La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"le fils de Sam", Michaël Mention

"le fils de Sam", Michaël Mention

" Un homme n'est jamais que le fruit de son époque et, souvent, l'Histoire scelle son avenir avant qu'il n'en choisisse un".

Il a ensanglanté les rues de New York et traumatisé des millions d'Américains. Pour la première fois en France, l'histoire vraie du « fils de Sam ». Été 1977. L’Amérique croit avoir tout subi : assassinat de JFK, émeutes, fiasco au Vietnam, crise économique. Meurtri dans sa chair et saigné dans ses ambitions, le pays est à genoux. New York aussi, soumise à une canicule sans précédent, au blackout et à son bourreau. Un tueur mystérieux qui rôde la nuit et décime la jeunesse avec son revolver. Un prédateur unique dans la sphère des tueurs en série, défiant les autorités, les médias et le pays tout entier.  Pour la première fois en France, un auteur retrace cette stupéfiante enquête, méconnue en Europe, à travers de nouveaux axes d’investigations.  Un ouvrage qui se lit comme un film, en immersion dans la tête de l’un des tueurs les plus complexes. Une plongée au cœur des États-Unis du rock au disco, du L.S.D. à la C.I.A., d’Hollywood au satanisme… portrait d’une nation à travers l’un de ses exclus, devenu icône des serial killers.

Je vous entends d'ici : " Elle est maso, franchement, LaFée? Elle nous dit que l’immersion dans la tête d'un tueur en série ça n'est définitivement pas son truc ( ici, notamment) et elle lit.... Le Fils de Sam?" Ben oui.... Mais je suis faible, vous le saviez déjà, non? Puis j'ai été trompée, je vous jure. Je pensais réellement qu'il s'agissait d'un essai, voire d'un documentaire, pas du tout d'un thriller, comme l'annonce pourtant la couverture (en tout petit). Et je ne pensais pas non plus qu'il y aurait cette alternance entre chapitres romancés et enquête, alternance qui en fait donc un docu-fiction des plus étonnants. Pas enthousiasmant ou passionnant, non, juste étonnant. Notez bien, ce n'est déjà pas si mal.....

C'est l'icône des serial killers  qui nous le dit lui-même : "Halleluhwhah " est l'homme que je suis aujourd'hui ; alors, si vous voulez comprendre cet homme, écoutez-le. Vous êtes prêts? EN route pour NY, 1977, alors.

Ce qui frappe en premier, à la lecture de ce texte, c'est le grand écart auquel se livre son auteur : alterner les résultats d'une enquête approfondie, minutieuse, pointue et de la fiction "littéraire", dans une espèce de recherche d'explication psychologique aux gestes de David Berkowitz, c'était un pari risqué. Risqué, mais pas réussi. Un chapitre sur deux ressemble à s'y méprendre à un épisode de " Faites entrer l'accusé" ( ton journalistique, presque didactique, longues listes de noms/faits/dates, photos, schémas, portraits-robots) tandis que le suivant , à la première personne donc, donne dans la confession, presque "intime" ( pour rester dans la métaphore télévisuelle) et frise parfois le lyrisme ( ou le ridicule, c'est selon). Un manque de cohérence sans nul doute assumé, si ce n'est voulu, mais qui m'a fortement dérangée : j'étais coupée dans mon élan, et pire encore, j'avais presque envie de sauter ces passages fictionnels pour reprendre le cours de l'enquête et de l'Histoire. Mais je ne le pouvais pas, puisque Mention a pris la peine d' y glisser bon nombre d'informations importantes, sans doute celles qui ne sont étayées par aucune preuve, ou qui font encore à l'heure actuelle l'objet de sérieux doutes de la part des professionnels. C'est Sam. Embrasées, ses griffes carbonisent mon cou, ma gorge, mon sang qui bouillonne. Magma. Il porte mon cerveau à ébullition, puis mon corps qui glisse plus qu'il ne marche (je vous avais prévenus, pour le lyrisme...). On apprend donc ainsi que Berkowitz s'est lui-même surnommé le fils de Sam, parce que Satan lui parlait par l'intermédiaire du labrador noir de son voisin Sam (je vous fais la version courte là). On apprend également que comme tout tueur en série qui se respecte, il a eu une enfance difficile ( Avant je quittais l'école en courant pour te retrouver à la maison. Maintenant, quand je reviens, il n' y a personne. Comment je vais faire sans toi?  écrit-il à sa mère adoptive décédée), une légère tendance à la pyromanie (1188 incendies recensés dans ses petits carnets ) et un souci d'ego qui le pousse à envoyer une lettre à la police ( qui soit dit en passant en prend pour son grade tellement elle ne voit pas ce qui se passe sous son nez).

"le fils de Sam", Michaël Mention

Rien de bien neuf sous la noirceur de l'âme humaine, donc. Malgré son ( hypothétique) rédemption en prison (Je pleure et je prie pour elle. Blablabla), le Fils de Sam est toujours à mes yeux un tueur psychopathe timbré au même titre que bien d'autres, un peu comme ça, quoi

"le fils de Sam", Michaël Mention

Quoi qu'il en soit, il faut accorder à Michaël Mention une précision presque scientifique. Chaque piste est envisagée, chaque portrait- robot est analysé : il est méthodique, pointilleux, un peu trop même parfois, puisqu'il n'hésite pas à nous embarquer dans une histoire du satanisme américain qui ne nous mène que de loin en loin au Fils de Sam. Pour tout vous dire, je me suis même souvent demandé si tout ceci n'était pas un chouia orienté. En tout cas, honnêtement, je ne vois pas en quoi l’assassinat de Sharon Tate par Charles Manson ou le procès de Roman Polanski peuvent faire avancer le Schmilblick. Néanmoins, j'ai aimé lire ces pages qui dressaient un portrait de l'Amérique dans les années 60-70, un peu à la manière d'un "Secrets d'Histoire", rempli de détails et d’anecdotes autant que de grands événements : Le monde a la nausée et les Etats-Unis sont les premiers à vomir. Plus encore, j'ai aimé la façon dont New-York est devenu un personnage à part entière ( des années passées à expliquer Bruges-la-Morte, voilà qui laisse des traces) Ses recoins, ses raccourcis, ses secrets. (...) sa diversité, son festival de lumières, cette ville dont Berkowitz dit qu'elle est son sang, est le parfait théâtre de l'horreur, bien malgré elle, puisqu'elle cache  de terribles secrets au fond des ses parcs.

Sur Le Fils de Sam, finalement, nous ne savons toujours rien, ou si peu. Des pistes, des hypothèses, des recoupements ( parfois hasardeux), mais point de vérité. La vérité, lui seul la détient, du fond de sa cellule dans laquelle il purge ses 365 années de prison ou sur sa chaine You Tube. Le Son of Sam  devenu Son of Hope garde le mot de la fin :  écoutez " Halleluhwah", concentrez vous sur la batterie et repensez à toute cette histoire, vous vous ferez peut-être une opinion. Moi, je n'ai plus rien à dire à ce sujet. Et ça vous agace, hein? 

 

"le fils de Sam", Michaël Mention

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Tietie007 19/11/2014 14:32

Lui même n'arrivait pas à expliquer ses pulsions meurtrières. Il ressemble au cas Bernard Giles.

Mira 14/07/2014 09:57

Wish list, wish list ...

Jacqueline 03/06/2014 07:46

J'ai lu ton billet avec plaisir - comme toujours - ...... mais je ne tenterai pas ce livre .... Même si la partie documentaire doit être très intéressante, je préfère éviter de me retrouver dans la tête d'un tueur en série, cela me met trop mal à l'aise ...:-)