtants touchants) personnages. Et que dire du renversement final, si ce n'est " , pitié"?

- L'espère de monologue intérieur quasi constant des personnages, cette façon artificielle de mettre en scène la parole ou la réflexion m'a parfois génée, voire agacée. Personne, dans la vraie vie, ne dit (ou ne se dit) j'avais engagé mon autodestruction avant ton intrusion () ou Je suis un type bien qui a fait une grosse connerie (jusque là...), qui était assis sur du vide et s'est laissé tomber (hein?!). Quelques minutes de déraison contre une existence dévolue à aimer, protéger ma famille () Vous comprenez ce que je veux dire? Ces mots sonnent creux, il sont remplis d'emphase et de pathos, mais ils ne me touchent pas. Et je voulais être touchée en plein coeur, moi, emportée comme ceux et celles qui disent tellement bien de ce roman... Il faut croire que, finalement, je suis bien le vilain petit canard, enfin ( juste) parfois...

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Jacqueline 29/01/2015 17:41

Voilà, dernière page tournée ...... avec beaucoup d'émotion car j'étais heureuse pour Marguerite, j'avais confiance pour Milo ...... Mais l'histoire de la marque de naissance a vraiment été le summum du trop ..... après tout le reste déjà en surenchère ......Dommage .....

Les conversations sans signes typographiques ne m'ont pas gênées ...... effet de style sans conteste ..... mais comme toi, ce qui m'a paru artificiel est le langage parfois employé .....
Une lecture addictive ...... mais pas un coup de cœur comme je l'espérais ....

Jacqueline 29/01/2015 17:42

oups ...... gênée ......:-)

Marie-Claude 29/01/2015 00:00

J'hésitais à me le procurer. Ça sent le mélo à plein nez. Ton super billet confirme mon choix! Merci pour l'économie, chère fée!

Cajou 28/01/2015 17:55

Figure-toi que j'ai reformulé au moins 15 fois (et promis, ce n'est pas une exagération) un paragraphe que j'avais intitulé "gros fail dans la typographie/mise en page" dans lequel j'essayais d'expliquer que j'avais du relire plusieurs passages (genre, une dizaine sur le roman) car l'auteur (l'éditeur ? le correcteur ?) ne savait pas utiliser les signes typographique. Car si on avait bien un tiret pour introduire un dialogue ou une prise de parole d'un perso, ensuite c'était c'était suivipar un retour à la ligne et que là, on ne savait plus s'il s'agissait d'un dialogue prononcé à voix haute (la suite de la phrase introduite par le tiret) ou s'il s'agissait d'une pensée du personnage, de qqch qu'il avait envie de dire à l'autre mais sans oser.

Et comme tu le vois ci-dessus, ça craint d'arriver à expliquer ça clairement et brièvement dans un billet, donc j'ai supprimé.

Quant à l'emphase, ça je crois que j'ai réussi à le caser dans mon billet, si je me souviens bien.

Je dirais donc qu'au final, j'ai exactement les mêmes bémols que toi, et que donc j'aurais eu autant de raisons d'être mitigée que toi (les bémols m'ont autant énervée que toi hein !) (surtout la surenchère).

MAIS je crois que si moi je l'ai au final aimé en tournant la dernière page, c'est aussi parce que je n'avais pas réussi à lire un roman depuis le 07 janvier et ça m'a fait du bien de tomber sur un page-turner efficace, un livre que tu n'as plus envie de lâcher, et surtout, un livre où il y a Marguerite dedans <3

Donc pour cette fois, juste pour cette fois, tu n'es pas une Cruella ^^

LaFée 28/01/2015 18:21

"Pour cette fois", me voilà rassurée :p
Plus sérieusement, je partais du principe que c'était voulu, un effet de style quoi, ce portnawak de la mise en page....je n'avais pas pensé à l'éditeur ou au correcteur maboul.... Il faudrait voir si c'est pareil dans ses autres romans? En tout cas c'était bien pénible.
Je l'ai lu après " Wild", sinon, et c'est clair que ce n'était pas la meilleure des places pour un roman....Que l'on passe au-dessus des bémols je peux le comprendre, c'est plus ceux qui ne les remarquent pas qui me posent question :p:p
( plus de pommes, hein, dis, là?)

LaFée 28/01/2015 18:21

"Pour cette fois", me voilà rassurée :p
Plus sérieusement, je partais du principe que c'était voulu, un effet de style quoi, ce portnawak de la mise en page....je n'avais pas pensé à l'éditeur ou au correcteur maboul.... Il faudrait voir si c'est pareil dans ses autres romans? En tout cas c'était bien pénible.
Je l'ai lu après " Wild", sinon, et c'est clair que ce n'était pas la meilleure des places pour un roman....Que l'on passe au-dessus des bémols je peux le comprendre, c'est plus ceux qui ne les remarquent pas qui me posent question :p:p
( plus de pommes, hein, dis, là?)

Marguerite 28/01/2015 17:46

Tu pointes exactement ce que je sentais poindre derrière les billets enthousiastes et qui me faisait tellement hésiter à le lire...

Marguerite 28/01/2015 19:04

Il n'y a pas une version abrégée, avec uniquement Marguerite ? ^^ (un peu comme le director's cut d'Asterix et Cléopâtre) (c'est malin, ça me fait penser à Otis et je rigole toute seule comme une idiote)

LaFée 28/01/2015 18:16

Mais Marguerite, Marguerite... :-)