La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"L'île des ombres" Lisa Unger

"L'île des ombres" Lisa Unger

" Emily savait que les gens faisaient des choix. (...) Et tous ces choix se nouaient et s'enroulaient les uns aux autres, s'entremêlaient et s'influençaient mutuellement. Et la pelote de ficelles qui en résultait? Et bien, c'était votre vie"

J'ai toujours aimé les îles (Vous voulez une soundtrack? cadeau). Ces petites terres battues par les flots, ces vastes étendues inaccessibles autrement qu'en bateau, plus elles sont petites, plus elles me plaisent. Mes meilleurs souvenirs de voyage sont d'ailleurs une journée passée sur une minuscule île écossaise, déserte, ou sur un îlot accessible uniquement à marée basse, au départ de Guernesey. Sur papier, ce roman avait tout pour me plaire : les précédents titres de l'auteur m'avaient fait passer un bon moment, le résumé était séduisant, et le personnage principal me semblait être l'île-même du titre, à savoir Heart Island, une île des Adirondacks qui semblait recéler une sombre histoire. Vous connaissez les Adirondacks? Et bien, c'est ceci:

"L'île des ombres" Lisa Unger

Voilà qui donne envie non? qui plante le décor.... j'en frissonnais d'avance. Et j'en suis ressortie non pas déçue, mais pas franchement emballée non plus.

L'île des ombres raconte le destin entremêlé de femmes : Birdie, une vieille bonne femme acariâtre antipathique à souhait, à qui appartient l'île, héritage familial. Elle est tellement désagréable que son propre mari la déteste et l'abandonne le plus souvent possible sur ce qu'il appelle son territoire. Chaque année, elle invite oblige ses enfants et leur famille à venir la rejoindre sur Heart Island ; cette année, enfin, son fils se rebelle, mais sa fille, Kate, n'ose pas : la voilà donc partie avec sa propre fille Chelsea et la meilleure amie de celle-ci, Lulu, pour un séjour qui s'annonce plus mouvementé que de coutume. Emily, enfin, vient clore le panel des personnages féminins de ce roman : serveuse dans un bar, en couple avec un minable petit drogué qu'elle aime plus que tout, elle se voit embarquée malgré elle dans une histoire qui la dépasse.... Ces femmes vont se croiser, se rejoindre, leurs histoires vont se rapprocher, se mêler, pour se fondre dans un chapitre final de haut vol, qui peine malheureusement à rattraper les longueurs des précédents.

Voilà en effet le plus gros reproche que l'on peut adresser à Lisa Unger ; elle prend son temps. Et parfois, elle prend TROP son temps, et on s'ennuie un peu.

Oui, un peu comme ca.

"L'île des ombres" Lisa Unger

Dans Les Voix du crépuscule, notamment, l'intrigue mettait aussi du temps à se construire, mais il m'avait semblé moins long (le temps. Vous suivez toujours? Pardon, hein, mais chuis sous codéïne alors parfois j'ai dur comme on dit chez moi). Avant de découvrir où l'auteur veut en venir, il nous faut attendre longtemps, donc (mais vous l'aviez sans doute déjà compris ça) et on tue (le temps) en faisant connaissance petit à petit avec  les personnages du roman, un à un, ou plutôt deux à deux, dans leur univers personnel qui n'est pas encore ( ou pas tout à fait, ou pas du tout) bouleversé par l'île. Kate est celle qui m'a le plus touchée : femme amoureuse, mère de famille débordée, fille surtout, la fille d'une mère pas vraiment maternelle, qui semble l'agacer autant que l'émouvoir, Et cet ersatz de mère, Birdie, dont on se dit que quelque chose a dû bouleverser sa vie pour la rendre si froide, si dure, si distante.... C'est la découverte de son passé qui va lui sauter en pleine face qui rend le roman touchant, c'est la façon dont mère et fille vont se rapprocher, sans pour autant se pardonner, sans pour autant tomber dans le happy end dégoulinant de bons sentiments qui rend le texte juste dans ses portraits de femmes. Les relations qui les unissent, toutes, au-delà des générations et des liens du sang, sont faites de non-dits, de zones d'ombre, de secrets. L'atmosphère est lourde, comme le ciel de l'île, pesante, angoissante. C'est l'analyse des caractères et des rapports humains qui rend ce roman passionnant, par moments, et qui nous sauve de l'ennui.

Ce qui traine, c'est l'arrivée de l'intrigue à proprement parler, celle qui est dans la promesse du genre: c'est un thriller que diable, alors où est le suspense, bord*l? Il arrive, il arrive. Petitement, furtivement, doucement, trop doucement. Et honnêtement, il ne casse pas trois pattes à un canard. Une vague histoire de fantômes (ben oui, sur une île..), un rocambolesque concours de circonstances et les éléments qui se déchainent.... Too much, quoi, Lisa!

Et L'Ile, l'île me direz-vous? Elle porte très mal son nom (kitch au possible), cette île. Mais quel endroit! Parfait pour mettre en scène ce huis-clos familial (ou presque), au coeur-même de l'histoire, puisque Birdie nous le dit: pour chacun d' entre nous , l'île était une fiction intime. Nous écrivions tous une histoire la concernant dans notre tête. Et donc, elle appartenait à chacun d'entre nous, mais d'une manière différente.C'est pourquoi, quand vint le moment de la partager, nous ne pouvions nous y résoudre. Chacun de nous s'imaginait qu'un jour Heart Island serait à lui et à lui seul...

Et donc, en bref, pour ceux qui sautent directement à la fin du blabla : un bon petit roman sur les relations humaines, qui se passe dans un joli petit coin de paradis mais qui ne tient malheureusement pas toutes ses promesses.

Et un immense merci à la meilleure des meilleurs, Plume de Cajou , qui m'a expliqué comment justifier un texte sur cette saloperie de merveilleuse plateforme Overblog et qui a ainsi mis fin à des heures et des heures (j'exagère si je veux) de prises de tête . Gloire à toi, ô Cajou!

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Delphine-Olympe 14/03/2014 21:04

Bon, on ne peut pas dire que ça donne envie de lire le livre... mais le billet est plaisant !

Jacqueline 14/03/2014 10:50

Un billet mitigé ....lu avec beaucoup de plaisir ...... et un roman qui me tente quand même ... :-)

Denis 14/03/2014 10:21

Pas d'urgence à se jeter dessus.