La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"Apnée noire", Claire Favan

"Apnée noire", Claire Favan

"Plongée

Apnée

Décompression

Surface "

Avant-propos : ma maison est remplie d'amulettes, de dream catchers, de vierges de Lourdes mit eau bénite dedans et mon panier à légumes déborde de gousses d'ail. Les fans de Claire Favan, pas la peine donc de coudre une poupée vaudou à mon effigie ou d'essayer de m'envoyer toutes vos mauvaises ondes, c'est peine perdue. Je ne ferai pas partie de votre secte, à mon grand dam, d'ailleurs, sachez-le. J'étais comme une enfant, avant de commencer le roman, tant les avis à son sujets étaient unanimement positifs. Pire encore : tous mes dealers préférés d'adrénaline sur la Blogo répétaient en boucle que ce thriller était l'événement de l'année. Que nenni, pas pour moi, loin de là.... Je ne me suis pas ennuyée, non, j'ai juste eu l'impression de regarder une rediffusion d'un vieil épisode d' Esprits criminels, le sexy Spencer Reid (clic) en moins ( ce qui fait toute la différence, avouez-le).

Que nous dit la quatrième de couverture? Vêtue d'un pyjama en satin écru, la jeune femme repose dans une baignoire remplie, en position de foetus inversé. Ses mains et ses chevilles sont étroitement liées derrière son dos et elle flotte encore avec un soupçon de grâce". A Columbia, sur la côte est des Etats-Unis, c'est la scène macabre que découvre le lieutenant Sandino. Officier intègre, c'est aussi un homme brisé depuis la disparition de sa famille. Pour mener cette enquête, il doit collaborer avec Megan Halliwell, l'agent du FBI qui a permis l'année précédente l'arrestation de Vernon Chester, un tueur psychopathe qui vient d'être exécuté. Très vite pourtant, il apparaît que ce dernier meurtre présente des ressemblances troublantes avec les crimes commis par Chester. Comment est-ce possible ?

Bien. Pour être tout à fait honnête, j'ai déjà eu beaucoup de mal à rentrer dans l'histoire. La table des matières m'avait mis l'eau à la bouche, le découpage me semblait original et innovant, et pourtant.... D'abord, c'est la faute à mon côté psycho-rigide-prof-de-français-coincée (sans doute) : la langue m'a, au mieux, fait lever les yeux au ciel, au pire donné envie de sortir mon bic rouge. Les accords tendancieux m'ont fait grincer des dents, mais le style général m'a fait lever les yeux au ciel. Franchement, mélanger les niveaux de langue à ce point, ça dessert le récit et ca rend les personnages presque ridicules: ils se gaussent en se tapant les côtes? Alors que quelques pages plus loin le mec se gerbe dessus (sic) et arrive au commissariat empestant le vomi? Allez, quoi! Crédibilité zéro. Et pire encore, lorsque nos héros tentent un vague rapprochement corporel, ou tout du moins une tentative d'approche lourdasse au possible, ça donne ceci : il n'y a plus rien d'autre dans son esprit que ses lèvres contre les siennes et l'envie qui le consume. Elle enroule ses jambes autour de sa taille. Il la dépose en hauteur pour libérer ses mains qu'il glisse dans ses cheveux. Leurs bouches sont soudées. Harlequin power! Mais parfois, c'est encore plus ridicule : Il découvre qu'il a juché sa conquête sur la stèle de sa femme. Oh pitié, quoi.... Il fait ce qu'il peut, voyons, il cherche, le pauvre veuf, il cherche  le système antigel de la demoiselle.  Mais je m'égare, je voulais vous expliquer pourquoi le début ne m'avait pas emportée. Vous avez vu Dead man walking? Moi oui, plein de fois. Et je parie que Claire Favan aussi, parce que sa scène d'ouverture (une fois le prologue expédié, aucun intérêt, procédé éculé s'il en est, bref) ressemble à s'y méprendre à l'exécution de Matthew Poncelet, et, du coup, bah, j'ai eu du mal à me défaire de l'image de Sean Penn (clic again). Vernon Chester, le vilain condamné à mort de Favan, m'a semblé bien fadasse, et bien cliché aussi, j'ai presque ricané en lisant sa menace envers Megan, parce que je voyais en sous-titre, en rouge et clignotant : "je te file de quoi nourrir ta prochaine enquête et te prendre la tête, b*tch qui m'a mené dans le couloir de la mort". Ce qui n'a pas manqué, évidemment, et c'est la seconde raison pour laquelle je me suis dit un certain nombre de fois

"Apnée noire", Claire Favan

Une hypothèse ésotérique? Un tueur réincarné dans l'enquêteur-épave chargé de l'enquête? Non, mais allô, quoi! Sérieusement, on ne peut pas tout mélanger, au risque de décrédibiliser l'ensemble, ce qui était le cas ici. Aucun lecteur aguerri ne pouvait tomber dans le piège, et même le néophyte lecteur de thriller a dû voir venir l'affaire. Crédibilité zéro, bis. Try again, baby!

