La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"Miséricorde", "Délivrance", "Profanation", "Dossier 64" J. Adler-Olsen

"Miséricorde", "Délivrance", "Profanation", "Dossier 64" J. Adler-Olsen

" Il y a quelque chose de pourri dans le royaume du Danemark" Shakespeare.

Attention chers lecteurs! Vous vous souvenez de cette fameuse publicité Kinder : "3 choses en une, les enfants, mais ce n'est pas possible"? ( ici) ; Et bien, rien que pour vos yeux émerveillés, La Fée va faire encore plus fort : le billet "4 romans en 1 chronique". TADAAAAAAAAAAAAAAAAAM. Roulements de tambour. Musique d'ambiance. C'est que, voyez-vous, je souffre de TOC (littéraires, j'entends, dans la "vraie vie" tout va bien, merci!) : je ne lis jamais deux livres à la fois, je ne corne pas les coins (sacrilège !), je classe mes romans par ordre alphabétique et je ne dors pas la nuit si je sais que l'un d'entre eux n'est pas au bon endroit, et quand j'aime une saga, je ne peux pas m'empêcher d'en lire tous les épisodes d'affilée, ce qui fut le cas des enquêtes du département V. Vous pourriez me rétorquer que la série compte 11 épisodes,en tout cas sur papier, c'est écrit partout sur le Sacro-Saint Internet. En effet, cher-et-bien-aimé-lecteur-attentif, mais voilà, je dois vous avouer quelque chose : Jussi Adler-Olsen est danois. Et donc, il écrit en danois. Et moi, je ne lis pas le danois. C'est ballot, hein? Du coup, je suis à jour (nananananèreuh) dans ma lecture, puisque le tome suivant est en cours de traduction. Je peux donc faire ce billet le cœur tranquille.

Les enquêtes du département V, c'est un savant mélange de Cold Case et de Derrick au Danemark. Vous l'avez compris, ces romans se dégustent comme des épisodes de série télé, avec leurs personnages récurrents hauts en couleur et leurs enquêtes qui peuvent se suivre indépendamment les unes des autres. Pas de prise de tête, pas de réflexion, pas de construction alambiquée ou de langue archi travaillée, juste un bon moment, qui nous tient éveillé tard dans la nuit mais qui ne nous empêche pas de dormir. Cold case, parce que comme dans la série éponyme, les enquêteurs se penchent sur de vieilles affaires non résolues, sorties tout droit de l'histoire judiciaire et dans lesquelles apparait en filigrane l'Histoire avec un grand H. Et Derrick me direz-vous? Derrick, c 'est évidemment ce formidable générique ( oui, ce billet est un billet de vieille, avec des références de vieilles, la preuve), mais c'est surtout l'improbable duo composé de l'inspecteur Stefan Derrick et de son adjoint Harry Klein qui résolvent des affaires policières dans la ville de Munich. Remplacez Munich par Copenhague, Derrick par Carl Morck ( mon clavier ne prend pas en charge les étranges signes danois, scusez-moi), Harry par Assad, et vous avez une parfaite réactualisation de la série allemande. Parce que oui, comme dans Derrick, ce qui surprend le plus à la première lecture, c'est la lenteur. Les romans de Jussi Adler-Olsen, ce ne sont pas des thrillers haletants sans temps morts : pas de suspense ou si peu, pas d'hémoglobine qui gicle ni de coups de feu qui résonnent à tout bout de champ. On prend son temps. Trop dans le premier épisode qui met en scène tout la création du département V et qui ne fait véritablement démarrer l'intrigue que dans la seconde moitié du roman, moins dans la suite, mais tout de même : c'est lent.

