La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"La maîtresse de Rome", Kate Quinn

"La maîtresse de Rome", Kate Quinn

" Il ne devrait jamais savoir, parce que c'est de savoir qui tue"

Thea est une jeune esclave juive, soumise aux caprices de sa maîtresse, l'arrogante Lepida Pollia et aux assauts de son Père, Quintus Pollio. Thea connaît pour la première fois le bonheur dans les bras du gladiateur Arius le Barbare, la nouvelle coqueluche de Rome. Mais leur idylle attise la jalousie de Lepida, qui s'emploie de son mieux à les séparer. Cette dernière n'est pas le seul obstacle à se présenter sur la route des deux amants. ( J’ai coupé, oui, oui, histoire de ne pas trop dévoiler l’intrigue, j’aime pas les 4èmes qui en disent trop, comme celle-ci, en fait….).

Hum, un roman historique. Hum, hum. Un billet plus qu’enthousiaste de Cajou  (clic) et un exemplaire reçu pour mon anniversaire de la même Cajou n’avaient pas suffi, je l’avoue. Des années de latin-grec, pourtant. Ou justement, en fait. J’ai fait une overdose de Rome Antique, de Suétone et de La Vie des 12 Césars. Il m’aura donc fallu un coup de pied au c*l et un challenge pour me décider à l’ouvrir ( le roman, j’entends).  Et une fois ouvert, pfftttt. Non, mais, euh ? C’est quoi, ça, franchement ? Une romance entre une gentille esclave appartenant  à une méchante maîtresse et un gladiateur aussi bien fichu que Russell Crowe ? Morituri te Salutant , tout ça, tout ça ?  Pi-ti-é, dites-moi que c’est une blague. No way, pas pour moi. Soupirs. Yeux au ciel. Ennui. Et puis…. BIM ! BAM ! BOUM ! J’étais à Rome, vêtue d’une stola vert emeraude, mangeant de l'autruche grillée. J’étais dans les tribunes, dans les couloirs du palais, dans les lupanars de Province, je jouais du luth, j’écrivais des traités, j’étais  Ganymède, Paulinus, Justine ou Vix, j’ai tremblé, juré, pesté, j’ai été émue, énervée, troublée, dégoûtée. Je continue ou vous avez compris ?

Coup de cœur, donc. Mais pourquoiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii me direz-vous ? (ah non, ça c’est ma trois ans de fille, pardon, vous ce sera juste « pourquoi ? ») D’abord, parce qu’historiquement parlant, ça déchire.  La Rome antique, de 81 à 96, sous le règne de Domitien, on s’y croirait. La Rome antique, Kate Quinn, elle est tombée dedans quand elle était petite, la faute à son historien de papa. Alors oui, elle a sans doute pris quelques libertés avec l’Histoire, mais pour servir la sienne (d’histoire, donc, si vous suivez). Tout y est : les luttes intestines, l’esclavage, la condition des femmes (qui ferait grimper au mur les Femen du 21ème siècle, croyez-moi), les arcanes du pouvoir, la pureté des vestales, la Folie de l’Empereur (qui mérite bien toutes ces majuscules), et les jeux, ces fameux jeux, panem et circenses (oui, c’est un billet franco-latin de romaniste-je-me-la-pête-et-alors ?) qui résument à eux seuls l’étrange univers d’alors :  Arius  ( le bellâtre à la Russell Crowe, souvenez-vous), esclave et barbare,(…) serait découpé en morceaux et donné à manger aux lions au lieu de rejoindre ses ancêtres dans un vrai tombeau. Moins que la boue des égouts mais tellement important ! Ses combats calmeraient le peuple lorsqu’il se plaindrait trop fort des impôts impériaux, sa présence émoustillerait les patriciens fatigués et les détournerait de comploter, son sang serait vendu pour guérir les crises d’épilepsie, et les jeunes fiancées se battraient pour obtenir l’une de ses lances afin de tracer dans leurs cheveux, le jour de leurs noces, la raie qui leur garantirait un heureux mariage. Histoire et croyances, événements historiques et anecdotes, grands et petits moments, voilà ce qui fait le charme de la trame historique de ce roman. Plonger (certes au tuba) dans Rome, ça ne se refuse pas.