Le spoiler est notre ennemi, je ne parlerai donc de la fin qu'à mots couverts, mais quand même.... 3 révélations finales, c'est impressionnant, franchement. Sauf que... une tombe comme un cheveu sur la soupe, et les deux autres sont sur-utilisées dans les thrillers. Vous me direz, et alors? Alors, dans le cas présent, on voit venir la double chute grosse comme une maison. En fait non, on n'a même pas à voir venir, puisque les personnages eux-mêmes nous donnent les réponses aux questions sans même que l'on doive les poser. Jamais je n'ai lu autant de témoins-clés se livrer de la sorte. Hop, ils sortent d'un chapeau, hop, un coup de fil, hop une révélation. Voire deux ou trois, tant qu'à faire. Crédibilité zéro (mais je l'ai déjà dit, non?).

Donc, résumons. Le début est bancal et a un goût de déjà-vu, l'intrigue vire dans le n'importe-quoi, que reste-t-il? Les personnages? Loupé. Et merde. Un enquêteur brisé par la vie, alcoolique, au bord du gouffre, voilà qui a déjà été utilisé des centaines de fois, mais c'est aussi une des constantes/ marques de fabrique du thriller ; ça aurait pu fonctionner, donc. Mais celui-ci, celui-ci, comment dire? Il est tellement has been, tellement too much, tellement WTF ( c'était la minute USA, en accord avec le roman, na). Et il est flanqué d'une nana du FBI qui ferait rougir de honte Clarice Starling, à qui elle est pourtant comparée (tiens, on a les mêmes références, Claire Favan et moi!). Outre le caractère stéréotypé des héros, j'ai vraiment été gênée par le non-sens de leurs relations, à fortiori par celle imposée par le chef-ami de Sandino qui le pousse à mener une enquête complètement hors de propos dans le cadre présent (hop hop hop je reste vague, je ne dévoile rien, vive moi!)

Alors oui. les crimes perpétrés sont de belle envergure, avec une jolie (mais éculée, bis, ou ter, je ne sais plus) symbolique et mise en scène. On a quand même envie d'avancer dans la lecture, pour valider nos hypothèses et voir si l'auteur va nous emmener hors des sentiers battus. Le hic, c'est que de la première à la dernière (et quelle dernière! je me suis demandé si on allait nous épargner un final larmoyant, et bien, non!) ligne, on n'en sort pas, de ces sentiers-là, et c'est bien dommage. Ce sera le mot de la fin, balancez les tomates!

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Black Kat 17/04/2014 11:44

Excellente chronique et tout à fait d'accord! Je me sens moins seule au milieu de toutes ces chroniques dithyrambiques... je me flagellais à l'idée que j'avais commis l'erreur de lire ses 3 romans d'affilée... Me voilà rassurée! Merci!

Lafée 17/04/2014 12:07

Je n'ai pas lu les deux autres, je ne peux donc même pas comparer:-)

paikanne 17/04/2014 10:20

Je passerai mon tour...

Jacqueline 17/04/2014 08:44

J'ai terminé la lecture de ce roman hier soir en m'interrogeant sur les raisons d'un tel succès ....et en me réjouissant de lire ton billet ..... billet qui comble mes attentes et mon ressenti !
Combien de fois n'ai-je pas levé les yeux au ciel ..... trop, c'est trop .... Invraisemblable, stéréotypé, frisant parfois - euphémisme - le ridicule ....
Ce n'est donc pas moi qui te jetterai des tomates ... :-)))

LaFée 17/04/2014 08:50

Dans mes bras!

sophie 17/04/2014 07:15

lu mais pas chroniqué parce que pas fini , je n'ai pas accroché du tout

Cajou 16/04/2014 23:17

hahaha punaise :p
Bon je suis réellement soulagée de ne pas avoir dépenser mon argent dans ce roman. A cause de tous les problèmes ue tu cites. Mais le premier est carrément rédhibitoire (le "ils se gaussent en se tapant les côtes?" + "le mec se gerbe dessus" (sic))... je déteste ça ! Puis comme j'ai regardé Dead Man Walking au moins autant que toi en classe, ça risque de me faire le coup aussi :p
Puis last but not least : un gif animé d'Amélie, LOL, WTF :p :p (et pourquoi t'as mis Spencer avec une pomme en bouche ? :p )

LaFée 16/04/2014 23:18

C est l unique résultat que donne Google pour Spencer+ sexy :-)

Cajou 16/04/2014 23:18

avoir dépensé* (pfff)
que tu cites*
(OOps)

Fabe 16/04/2014 22:56

Deuxième avis négatif sur ce livre, mais ici hyper bien argumenté ! je retiens. Merci.

LaFée 16/04/2014 23:23

Merci ( mon commentaire ne passe pas je soupçonne mon blog de me censurer, là...)

argali 16/04/2014 22:50

Je n'ai jamais lu cette auteure mais tu ne me donnes pas très envie de la découvrir. Par contre, ton billet est très chouette car tu déconstruis intelligemment le récit en expliquant pourquoi tu n'as pas aimé. Question de goût, certes, mais au moins tu argumentes. Et bien.

Lafée 16/04/2014 22:54

Comme on disait lundi, casser pour casser, c'est nul :-) Autant expliquer, alors:-)