La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"L'instant précis où les destins s’entremêlent", Angélique Barbérat

"L'instant précis où les destins s’entremêlent", Angélique Barbérat

" Faut-il garder ses rêves pour ne pas les écorner?"

Une tache rouge sombre sur l’oreiller, juste sous les cheveux de sa maman morte sous les coups de son mari, le père de Kyle : voilà ce que le petit garçon a vu, à cinq ans… Comment peut-on vivre après cela ? Kyle se lance à cœur perdu dans la musique, que sa mère aimait tant… Vingt ans après le crime, leader d’un groupe rock à la mode, il est célèbre dans le monde entier. Mais inapte au bonheur.
Coryn, seule fille d’une fratrie de onze enfants, est tombée dans le piège ourdi par son père pour la sortir de la misère : épouser un homme riche, « fou amoureux » d’elle. Surtout fou. D’une jalousie maladive, d’une violence inouïe, il lui fait trois enfants et la coupe du reste du monde. Tous ses rêves se sont envolés.
Comment cette star internationale et cette prisonnière pourraient-elles se rencontrer ? Un accident de voiture va pourtant les réunir un instant, celui où les destins s’entremêlent. C’est suffisant pour qu’ils se « reconnaissent » sans bien savoir pourquoi et se laissent attirer dans une toile amoureuse tissée au jour le jour, malgré l’éloignement, la peur pour elle et, pour lui, l’emprise d’un métier dévorant. Parviendront-ils à vivre ce que leurs sentiments leur inspirent
?

J'aurais aimé lire ce livre en décembre. Un décembre froid, plein de neige, où l'on rêve de se glisser sous son plaid en se goinfrant de chocolat chaud et de biscuits pour regarder ( pour la millième fois, et alors?) Coup de Foudre à Notthing Hill, Love Actually ou Pretty woman. Un décembre où brille un sapin de Noël, avec à ses pieds une montagne de cadeaux pour les enfants sages. Un décembre qui sent bon la cannelle, la dinde et un peu aussi le conifère-arbre magique, soyons honnête, mais on s'en moque. Un décembre à l'atmosphère particulière, comme tous les décembres, un peu magique, un peu féérique, un peu chamallow - bisounours - paillettes - et paix sur Terre aux hommes de bonne volonté, vous voyez? Peut-être qu'alors, je serais ressortie de cette lecture bouleversée, transportée, des étoiles plein les yeux et des papillons plein le cœur. Comme tous ceux qui l'ont lu et ont posté leur billet dans l'infini du Web. Peut-être. Ou peut-être pas. Peut-être ai-je le cœur trop dur, ou la réalité trop concrète, je ne sais pas. Oh bien sûr, j'ai dévoré le roman, je l'ai lu vite, très vite, j'avais, malgré tout, envie de connaître l'issue de ce chassé-croisé amoureux-ou-presque, de voir jusqu'où l'auteur pouvait aller. Et c'est bien là que le bât blesse, selon moi. Entre "trop loin" et "pas assez", à chaque fois, il y a maldonne. Un peu comme ceci, en fait :

"L'instant précis où les destins s’entremêlent", Angélique Barbérat

"Oh la jolie petite chose! Oh, non, ne tombe pas! Ouf! sauvée!" Ad nauséam. Et c'est bien là le souci : l'overdose de coïncidences, la surenchère de hasards, qui font que les destins se mêlent et s'entremêlent , encore, toujours, sans se soucier de la vraisemblance ou même de la force du récit. "Trop is te veel " comme on dit chez moi. Too much, vraiment. Et c'est dommage. Franchement, même si j'étais une jolie princesse qui proute des paillettes, jamais je n'aurais pu croire à ce conte de fées de temps modernes, tant tout est exagérément tiré par les cheveux, et sans raison, en plus. La brave madame du début, tout mignonne qu'elle est, on aurait pu s'en passer à la fin, franchement. Les scènes croisées dans les aéroports, idem, etc etc. Même les personnages s'y mettent, et voient des signes partout (partout, partout, par-tout) : Kyle sourit et, d'une voix qui émut Jane, ajouta qu'il n'avait jamais encore rencontré de " nana qui s'appelle Coryn, avec un Y comme dans Kyle" Si c'est pas meugnon tout plein, hein? C'est joliment dit, non?

Justement, parlons-en, du langage des personnages et de la langue tout court , tiens. Là non plus, je n'ai sans doute pas compris le choix de l'auteur : l'alternance de chapitres courts donnaient un chouette rythme à la narration, pourquoi venir la plomber avec un tel choix sémantique? Passons outre le fait que, par moment, le style frise la pauvreté la plus absolue sans raison ( putain, sur le cul, chiotte, moi je veux bien mais quand cela sert les personnages, pas sans lien avec eux!) et surtout, surtout, le ridicule, en métaphore filée s'il vous plait : vous ne verrez plus jamais un dessert de la même façon après avoir refermé ce livre, croyez-moi! Mais, sérieusement, n'aurait-on pas pu éviter les il faisait un saut pour sauter Coryn? Je suis peut-être une emmerdeuse hors compèt' du style et je-me-la-pète, mais franchement, ça m'a horripilée. Au même titre que l'araignée. Pauvre araignée, mignonne ( oui, elle aussi, l'adjectif convient bien à ce roman, en fait)  araignée, qui aurait sans doute pu devenir un élément-phare de l'histoire si elle avait été exploitée plutôt que collée ça et là dans le récit sans rien lui amener. Pourtant, sachez-le, sous mon cœur de pierre se cache une âme d'enfant, et tout de suite j'ai pensé à Abigaël, l'araignée de Tirondin, vous vous souvenez? ( non? Cliquez ici alors. J'étais pas loin d'écraser une larmichette en entendant ce texte que j'avais laissé dans la maison de mes parents il y a presque 25ans, pas vous? Mais je m'égare, je m'égare).

