La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"N'éteins pas la lumière", Bernard Minier

"N'éteins pas la lumière", Bernard Minier

" Le pouvoir est de déchirer l'esprit humain en morceaux". Georges Orwell.

Comme vous le savez sans doute (puisque vous avez lu tous mes billets, non?), à la sortie du nouveau Minier, j'étais un peu dans cet état-là :

"N'éteins pas la lumière", Bernard Minier

Et bien, wow, mes attentes ont été comblées, et plus encore! Les deux précédents volumes m'avaient fait passer un très agréable moment, mais j'avais trouver l'auteur relativement scolaire, remplissant à la perfection le cahier des charges d'un thriller mais sans grands risques ni surprises. Et, vous l'avez évidemment  déjà compris, ce n'est plus du tout le cas dans "N'éteins pas la lumière". Le seul défaut de ce roman, à vrai dire, c'est son titre. Non mais, sérieusement, personne n'a pensé à lui dire que ça faisait téléfilm du samedi soir sur FR3, à Bernard? Et la couverture? C'est quoi ce truc, franchement? Bon sang, ils font quoi, chez XO? Heureusement pour moi, je l'ai lu en numérique, alors je pinaille pour le plaisir, c'est vrai (en même temps, c'est chez moi ici, alors je fais ce que je veux, na!)

Ce roman est un opéra en trois actes, qui mêle avec bonheur adagio, allegro, moderato, presto : Minier gère le tempo en virtuose, sans aucune fausse note ( fin de la métaphore musicale). Un début haletant, comme à son habitude ( chacun de ses romans commence par un prologue in médias res ; celui est un clin d'œil à ses lecteurs, puisqu'il nous plonge dans un environnement semblable à celui de Glacé - et j'aime ça quand j'ai l'impression que c'est à moi (à moiiiiiiiiiiiiiii) que l'auteur s'adresse, allez savoir pourquoi) qui s'arrête net par une pirouette : on quitte Servaz que l'on venait à peine de retrouver ( et dans un sale état, le pauvre) pour découvrir Christine, gentille Christine, étrange Christine... Quoi? Pardon? Ca s'agite là, dans le fond? Vous pouvez répéter la question?  Ah! Oui! Vous voulez connaître l'histoire, c'est ça? Allez, rien que vous vous, alors :

 

"N'éteins pas la lumière", Bernard Minier

Vous pensiez vraiment que j'allais vous dévoiler quoi que ce soit sur l'intrigue, franchement? Par contre, comme je suis gentille (si! si!) je peux vous dire que Minier a eu l'idée de génie (j'exagère à peine) de jouer avec ses propres codes et donc avec nos nerfs, et nos attentes : je m'attendais à une enquête de Servaz et consorts, comme dans les deux premiers, et finalement, il n'en est rien : aucune trace ou presque de ses acolytes, et le flic bousillé ne reprend du service qu'une fois quelques centaines de pages tournées. On suit d'abord Christine, qui a reçu une étrange lettre le soir de Noël. Hasard? Sourde menace? Puis apparaissent Mila, Célia, Madeleine, Cordelia, une myriade de personnages féminins fouillés, précis, justes. Tout se télescope, s'emboîte, on croit savoir, comprendre, puis non, enfin si, peut-être.... ou peut-être pas. C'était comme si elle découvrait un monde inconnu, plein d'ombres et de chausse-trapes, un monde qui avait toujours été là mais qu'elle voyait pour la première fois, qui était demeuré invisible alors même que s'y déchaînaient des forces dont elle ne soupçonnait pas l'existence. Peu importe qui est ce elle, parce qu'en même temps elle, c'est nous. C'est un roman sur la manipulation mentale, effroyable, glaçant de vérité et d'horreur, excessivement bien documenté, mais c'est aussi un roman-miroir : l'auteur joue avec nous, et comme son personnage, c'est lui le chat. Et nous la souris. Et on déguste, on perd nos repères, on est étonné, dégoûté, stupéfait ; Minier a toujours une longueur d'avance, il nous tend une ficelle qu'il retire dès que l'on s'en approche trop, nous en donne une autre, magnanime, pour la réduire en cendre quelques pages plus loin. Impossible de poser le roman, parce que l'on est agacé, presque vexé : c'est vrai, quoi, on est des lecteurs avertis, que diable, on devrait  comprendre, trouver la faille, le coupable, interpréter les indices.... On peut toujours essayer. Mais en vain. Wow. (je l'ai déjà dit non, ça?)

Alors, bien sûr, on ne change pas non plus totalement une formule qui a remporté un franc succès : l'univers de l'intrigue, le fond de celle-ci, est particulièrement détaillé, mais avec assez d'originalité pour ne pas nous ennuyer : l'aérospatiale, ce n'est pas ma tasse de thé, mais j'ai lu avec intérêt les passages plus techniques, parce que, finalement, ils apportent des éléments-clés à cette histoire sombre. Le petit plus de Minier, ici, c'est d'avoir réussi à insuffler de l'émotion dans un thriller : mon cœur de maman bisounours s'est serré de nombreuses fois, parce qu'il y a des enfants, victimes de la Vie, de leur Mère, de l'Histoire, et que ces enfants sont aussi le jouet du chat, vilain chat pas beau qui les fera souffrir jusqu' au dernier des derniers jours. L'enfance : elle ne dure pas longtemps, mais on n'en guérit jamais.

Du plaisir de lire Minier, non plus, on ne guerit pas. Et je n'ai qu'une envie ce soir : savoir, enfin. Comprendre. Hirtmann, où es-tu?  Servaz, la balle est dans ton camp.

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Jacqueline 03/04/2014 07:51

Oh, oh ...... J'avais été déçue par "Le Cercle" ..... mais ton billet me fait frétiller d'envie ..... Dès que j'ai terminé ma lecture en cours, je me plonge dans celle-ci .... :-)

Jacqueline 14/04/2014 20:53

Un excellent moment de lecture .... dont tout est dit dans ton billet ....
C'est certain, je lirai le prochain Minier ....:-)

LaFée 07/04/2014 14:12

Je me réjouis de te lire :-)

gruz 02/04/2014 21:39

Tu n'aurais pas oublié de dire Wow par hasard ? ;-)
En dehors de ça, tout est dit et bien dit !

LaFée 07/04/2014 14:12

WAOUW même!!