La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"La femme d'un homme", A. S. A. Harrison

"La femme d'un homme", A. S. A. Harrison

"Le vieux bocal de cornichons que vous avez jeté il y a tant d’années de cela a peut-être rejoint la décharge, mais il existe toujours, quelque part. Il est peut-être cassé, en mille morceaux, mais il n’a pas disparu. On l’a peut-être oublié, mais l’oubli n’est qu’une habitude"

Vous êtes toujours là? Vous avez réussi à lire toute la citation sans lever les yeux au ciel et hurler WTF? Bravo.

La femme d'un homme, c'est une jolie couverture et un bandeau qui cite l'auteur d' Avant d'aller dormir (que j'avais dévoré et aimé d'amouuuur) : Ce livre m’a laissé presque sans souffle alors que je me précipitais vers la fin dévastatrice. Voilà qui donne envie, n'est-il pas? Tout aussi tentant est le pitch : Elle c'’est Jodi. Lui c’'est Todd. Elle est une femme d'’intérieur idéale et une psy de renom. Il a le charisme et la gloire de ceux qui réussissent. Elle l’'aime aveuglément. Il la trompe allégrement. Elle et lui forment le couple parfait, en surface. Mais les apparences peuvent-elles longtemps rester trompeuses ? Thriller psychologique à la Gillian Flynn (Les Apparences), La Femme d’'un homme a connu un succès phénoménal aux États-Unis. "Miam Miam Miam" me disais-je.... Vous aussi?

Mais avant d'aller plus loin, laissez-moi vous poser deux questions : Vous aimez la nourriture? En littérature, j'entends. Genre, ça vous fait frémir de plaisir d'imaginer  les héroines de Mary Higgins Clark déguster en chemisier de soie des spaghetti alle vongole? Sinon, allez, dites-moi tout, vous êtes un peu coquin, voire grivois, parfois? Ca vous émoustille de lire des scènes un peu olé-olé? Su vous avez répondu par la négative, passez directement à la fin de cette chronique, savourez le gift et à bientôt : vous risquez de développer un urticaire en découvrant le contenu du roman, et je m'en voudrais d'être la cause de vos soucis médicaux. Vous êtes joueur, vous voulez "savoir"? Alors, acrrochez-vous, c'est parti.

Todd et Jodi, en plus d'être les personnages les plus antipathiques qu'il m'ait été donné de rencontrer depuis longtemps, sont aussi les moins glamours et les plus plan-plan, comprenez par là que la routine domine leur vie (enfin, surtout celle de Jodi, mais ne chipotons pas ). Et qui dit routine, dans ce roman hautement addictif (mwarf ) dit précisions. Et comme il ne se passe rien, ou presque, qui dit précision dit repas. Et oui. Et des repas, y'en a au moins 3 fois par jour. Mulitipliés par deux personnages. Et ça donne ceci (attention, c'est du lourd, vous voilà prévenus) :

- Quand les toasts sont prêts, elle les tartine de beurre et de confiture de fraise et les coupe en triangles. (soooo interesting, isn't it? Oui, je regrette de ne pas l'avoir lu en VO, vu la recherche de vocabulaire, je pense que j'aurais pu tout comprendre, et donc frimer genre "j'ai lu un roman en VO". Loupé. )

- Elle lit le journal tout en mangeant un œuf à la coque accompagné d’un toast beurré

- Il trouve le pain toasté un peu mou, mais le bacon est bien croustillant

Vous avez compris l'astuce? C'est une narration alternée, "elle " puis "lui", parfois "elle" et "lui", c'est-ti pas original, ça? Et pour nous montrer le caractère répétitif de leur existence, que fait l'auteur? Bah il se répète, évidemment!

- Il trouve une bouteille de vin  blanc ouverte, fraîche, et  à côté un plat de crackers recouverts d’huîtres fumées.

- Il sort la Stolichnaya du freezer pendant qu’elle hache du persil et dispose de minuscules crustacés sur une assiette (quel joli petit couple organisé, si c'est pas meuhgnon!)

- Ils passent à la salade, au calamar et au saumon en croûte

- Une fois avalés les trois quart de la truite et le reste de son martini, il se relève et ouvre une bouteille de vin pendant que Jodi coupe le bœuf en tranches épaisses.(bis)

- Il y a une assiette d’amuse-bouches (…) : des tranches de baguette toastées recouvertes d’une tapenade appétissante

- Elle déjeune d’un sandwich au fromage et à la roquette et d’un verre d’eau

Pré-cis on a dit. Mais attention, les repas ne sont pas là que pour nous donner des détails dont on se fout royalement et qui n'apportent rien à l'intrigue, non. La nourriture sert parfois de prétexte pour nous donner d'importantes informations sur le déroulement hautement stressant de l'histoire ( va-t-elle oui ou non acheter de l'agneau? ou du porc? oui, du porc, le porc, c'est bien) et sur le caractère excessivement pointu et fouillé  des personnages:

- Ses dents parfaites qui s’enfoncent dans le pain moelleux garni de viande

- Elle attend que le café ait fini de passer, elle mange un biscuit au beurre et en donne un au chien.