Quand je lis un roman, j'aime être surprise. En bien ou en mal, peu importe. Malheureusement, Angélique Barnérat a du lire les mêmes livres que moi. Et regarder les mêmes séries télé. Comment ne pas penser à Emma Bovary, gavée de lectures romantiques et se demandant Pourquoi, mon Dieu, me suis-je mariée ? en lisant toutes ces pages consacrées au dépit de Coryn lorsqu'elle se rend compte que son mariage est loin d'être l'idylle qu'elle imaginait en servant leur café aux bourrins du coin? Pire encore, l'univers musical ( les tournées, l'esprit de groupe tout ça, tout ça) de Kyle m'a rappelé point par point celui du (pourtant pas grandiose) Si je reste de Gayle Forman. La rencontre entre Kyle et Coryn m'a rappelé le moment m de La femme d'un homme, et cerise sur le (mauvais) gâteau : le final. Le final, c'est simple, c 'était un copié-collé quasi parfait d'une scène culte de la série de mes 20 ans (d'hier, donc)... que je ne citerai pas pour ne pas spoiler, mais quand même.... RIP docteur Green (oups).

Alors, oui, le thème. Ce thème que tout le monde souligne, qualifie de courageux, de nécessaire, d'important. La violence conjugale. Comme beaucoup, il me parle, il titille mon vécu, de femme, d'amie, de prof. On ne sait pas pourquoi on accepte les choses. Peut-être parce qu'elles viennent doucement. Petit à petit. Sans bruit. Peut-être parce que l'on ne s'y attend pas et qu'on ne s'en rend pas vraiment compte. Ou bien est-ce parce qu'elles sont si horribles qu' on ne peut y croire? Pour moi, la violence, c'est Fred et Marie (ici) , c'est la campagne choc made in Norvège ( ici) et oui, c'est aussi ce qui a fait mourir la maman de Kyle et ce que vit Coryn, bien sûr. Mais pas seulement. C'est plus vicieux, plus dur, plus long. Et rares sont les femmes qui ont la chance de rencontrer une star du rock pour les sortir du marasme. Autrement dit, je n'ai pas été convaincue par le traitement du thème, loin de là. Trop niais, pardon facile, trop simple. Les happy-end, ça n'arrive que dans les contes de fées, à nouveau, et ce livre en est un. Je n'y pas cru, pas une seconde, je n'ai même pas pu être soulagée tellement je trouvais les rebondissements surfaits. Et que dire du mari violent? Rien, parce que ce serait dévoiler une partie de l'intrigue, et que je ne veux pas brûler en place publique... mais quand même (bis).

Je suis vraiment désolée d'avoir écrit un tel billet, sachez-le. Ce roman était un cadeau de la maison Lafon, et j'imagine que ce n'est pas le genre de chronique qu'ils aiment lire, là-bas. Malheureusement, je ne sais pas mentir. Mais heureusement, Internet regorge de billets positifs, enthousiastes et exaltés sur ce roman qui poursuit donc son petit bonhomme de chemin sans moi, mais avec tous les autres :-)

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paikanne 28/04/2014 17:43

C'est toujours un régal de lire tes billets, que tu aimes aimé le livre... ou pas ;-)

LaFée 01/05/2014 20:34

merci :-)

Jacqueline 28/04/2014 15:56

Voilà un roman que je ne tenterai pas ..... Rien qu'à lire ce que tu en dis, j'ai soupiré et levé les yeux au ciel à plusieurs reprises ..... Donc, je sais que cette lecture n'est pas pour moi ... :-)

LaFée 17/05/2014 13:08

Je suis ravie de te voir aussi sans cœur que moi ;-)

Jacqueline 17/05/2014 10:39

Finalement, vu le nombre de personnes séduites, je l'ai lu ...... Dieu, quel ennui ...... Rien ne m'a plu dans ce roman .... d'ailleurs j'ai survolé le dernier tiers juste pour connaître la fin ...

LaFée 01/05/2014 20:34

D'autres vont peut-être réussir te tenter....

Alice 27/04/2014 23:16

Je n'avais même pas remarqué la magnifique figure de style que tu soulignes (il faisait un saut pour sauter Coryn mouhahaha!! allitération?)
Quant à la fin je ne m'en souviens plus très bien mais ce n'est pas un livre que j'ai détesté...

LaFée 01/05/2014 20:34

Moi non plus, c'est juste que je ne comprends pas pourquoi tout le monde crie au chef-d'oeuvre.....

Delphine-Olympe 27/04/2014 22:34

Suite à la chronique plus que dithyrambique de Gérard Collard, j'ai un instant failli acheter ce livre... Heureusement visiblement, quelque chose m'a retenue au moment de passer en caisse (et j'ai finalement opté pour un polar historique). Compte tenu de tous tes arguments, je pense en effet que j'aurais eu le sentiment d'être menée en bateau, ce qui est toujours très désagréable... J'espère que ta prochaine lecture te séduiras davantage !

LaFée 01/05/2014 20:33

La suivante fut un succès :-)