La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"Germain dans le métro", Vincent Maston

"Germain dans le métro", Vincent Maston

" Je cours vers la station de métro, m'engouffre à l'intérieur. J' y retrouve cette odeur unique, mélange de sueur, d'urine, de détergents. Cette odeur si particulière que tout Parisien reconnait entre mille. Elle ne me dérange pas, elle me manquerait même si elle venait à disparaitre. Elle fait partie du métro, de mon métro. Je valide ma carte d'abonnement au tourniquet et arrive enfin sur le quai. Il est bondé. Je pourrais presque en pleurer de joie".

Ce livre est un bonbon. Ou une chique, une boule, appelez-ca comme vous voulez. Un bonbon, sucré, un peu trop peut-être, régressif et doux, un peu écœurant, qui colle aux dents et qui vous laisse en bouche un goût de trop peu. Oh bien sûr, on peut lui trouver les défauts de ses qualités, mais il ne faut pas bouder son plaisir. Ce roman est comme une petite bulle de bonheur et de bonhomie , et parfois, c'est juste jubilatoire de devenir un

"Germain dans le métro", Vincent Maston

Quoi? Le bonheur c'est surfait? Et alors? La couverture et le billet de Cajou m'avaient tapé dans l'œil, la quatrième a fini de me convaincre, et je ne regrette pas cette jolie parenthèse.

Germain a tout pour lui : timide, spécialiste de musiques obscures que personne ne connaît, grand amateur de concerts, bègue flanqué de l'orthophoniste la moins efficace de Paris, amoureux transi de cette même effroyable orthophoniste.
Pour surmonter tant de handicaps, une seule oasis : le métro. Mieux que ses séances d'orthophonie hebdomadaires, le réseau souterrain (ses couloirs, ses quais pittoresques, ses charmants autochtones) se transforme pour lui en véritable exutoire. Le voilà super héros, redresseur de torts, justicier des temps modernes.
C'est au hasard d'un trajet qu'il croise une fille aussi douée que lui pour faire trébucher les passagers. Ainsi donc, il n'est pas le seul ! Sont-ils nombreux à pratiquer ? Se pourrait-il qu'il existe des bandes organisées ?
Mais dans le métro comme sur un ring, on ne peut pas bousculer les autres sans risquer de prendre des c
oups.

La grande réussite de ce roman, ce sont ses personnages : simples, attachants, louffoques, tendres. Peu crédibles? C'est vrai, comme la plupart des ficelles de ce roman, mais ce n'est pas là l'important. Germain en redresseur de torts, en superhéros de la caisse du supermarché hight-tech, j'ai adoré. Il peut être drôle, souvent ( mention spéciale à la pancarte Bonjour, je m'appelle Germain et je suis muet, merci de votre compréhension qui m'a beaucoup fait rire) mais aussi touchant, parfois, un peu balourd, un peu perdu, presque émouvant dans son incapacité à déclarer sa flamme à la belle Clotide. Germain, c'est le copain qu'on a tous eu un jour, l'ami fidèle, le mec un peu étrange mais qu'on aime bien quand même. Si Germain m'a plu, j'ai encore plus aimé le personnage complètement déjanté de Violaine, qui commande un plat sans olives, sans poisson mais avec au moins un ingrédient vert, qui est aussi agréable à fréquenter qu’un engin de torture mais qui va se révéler au cours du récit, comme tous les autres personnages, d'ailleurs, comme le papa de Germain, un gros nounours court sur pattes qui cache bien son jeu et qui m'a fichu la larmichette à l'oeil.

La surprise, malgré tout, voilà ce qui m'a aussi beaucoup plu dans ce roman. Autant la première "partie" de l'intrigue était cousue de fil blanc, autant les suivantes étaient étonnantes. D'un joli petit roman rose bonbon on passe à une enquête de police, stressante et perturbante, avec un dénouement étonnant. Finalement, tout n'est pas noir ou blanc (ou rose) dans ce roman, chacun a ses zones d'ombres, ses secrets, ses failles. Comme nous, à nouveau.

La narration, à la première personne la plupart du temps, prend parfois son envol dans de jolis chapitres en "nous", emprunts de poésie. Nous montons toujours dans le métro, et nous en descendons toujours. Rien n'a changé cela et rien ne le changera jamais. Plus encore, ce "nous" donne à voir la multitude de visages sans nom, sans histoire, croisés, au détour d'une rame, vite oubliés et pourtant.... La solitude des grandes villes, à peine ébauchée et pourtant très forte. Alors, Germain leur invente un prénom, un but, une histoire... Emilie nous rejoint à Colonel-Fabien, puis nous quitte à Pigalle. Maxime entre à Odéon.Bernard a fini d'épousseter son pantalon et nous abandonne à Saint-Lazare.

Si bémol il devait y avoir, ce serait vraiment au niveau des interventions dans le métro. Germain choisissait ses cibles avec soin, il "punissait" ceux qui avaient pêché ( l'ado qui laisse son sac sur une banquette alors qu'une femme enceinte est debout à ses pieds, le gros lourd accroché à son portable et qui hurle à sa femme de passer au pressing...), ça restait bon enfant, et finalement, "ils l'avaient bien cherché". Lorsque la bande s'en prend à des inconnus qui ont eu la malchance de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment, c'est autre chose. C'est mon côté "mère-la-morale" sans doute, mais cet aspect des choses m'a dérangée : de rigolotte, la situation devenait presque malsaine. Mais comme l'auteur est un chouette type, il a résolu le problème. Comment? Chronique garantie sans spoiler, messieurs dames!

Je vous invite donc à prendre le métro, à vous laisser guider par Germain et ses amis, parce que, ne l'oubliez pas, le bonheur, parfois, c'est tout simple, comme un bonbon  que l'on laisse fondre dans sa bouche sans se soucier qu'il finisse dans nos fesses!  Enjoy!

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Cajou 13/04/2014 11:26

J'avais bien apprécié mais ton billet me laisse penser que tu as encore plus aimé que moi ! J'ai envoyé le lien de ton billet à l'auteur :)

Cécile 13/04/2014 09:35

Je le note (comme si je n'en avais pas déjà assez...)

Denis 12/04/2014 23:08

Merci pour ce voyage en métro