La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"les papillons rêvent-ils d'éternité?", Sandra Labastie

"les papillons rêvent-ils d'éternité?", Sandra Labastie

" J'aime beaucoup les mots. Il y en a qui font mal mais il y en a qui soignent, parfois ce sont les mêmes, ça dépend comment on s'en sert."

« Cette journée du 1er janvier, la première de la dernière année du monde, il s’est passé quelque chose de spécial entre nous, les élus. C’était comme au printemps, quand on devient joyeux sans comprendre pourquoi. C’est la dernière année de souffrance, a dit papa. Bientôt on sera libérés. »

Premières pages à lire ici ( clic)

Oui, Oui,

"les papillons rêvent-ils d'éternité?", Sandra Labastie

Je pourrais avancer mille bonnes raisons pour expliquer mon retard, vous parler de piles de 124587 ( non je n'exagère pas, voyons) examens à corriger, de tête farcie de questionnaires, de questionnaires bis, ter et consorts, de réunions de parents infernales ( 7h! my godness!), de conseils de classe à rallonge et de séjour au pays des legos, et, finalement, ce ne serait pas mentir que de me servir de tout cela comme excuse. Sauf que, bah, honnêtement, j'aurais pu l'écrire, ce billet. Mais je ne savais pas trop quoi dire de ce petit roman vite lu, sur la banquette d'un train en retard. Je ne sais toujours  pas trop quoi en dire car j'ai été parfois émue, parfois agacée, parce que je trouve que ce texte est un triste mélange de trop et de trop peu.

Trop peu de profondeur, surtout. Que l'on ne connaisse pas le nom de la narratrice n'est finalement qu’anecdotique, que le récit ne soit pas inscrit dans un cadre spatial déterminé aussi. Mais ce roman à la première personne, écrit par une jeune fille de 12 ans, sonne, la plupart du temps, creux. Ce qu'elle vit est certes terrible, vu par nos yeux "extérieurs" à la communauté, mais c'est le récit d'une adolescence banale dans un univers qui l'est moins. Ses failles, ses doutes, ses questions, sont ceux et celles de toute jeune fille de son âge, mais les mots choisis sont vides de sens ( un comble, quand on sait que l'auteur est linguiste), ils nous laissent en surface sans réussir à nous toucher le fond du cœur. Alors oui, à de rares occasions, j'ai été émue, notamment par ce que cette demoiselle est "forcée " de faire au nom de la Religion, mais le flou qui entoure cette dernière m'a passablement dérangée. Il ne m'a pas fallu 10 pages pour identifier avec certitude ce mouvement pseudo religieux sectaire, et j'ai été presque agacée de le voir décrit de l'intérieur avec autant de détails sans jamais être nommé. Alors, oui, il semblerait que le récit soit fortement autobiographique, ce qui pourrait expliquer ce choix de l'imprécision, mais il dessert le roman en semblant presque cautionner les agissements de ce "groupe". j'ai bien dit "presque", puis l'héroïne l' avoue elle-même : J'ai tellement de secrets que je ne sais plus ce qui est vrai ou non. Parfois je défends Dieu et parfois je Le déteste ( pardonne-moi Seigneur). La personnalité chrétienne me tend comme sur un fil au-dessus des abysses. Quoi qu'il en soit, et pour l'avoir côtoyé d'assez près ( mais toujours d'assez loin aussi), il me semble que l'image donnée ici est assez réductrice, juste, mais réductrice, et que le roman y perd en intensité.

Trop, donc, aussi. Trop de clichés. A tous les niveaux, d'ailleurs. La jeune ado? Cliché. Les parents? Cliché. La "religion"? Cliché. Et attention, c'est du lourd, celui là, il m'a juste donné envie de

"les papillons rêvent-ils d'éternité?", Sandra Labastie

Rien ne justifiait ça, surtout pas traité de la sorte : un événement en plus, presque "naturel", dont la narration m'a fortement mise mal à l'aise. Too much, too bad, donc.

Ce qui a sauvé ma lecture, c'est l'amour des mots de la jeune narratrice. Elle parfait son éducation en cachette, dans le dictionnaire familial, elle lit Garcia Marquez, elle tente de comprendre ces termes mis en avant par la communauté mais qui sont, à ses yeux d'encore enfant, vide de sens, eux aussi : Ils disent aussi la concupiscence. C'est un mot très intense qui donne un coup de poing dans le bas ventre. Il contient con, pisse et sens. C'est un mot très efficace pour faire comprendre les mauvaises intentions. Il y a des mots comme ça qu'on entend beaucoup plus souvent qu'ailleurs et qui font battre nos cœurs plus vite. Vous l'avez compris : je regrette que ceux de Sandra Labastie n'aient été de ceux-là.

 

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argali 06/07/2014 11:21

Je ne peux qu'être d'accord. Tu as mis le doigt sur ce que je ne pouvais définir ; ce qui manque c'est du sens. Tout sonne creux !
Merci Sophie !

LaFée 08/07/2014 08:27

Mais de rien, madame :-)

Delphine-Olympe 06/07/2014 09:24

Bon, évidemment, ce billet ne suscite pas une folle envie de le lire...

LaFée 06/07/2014 10:35

Mais d'autres l'ont vraiment beaucoup aimé.... ce roman suscite des réactions très diverses, c'est assez rigolo à voir . Merci de ta visite :-)

Jacqueline 06/07/2014 08:41

"Un roman qui sonne creux, trop de clichés ......" ...... je passe .....:-)

LaFée 06/07/2014 10:35

:-)