La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"Love letters to the Dead", AVa Dellaira

"Je sais que May est morte. Je veux dire, j'en suis consciente mais j'ai l'impression que c'est pas pour de vrai. Qu'elle est toujours là, avec moi. Qu'une nuit, elle rentrera par la fenêtre après avoir fait le mur et me racontera ses aventures. Peut-être que si j'arrive à lui ressembler plus, je saurai mieux vivre sans elle. " À son arrivée au lycée, Laurel a comme premier devoir de rédiger une lettre pour un mort. Elle décide d'écrire à Kurt Cobain, et c'est ainsi que débute une année de correspondance à sens unique avec des acteurs, musiciens et poètes disparus, qui ont tous joué un rôle important dans la vie de la jeune fille. Au travers de ses lettres, elle dresse son propre portrait de lycéenne, celui de ses nouveaux amis, de son premier amour... Et révèle, surtout, comment elle parvient à surmonter la mort de sa sœur. Mais pour faire son deuil, Laurel devra se confronter au secret qui la tourmente et faire face à ce qui s'est réellement passé la nuit où May est décédée.

Chère Laurel,

Après avoir refermé ton recueil de lettres, j'avais envie de te dire plein de choses, alors autant t'en rédiger une moi aussi, de lettre, puisque c'est par là que tout commence. Ok, la consigne est biaisée puisque tu n'es pas morte, mais après tout, dans la vraie vie, le prof, c'est moi, alors je fais ce que je veux des consignes ( na!). Je suis une Madame Buster, en fait, en moins empathique, sans doute, et avec un moins joli corsage. Mais j'aurais juste adoré avoir l'idée de ce devoir, crois-moi. Il existe bon nombre de romans épistolaires sur le marché de la littérature "ado" ( comment ne pas penser au mentor de ta créatrice, Chbosky et à son Monde de Charlie?) mais très peu sont aussi réussis que le tien. Pourquoi? Parce que tes lettres sonnent vrai d'abord, vrai et juste. C'est un pari risqué que de se glisser dans la peau d'une jeune fille de ton âge, mais c'est ici un pari réussi, puisque tu prends vie dès les premiers mots. Bien sûr, tu en as bavé, on ne sait pas encore pourquoi, mais on le devine. Tu as donc grandi trop vite, par certains côtés : tu ne devrais pas être capable de formuler aussi bien que quelqu'un qui affirme que l'autre sera mieux sans lui ne fait jamais qu'utiliser l'épouvantable prétexte de ceux qui ne supportent plus la vie. Que c'est une mauvaise façon de se donner bonne conscience quand on sait qu'on quitte quelqu'un qui ne veut pas vous voir partir. Quelqu'un qui a besoin de vous. Mais en même temps, tu es toujours capable de faire de la balançoire en sautant dans la poussière. Et tu crois aux fées. Comme toi, j'en ai une à la maison, une jolie petite fée aux ailes grillées ( clic clic), comme May, et c'est peut-être quelque part ce qui a fait que je l'ai aimée tout de suite, ta grande sotte de sœur. Mais revenons à toi, Laurel. Toi, tu es pleine de nuances, de contradictions, tour à tour agaçante, nunuche, gauche, touchante, émouvante, intelligente. Comme " pour de vrai". Et j'ai aimé ça. Pour les mêmes raisons, j'ai aimé tout ceux qui t'entourent, adultes comme ados, vivants ou non, catholiques ou pas ( bon, allez, j'avoue, peut-être pas celui-qui-se-prend-pour-Jésus), parce que Ava Dellaira évite (presque tous) les écueils du genre, même si le roman est estampillé "made in USA", même si le thème central est hautement tragique, même si vos fêtes arrosées de vodka sont un peu "too much", même si ton amoureux-pas-tout-à-fait-amoureux, parfois, j'ai eu envie de le secouer....

"Love letters to the Dead", AVa Dellaira

Puis je dois bien t'avouer quelque chose : quand j'avais son âge, comme May, j'avais un poster de Kurt Cobain au dessus de mon lit, je m'endormais le soir en écoutant en boucle l'Unplugged. Et comme elle, et un peu comme toi sans doute, j'étais amoureuse de River Phoenix : j'ai dû voir My own private Idaho des centaines de fois, et j'ai pleuré. Slash était l'idole de mon béguin d'alors, November Rain ma chanson préférée ( bon ça, c'est toujours un peu le cas maintenant) et je me souviens m'être souvent demandé where do we go now (clic). Tu l'as compris, cette plongée dans ton adolescence, c'était un peu un pèlerinage dans la mienne. Princeless, donc. Si tu savais le nombre de fois où j'ai souri en te lisant, où j'ai interrompu ma lecture pour partir à la recherche d'un morceau auquel je n'avais plus pensé depuis des années que je me surprenais à connaître encore par cœur...

C'est aussi une formidable idée, d'avoir choisi "ceux-là" comme confident, c'est comme si subtilement nous avions droit à des "minutes culturelles", des pauses bien méritées ( tu avoueras que parfois, c'est fort en émotions, hein) qui nous permettaient de découvrir de grande figures oubliées ou carrément inconnues. Je suis convaincue que Google et You Tube vont chauffer dans les chaumières à la lecture de tes lettres, tu peux en être certaine.

Je te souhaite le succès, Laurel, du fond du cœur : puisses-tu toucher les autres autant que tu m'as touchée moi, puisque vous êtes assez grandes pour l'entendre. Vous deux.

Amitiés,

La Fée (qui remercie les éditions Michel Lafon pour ce beau cadeau).

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Scarlett Julie 08/05/2014 20:39

Ohhh, ta lettre me donne envie de découvrir à mon tour ce roman ! Merci :)

paikanne 08/05/2014 14:11

Sophie va me le prêter : il risque de rentrer dans les propositions de lecture pour l'année scolaire prochaine...

Mélo 08/05/2014 11:36

J'aime j'aime j'aime cette lettre !
Je suis en train de le lire...

delphine-Olympe 08/05/2014 09:35

Pas vraiment tentée, car ce n'est pas mon univers - et je n'ai jamais été spécialement fan de Kurt Cobain-, mais, comme toujours, ta chronique est séduisante et très sympa à lire.
Il y a bien un moment où nos sensibilités littéraires se rencontreront !

Adalana 08/05/2014 02:17

Je suis très très tentée, je note !