L'auteur prend son temps, et nous aussi, ce qui nous permet de découvrir les personnages, que l'on voit évoluer, changer, mais aussi simplement vivre, et c'est cette lenteur qui, selon moi, fait de la saga une réussite : comme dans une série télévisée, on s'attache aux héros, il ont une réelle présence, ils existent d'une certaine façon dans notre imagination et on a envie de les retrouver. Il y a Carl Morck, évidemment, le responsable du département, un flic de facture classique, un peu gauche, un peu mou, qui se dépatouille comme il peut avec une ex-femme toquée, un beau-fils ado en pleine crise, une hypothétique future maitresse psy pas commode, un colloc gay et qui porte sur ses épaules le poids d'une fusillade qui a tourné au drame puisque son meilleur ami se retrouve paraplégique. On a connu plus léger, n'est-ce pas? Au fil des épisodes, Morck prend du coffre, il s'étoffe autant qu'il s'affine, il s'attache aux autres membres de son équipe et nous pousse à faire de même. Son équipe (même si le terme est loin d'être adéquat dans le cas de ce trio improbable) c'est l'énigmatique Hafez el Assad, sorti d'on ne sait trop où ( de Syrie nous dit-on, mais le lecteur a tôt fait de mettre en doute cette information : on ne nous la fait pas, à nous!), étrange petit buveur de thé qui nous réserve bien des surprises ( vous voyez comme je fais de gros efforts pour ne pas spoiler, hein, dites?) et qui sera rejoint par Rose , exacte antithèse de son prénom, enfin, dans un premier temps seulement....

Cette équipe de bras cassés est donc chargée de résoudre des anciennes affaires oubliées, et comme je suis bon public, chacune d'entre elles m'a plu. La structure de chaque tome suit une mécanique bien huilée, répétitive mais efficace : une alternance de narrateur et d'époque, qui nous fait progresser à la fois dans l'enquête et dans la compréhension de celle-ci : on suit les victimes ( ou les coupables, mais chuuuut pas de spoiler, on a dit), on analyse le passé pour mieux comprendre le présent. Et à chaque fois, Adler-Olsen fait mouche, avec plus ou moins de finesse. La vengeance et la séquestration ( Miséricorde), le pouvoir, la corruption, la violence et la loi du plus fort sous fond de misère sociale (Profanation), les sectes et leurs effrayantes dérives ( Délivrance), l'eugénisme, l'internement forcé, la manipulation mentale ( Dossier 64), autant de thèmes abordés dans ces courts chapitres qui effleurent également certains éléments de l'Histoire danoise qui n'a rien à envier à celle du pays de Derrick : les passages sur l' île de Sprögo, le traitement réservé aux femmes, la sérilisation et les avortements forcés m'ont glaçé le sang.

Note pour moi-même, donc : ne pas s'arrêter à des détails insignifiants comme le nom de l'auteur, j'ai failli manquer de très chouettes moments de lecture parce que chaque fois que je lisais Adler-Olsen, je pensais à (cliquez si vous voulez vous moquer!)  ... Ne me cherchez pas, je suis déjà dehors.

 

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Lystig 06/04/2014 09:57

en VO : département Q !
et si je parle un peu danois, rassure-toi, moi aussi je le lis en français !!!!

LaFée 07/04/2014 14:13

C'est une drôle de langue, on dirait :-)

Jacqueline 26/03/2014 08:24

Un petit régal, ton billet .... :-)
"Miséricorde" se trouve dans ma Pal ..... et va très vite en sortir ... :-)))

LaFée 07/04/2014 14:14

Chouette!

Cajou 25/03/2014 20:55

Et bien, La Fée, me voilà convaincue de lire cette série, mais comme j'aime me les enfiler comme toi, je vais garder ça pour juillet, rien de tel que commencer les vacances par une série poilicière, et qui plus est avec une équipe de bras cassés !
Cajou

LaFée 07/04/2014 14:14

Les grandes ou celles-ci?

gruz 25/03/2014 21:10

oh oui ne rate pas ça, Cajou ;-)

gruz 25/03/2014 20:51

Comment est-ce possible ?? tu ne parles pas danois couramment ? ;-)
Je ne vais donc pas citer le nom de cet auteur si ça te fait penser à autre chose, en tout cas moi j'adore ce mec

LaFée 07/04/2014 14:14

T'es déçu, hein?