La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"Le diable tout le temps", Donald Ray Pollock

"Le diable tout le temps", Donald Ray Pollock

" C'est difficile de bien agir, dit-il. On dirait que le diable n'abandonne jamais"

Gloups. Je pensais avoir le cœur bien accroché, pourtant, mais pour le coup, j'ai vacillé. Secouée comme rarement, brinquebalée dans une Amérique des années 60 aux allures de cauchemar, j'ai adoré être malmenée, poussée dans mes derniers retranchements de lectrice, j'ai adoré ce livre, qui n'a pas volé son titre de meilleur roman de l'année 2012. Ce livre est monstrueux, mais grandiose. Surtout grandiose, d’ailleurs.

On est dans le trou du cul du monde, au fin fond du fond de l'Amérique, la plus profonde, la plus sinistre, la plus triste qui soit. On est dans la petite ville de Meade dans l’Ohio. On est en enfer. Tout le temps. Les personnages vont se croiser et s’entrecroiser, les destins vont se lier, pour le pire. Toujours. Un vétéran amoureux fou de sa femme, finalement plus fou qu'amoureux et leur petit garçon, leur petit Arvin et sa tarte aux myrtilles qui a réussi, un temps, à me faire croire que cette histoire pouvait être traversée par des rayons de soleil. Sauf que le soleil, il brûle. Fort. Deux prédicateurs tarés, une femme flamand rose et un clown effrayant. Un couple de barjos qui aime prendre en photo les auto stoppeurs, morts, de préférence. Des personnages ravagés par l'alcool, la misère, la consanguinité. Des personnages fanatiques, illuminés, dangereux, violents, affreusement affreux et malgré tout terriblement attachants, condamnés à l'Enfer sur terre, sans espoir de rédemption : Dieu a perdu la partie depuis longtemps.

C'est un roman noir, cruel, dérangeant, sans concession. Ça pue la sueur, la pisse, le sperme, le sang séché et le tabac chiqué. Rien n'est plus sombre que ce roman, rien n'est mieux écrit, non plus : les phrases de Pollock claquent comment autant de gifles, mais des gifles qui vous obligent à garder les yeux ouverts. On n'est pas loin de la poésie ( Il était presque quatre heures du matin et, cahin-caha, avec beaucoup de chance et peu de regrets, ils avaient encore traversé une longue journée d'hiver), de la philosophie parfois ( Un nombre de plus, un signe de plus, cette nuit, ça ne changera rien), mais dans l'horreur la plus absolue, toujours. Bienvenue en Enfer, vous allez déguster!

PS : En cherchant comment illuster ce billet, je suis tombée là-dessus. Oxymore parfait. Validé.

"Le diable tout le temps", Donald Ray Pollock

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Jacqueline 12/06/2014 07:41

Je n'ai jamais entendu parler de ce roman ..... mais ton billet est très alléchant dans sa "noirceur" .... Je note le titre ... :-)

LaFée 14/08/2014 21:11

Oh ben tu vois, j'étais tellement dedans que je n'ai pas relevé la traduction foireuse! Mais je suis contente de lire que tu as tenté l'expérience ....un sacré roman, tout de même!

Jacqueline 14/08/2014 18:26

Du noir, du glauque, du sordide, de la désillusion, de la tristesse ... Un roman qui claque.... Face aux différents personnages, j'ai ressenti de l'horreur, du mépris, de la pitié, de la compassion ...
Un bémol pour la traduction .... Un exemple de mémoire : " Elle mangea un peu avant d'aller se reposer un peu" ....

LaFée 14/06/2014 12:24

C'est noir noir noir, mais vraiment formidable, c'est un pari à tenter je pense :-)

Scarlett Julie 11/06/2014 23:16

J'ai eu exactement le même ressenti : un uppercut !!!
Vraiment heureuse que tu l'aies apprécié également !
Il vient de gagner le prix des libraires :)

LaFée 14/06/2014 12:24

Oh je ne savais pas, merci pour l'info!