- Après avoir déjeuné de restes de légumes froids, accompagnés de mayonnaise, elle prend une douche et s’habille

L'auteur n'a peur de rien, même pas des métaphores alimentaires, travail et recherche stylistique au programme : Au lit, Jodi était aussi excitante qu’un bol de porridge froid. Rien que ca, oui oui. Et cette phrase, cette phrase, elle justifie tout, vous comprenez? Spas sa faute, à ce pauvre homme, s' il couche à tout va avec n'importe qui, s' il est tombé entre les griffes d'une sale po*fï¨sse, attendez. Un bol de porridge froid. Elle n'a que ce qu'elle mérite Jodi, après tout!

Ma citation préférée enfin, celle qui résume en une phrase l'intenable suspense et la tension toujours grandissante qui sous-tend le roman: elle s'’assoit au Starbucks pour prendre un frappuccino, se laissant suffisamment de temps pour la promenade du chien et pour préparer les côtelettes pour le dîner avant d’aller à son cours d’arrangement floral. Je commente ou vous avez compris?

Si ce n'était que ça.... Jodi est réglé comme un coucou suisse, elle accepte sans moufter l'infidélité de son mari jusqu'au jour où.... où quoi d'ailleurs? Où elle décide de ne pas décider, de se laisser influencer, mais finalement peu importe parce que le retournement de situation final dédouane tout et, tout invraissemblable qu'il soit, semble donner... ah mais non! pas de spoiler on a dit! Ok, j'enchaine alors.

Deuxième constante du roman : Todd. Todd, c'est un homme. Un homme. Et dans l'univers de l'auteur, un homme ( éloignez les enfants, s'il vous plait), c'est une bite. Absolument. Un homme, c'est un pervers, un obsédé, un être humain qui  a un pénis à la place du cerveau. Vous ne me croyez pas? Ok.

- Ses cheveux dégoulinaient d’eau et lui collait au visage, son t-shirt trempé ne laissait plus grand-chose à l’imagination. Mais même si sa poitrine était superbe (petite mais parfaite, ses tétons dressés comme des fleurons sous la pluie battante), c’est son allure qui l’avait laissé sans voix.

- Le bas de son bikini est un merveille de Lycra rouge qui moule comme une seconde peau ses hanches bien dessinées et son vallon bombé. Ses jambes forment un V étiré qui attire le regard de Todd sur son entrejambe et plus haut, jusqu’à sa poitrine.  Sa position, allongée sur le dos, étale et aplatit ses seins, déjà naturellement petits, ses tétons semblent inertes sous la chaleur, exposés telles des pièces porte-bonheur en argent (sic).

- Le col en U dévoile sa poitrine plus que d’habitude et ses seins – les tétons bien visibles – s’affirment contre le doux tissu

Vous comprenez, maintenant? Monomaniaque, le Todd, et pas qu'un peu. Un homme quoi :-)

- Il n’a pas vraiment envie d’exhiber son ardeur devant une salle pleine d’hommes nus

- (…) une voix endormie qui lui répond et provoque chez lui un sursaut de plaisir qui réveille son intimité

- Todd se lève de bonne heure. Il est allongé sur le dos, son pénis dans une main, se raccrochant aux volutes d’un rêve érotique.

Mais quel homme! Quelle virilité! Quelle force! Grr, on en mangerait (non?ok, non.)

Harrison, c'est un auteur qui a de la ressource, vous savez? Les métaphores filées, c'est son truc, la poésie aussi. La preuve? Elle faisait son entrée, une belle étrangère qui lui a tapé dans l’œil et flotté vers lui dans toute son ostentation scandaleuse, ondulant des hanches, les seins rebondissant (…) Quand elle a planté un baiser sur ses lèvres, un jardin d’espérances et de rêves a éclos dans son esprit fertile.

Mais pour avoir du succès de nos jours, il faut savoir varier les styles. Un peu de romantisme, un peu de vulgarité contenue :  (…) tout était la faute de Natasha , qui ne cachait rien ( ses flotteurs qui dépassaient  de leurs amarres, son piercing au nombril qui faisait de l’œil, sa chevelure qui descendait en cascade) et qui se tenait, cambrant les reins jusqu’à faire ressortir sa poitrine (…)

Et voilààààààààààà. Oui, voilà. Que dire de plus? Que ce roman est ma seconde daube du week-end? Que j'ai presque ri sous cape tellement c'est mauvais? Non, non, se moquer, ce n'est pas DU  TOUT dans mes habitudes.

Cette chronique est indirectement inspiré du blog http://leslecturesdececile.fr/, qui ne le sait peut-être pas mais qui m'a fait mourir de rire récemment :-)

Ah oui, le gif, pour ceux qui n'ont pas lu.

"La femme d'un homme", A. S. A. Harrison

Voilà, quoi.

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paikanne 10/04/2014 13:16

Ton billet est effectivement savoureux. Ton billet, donc :-)

Jacqueline 10/04/2014 07:48

Après avoir soupiré et levé les yeux au ciel à maintes reprises, j'ai abandonné la lecture de ce roman ....
Par contre, j'ai adoré ton billet ..... un vrai régal ...... :-)))

LaFée 10/04/2014 09:41

Quel dommage! Tu as raté LA révélation finale :-))))