La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"Les Suprêmes", Edward Kelsey Moore

"Les Suprêmes", Edward Kelsey Moore

"Entre Suprêmes, nous nous traitions avec beaucoup de délicatesse. Nous fermions les yeux sur les défauts des autres et faisions preuve de prévenance, même quand cela n'était pas mérité. "

  Elles se sont rencontrées à la fin des années 1960 et ne se sont plus quittées depuis : tout le monde les appelle "les Suprêmes", en référence au célèbre groupe de chanteuses des seventies. Complices dans le bonheur comme dans l'adversité, ces trois irrésistibles quinquas afro-américaines aussi puissantes que fragiles ont, depuis leur adolescence, fait de l'un des restaurants de leur petite ville de l'Indiana longtemps marquée par la ségrégation leur quartier général où, tous les dimanches, entre commérages et confidences, rire et larmes, elles se gavent de nourritures diététiquement incorrectes tout en élaborant leurs stratégies de survie. D'épreuves en épreuves, l'indissoluble trio a subsisté contre vents et marées dans une Amérique successivement modelée par les ravages de la ségrégation raciale, l'insouciance des années hippies, la difficile mise en route de "l'ascenseur social", l'embourgeoisement, sous la houlette des promoteurs immobiliers, des quartiers naguère réservés aux Noirs et les nouveaux catéchismes de la modernité mondialisée.         

Si vous êtes nés avant 1990 ( et il y a de fortes chances que ce soit le cas si vous lisez ceci plutôt que de télécharger la dernière daube le dernier titre de Stromae) et que vous avez un minimum de bon goût ( ce dont je ne doute pas une seule seconde vu votre présence ici-même) et /ou de culture cinématographique, vous DEVEZ vous souvenir des Deux Sirènes. Mais oui, le film cultissime avec Cher (avant le début de la fin de sa carrière), Winona Ryder (avant Johnny D) et Christina Ricci ( avant, juste avant quoi). Vous devez aussi vous souvenir de ceci :

Ça donne envie de bouger son p'tit cul de blanc, non? Et bien, If you wanna be happy, lisez Les Suprêmesvous ne serez pas déçus, croyez-moi. Vous risquez même bien d'avoir un petit sourire bénet au coin des lèvres ( mais aussi parfois des larmes au coin des yeux). Ce livre, c'est un p'tit concentré de bonheur. Même si la vie est parfois cruelle ( c'est un pléonasme, non?), même si les gens ne sont parfois pas ce que l'on voudrait qu'ils soient, même si la maladie, les contrariés, la jalousie sont là et bien là, l'impression qui domine lorsque l'on referme Les Suprêmes, c'est la joie. C'est un roman joyeux. Et tendre. Et drôle. Et piquant. Et délicieusement nostalgique. C'est un vrai coup de cœur. On n'a qu'une envie, au fil des pages : s’attabler chez Earl avec ces trois vieilles pestes adorables, bavarder autour d'une tarte aux pommes arrosée d'un thé trop sucré et ...dire du mal :-)

Il y a Odette, d'abord, ma préférée ( évidemment). Odette dont la désopilante naissance a sans doute forgé le caractère et fait d'elle une femme forte ( et un peu folle), l'amie que l'on rêve d'avoir, prête à tout, même à se mettre en petite culotte face à un gros malabard et  à le défier en duel. C'est que, voyez vous, Odette est née dans un sycomore ( et oui, rien que ça!)....Odette, elle est complètement barrée : elle fait la causette aux morts ( dont Madame Roosevelt - ivre morte - princeless), elle fume du cannabis en cachette ( vous comprenez, c'est thérapeutique) mais qu'est-ce qu'elle est attachante. Et forte, mais ça je l'ai déjà dit. Puis il y  a Clarice, femme trompée par son crétin de mari à la verge baladeuse (sic), femme soumise qui va rebondir de façon excessivement jouissive (restons dans la métaphore), et ce ne sera que justice ( non mais oh! Je veux bien que l'on soit dans l'Indiana des années 60, mais quand même quoi, girls power!). Barbara Jean, enfin, pin-up en robe fluo juchée sur des talons trop hauts, dont le thé est légèrement amélioré à la vodka et dont  le coeur est en berne, toute fragile, malmenée par la vie mais transpercée d'un Ray de lumière, d'un rayon de soleil . Les Suprêmes donc. Mais la force du roman, c'est aussi ( et peut-être surtout?) ses incroyables personnages "secondaires" , tout à tour désopilants, agaçants, attachants, de ceux qui rendraient foi en l'être humain au plus sinistre et cynique d'entre nous. Mais attention, ce n'est pas gentillet, loin de là, c'est même parfois grincant, mais toujours juste. Ce n'est pas grandiose ni grandiloquent non plus, mais d'une simplicité touchante. Très souvent j'ai fait

 

 

"Les Suprêmes", Edward Kelsey Moore

le cœur serré et les larmes aux yeux. Un géant noir qui se penche pour aider son serveur blanc qui vient de laisser tomber une pile d'assiettes ( Big Earl   ), les jambons des enterrements, un mari qui prend sa femme sur ses genoux, quitte à casser la chaise sur laquelle ils sont assis, et qui la coiffe tendrement alors que ses cheveux tombent par poignées, une déclaration d'amour, ce lien si particulier qui unit une mère à son fils, des phrases simples, courtes, terriblement belles et qui veulent dire bien plus que les mots eux-mêmes.