L’énormissime (moi, exagérer ? Jamais, allez quoi !) réussite du roman, pour moi, ce sont les personnages. Des personnages-boules-à-facettes, oui, comme ça :

"La maîtresse de Rome", Kate Quinn

Les personnages de ce roman, donc. Et bien, ne soyez pas étonnés si je vous dis qu’ils ont plusieurs… facettes. Je m’explique. De prime abord, ces personnages, ils sont archi stéréotypés, vraiment. La méchante maîtresse ( Lépida), l’esclave belle et rebelle (Théa), le bellâtre de service (Arius), écorché vif comme il se doit mais qui cache un cœur de Chamallow ( mention spéciale pour la chienne-sans-nom, allez, franchement, pitié quoi) l’Empereur disjoncté ( Domitien) , le sage sénateur ( Marcus) , et j’en passe, plein plein plein. Sauf que…. elle est maligne, Kate Quinn. A chaque fois que l'on s'imagine avoir compris la psychologie du personnage, paf. Surprise. Et joie, souvent, parce qu'ils se révèlent être comme on le souhaitait : un peu plus humain, un peu plus fin, un peu plus stratège. Mention spéciale à l'impératrice, d'ailleurs, dont la duplicité et la perfidie m'ont beaucoup plu. Et à Marcus-l'intègre, mon personnage préféré je crois, bien moins plat et triste que ce que l'on imagine, un papa-poule qui m'a fait fondre, presque autant que sa fille que je me réjouis de retrouver dans L'impératrice des 7 collines. Même Lépida-la-salope, Lépida-la cochonne, Lépida-celle-que-l'on-doit-détester, même Lépida donc, finit par trouver grâce à mes yeux ( ce qui n'était pas gagné d'avance, sachez-le), et ça, c'est fortcihe. J'ai envie de vous parler de Paulinus, et de Vix, et de Flavie, et de Calpurnia, j'ai envie de vous dire combien je les ai aimés, tous, combien j'ai eu l'impression de passer du temps auprès d'eux, combien j'ai vibré pour eux, avec eux, combien j'ai eu envie de les serrer dans mes bras et de les secouer, combien, maintenant encore, je n'arrive pas à ne pas penser à eux, comme si ils avaient existé pour de vrai. Mais peut-être que c'est le cas, finalement, peut-être que les personnages de roman existent dans le cœur de ceux qui les lisent, allez savoir. J'ai envie, mais je ne le ferai pas. Parce que je préfère vous laisser le plaisir de les apprivoiser, de les découvrir avec autant de candeur que moi, et de décider si, pour vous aussi, ils feront partie de ceux qui comptent. Parce que oui, pour moi, ils ont compté. Beaucoup.

 

"La maîtresse de Rome", Kate Quinn

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paikanne 24/04/2014 21:57

J'ai aussi beaucoup aimé ce récit :-)

Fabienne 24/04/2014 12:29

Wouah! Quel enthousisasme!
Allez, grâce à toi, c'est le prochain sur ma liste, dès que j'aurai fini "Le Maître des illusions". :)

Lafée 26/04/2014 21:53

Hiiiiiiiiiiii me réjouis de lire ton avis :-)

Jacqueline 24/04/2014 07:47

Magnifique billet vibrant d'enthousiasme pour un roman que j'ai également adoré ... :-)

Cajou 23/04/2014 23:36

Une lectrice conquise de plus et ça me rend très heureuse que ce soit toi :) J'ai vécu ma lecture exactement comme toi, avec les mêmes débuts très mitigés et puis avec tous ces personnages qui ont su m'apprivoiser pour m'emmener sous leur aile dans la Rome antique pour y respirer le sable chaud de l'arène ! (PS : I <3 "La vie des 12 César" :D )

Lafée 26/04/2014 21:53

juste: MERCI pour le cadeau :-)

Scarlett Julie 23/04/2014 23:31

Waouh !!! Ton enthousiasme fait plaisir à lire ! Et dire que je n'osais pas le lire de peur d'être déçue, pourtant il est dans ma PAL depuis 2 ans déjà :)