J'ai pleuré, donc, mais j'ai ri, aussi,  beaucoup, beaucoup, beaucoup! Entre la mère qui hurle devant un bordel, mégaphone à la main, pour ramener les brebis égarées sur le droit chemin, une stripteaseuse dont la chatte n'est pas une machine à remonter le temps, un acuponcteur qui a réussi à faire en sorte qu'une future mariée kitchissime et obèse s'enfuie en courant quand elle voit un croûton dans sa salade, un Jésus musclé et sexy, des tenues affreuses cousues main et des chaussons en éponge verte, on ne s'ennuie pas une seconde. Même les moments les plus tragiques sont parcourus par ce petit vent de folie qui dédramatise et sèche nos larmes.

Je pourrais vous en parler encore et encore, mais je préfère terminer en vous disant que si j'ai succombé à cette lecture, c'est à cause du Whatsapp Book Club, et de son avis globalement plus qu'enthousiaste.  Je vous invite donc à cliquer sur leurs différents billets si vous hésitiez encore à partir en Indiana à la rencontre de ces drôles de dames ( iciiciici et ici ).

Edit : l'avis de Fatima E.A., qui  a illuminé ma journée d'examen.

Premièrement, j’ai particulièrement aimé le sujet principal de ce livre, 3 meilleures amies qui sont là l’une pour l’autre pour le meilleur et pour le pire. Tout au long de l’histoire on a des flash-back qui parlent de comment les suprêmes se sont rencontrées. Et c’est quelque chose qui m’a beaucoup plus. Dès la lecture des premières pages, je voulu savoir comment elles s’étaient rencontrées. Souvent lorsque je lis un livre, il me faut longtemps pour accrocher à l’histoire mais dans ce cas-ci j’ai direct accroché avec l’histoire

Ensuite, la narration est assez spéciale. Il y a des chapitres qui sont racontés par le narrateur et d’autre par Odette. Et ça j’ai vraiment apprécié. J’aimais lorsque c’était Odette qui narrait car on avait tous les détails et on savait réellement le fond de ses pensées. A ces moments-là elle nous dit quand elle parle aux fantômes et c’est quelque chose qui m’a bien fait marrer.

L’humour dans ce livre lui donne particulièrement son charme. Le livre « les Suprême »s est vraiment un livre qui m’a fait réellement sourire. Odette qui arrive encore à se disputer avec le fantôme de sa défunte mère m’a beaucoup fait rire. Entre les rires et les larmes, elles font preuve d'humour et surtout, d'une grande tendresse les unes envers les autres.

L’auteur n’aurait pas pu faire mieux en choisissant les caractéristiques de chaque personnage. Les personnages étaient très touchants et on s’attache au fil de l’histoire. A l’achat de mon livre j’ai reçu un signet sur lequel était écrit « elles deviendront vos amies » et lorsque j’ai vu cela je n’y ai pas vraiment cru mais dès la minute ou j’ai plongé dans l’histoire j’ai réellement adorés les suprêmes.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

Cécile 06/06/2014 09:18

Il m'attend patiemment :)

LaFée 06/06/2014 11:41

Ne le laisse plus traîner, c est un super médicament pour le moral!

Jacqueline 06/06/2014 08:04

J'ai terminé ce roman hier soir ..... avec le sourire aux lèvres .....
Magnifique billet pour un livre que j'ai trouvé délicieux : j'ai souri, j'ai ri, j'ai été émue ..... Ma préférée est également Odette ..... et j'ai, comme toi, eu un gros coup de cœur pour Big Earl ....
Cette lecture fut un vrai régal ...:-)

LaFée 06/06/2014 11:40

Je suis aussi plus que ravie d avoir suivi Cajou, sur ce coup là:-)

Cajou 05/06/2014 23:18

Je vois que je ne suis pas la seule à avoir été marquée par la "chatte à remonter le temps" LOL
Contente qu'il t'ait plu autant qu'à moi !

LaFée 06/06/2014 07:26

J ai vraiment éclaté de rire à ce passage ( et à d autres, je ne remets toujours pas du mariage par ex) :-)