La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"Des noeuds d'acier" Sandrine Collette

"Des noeuds d'acier" Sandrine Collette

"Il m'a souri (...). Il a dit : "Bienvenue en enfer".

Du premier roman de l 'auteur, voilà ce que nous apprend la quatrième de couverture: "L’univers de la prison n’a pas réussi à le briser. Deux vieux retirés du monde vont-ils y parvenir ? Théo Béranger sort de prison. Dix-neuf mois de rapports humains violents et âpres, qu’il a passés concentré sur un seul objectif : sa libération. Son errance le mène au fin fond de la France, dans une région semi-montagneuse couverte d’une forêt noire et dense. Là, kidnappé par deux frères déments, il va replonger en enfer. Un huis clos implacable, où la tension devient insoutenable."

Des nœuds d'acier. Dans le ventre d'abord, avec cette pression qui monte crescendo, l'horreur que l'on sent tapie dans l'ombre, pas très loin, qui nous prend aux tripes et distille l'angoisse: et si, en tournant la page... Dans le cœur, ensuite, quand on comprend en même temps que le personnage dans quel guet-apens il est tombé (moi aussi, je l'avoue: je n'avais rien vu venir) mais aussi et surtout au fil des mots, peu nombreux, et des échanges, tout aussi ténus, entre Théo et son compagnon d'infortune, mais aussi entre les deux vieux-là, complètement tordus et pourtant.... Dans la gorge enfin, terrifiants, étouffants, comme cette scène finale qui vous glace le sang et déborde d'une violence aussi insoutenable qu'inhumaine. Rarement un roman n' a aussi bien porté son titre.

Le plus grand talent de Sandrine Collette, c'est sa plume: acérée, rapide, précise. Pas de fioritures , elle va droit au but, tout le temps; elle fait mouche, à chaque fois. Et c'est d'autant plus impressionnant que c'est une narration à la première personne que nous donne à lire l'auteur, entourée il est vrai par un récit-cadre à mon sens inutile qui nous raconte qu'un "elle" , inconnu mais médecin, s'est retrouvée en possession du journal de Théo et que ce qui va suivre n'est que la transcription de ces feuillets. Procédé obsolète ( ce qui faisait recette au 19ème ne fonctionne plus vraiment de nos jours, c'est bien connu), artificiel et complètement hors de propos, mais sur lequel on passe très vite tant on est happé par le récit de Théo, ce vilain garçon pas très sympathique parti en montagne pour se nettoyer l'âme jour après jour, très lentement (...) cracher ses peurs et ses idées noires dans les ravins.

C'est une plongée dans la noirceur et la démence de la plus laide des âmes humaines, ce roman, mais finalement le plus laid n'est peut-être pas celui que l'on croit. Sandrine Collette a l'intelligence de ne pas nous livrer un énième roman noir manichéen, un thriller qui pourrait être épatant de part sa construction mais simpliste au niveau du fond. Ici, tout est nuance, subtilité et pertinence. Livré à la folie de deux frères qui veulent faire de lui leur chien, au sens littéral du terme, Théo revient de l'enfer (celui de la prison) pour mieux y replonger. Mais entre ces vieillards tortionnaires et tordus jusqu'au plus profond de leur être et leurs victimes (parce que oui, Théo n'est pas tout seul là-haut, je vous laisse la surprise...) se met en place un huis-clos, malsain, déstabilisant, dans lequel des étincelles d'humanité perceront parfois mais dont la méchanceté et la perfidie frisent souvent l'insoutenable. Aussi incroyable que cela puise paraître, le lecteur est happé dès les premières lignes, et il avance, tête baissée, dans l' insupportable, avide de connaitre l'inévitable.

Des nœuds d'acier, c'est une pleine réussite, un premier roman dérangeant, violent, poignant. Mention toute particulière à la chanson de Théo qui est une de mes préférées du grand Jacques et que je vous mets ici en bonus, étrange bande-son pour un étrange roman....

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

Lylou 14/03/2014 08:54

J'avais aimé cette lecture, bien cruelle, démente, bien ficelée.

Jacqueline 08/03/2014 21:28

Ton billet me laisse perplexe : ce roman est-il "fait pour moi" ? Question que je me pose tant le terme "cruauté" s'est imposé à mon esprit à la lecture de ton commentaire ...

LaFée 24/03/2014 18:51

Je suis ravie de lire ça, Jacqueline:-)

Jacqueline 24/03/2014 18:42

Je l'ai lu ..... et ton billet reflète tout à fait mon ressenti ......:-)

LaFée 08/03/2014 22:32

C est cruel c est vrai mais très très bien fichu!

gruz 08/03/2014 16:44

belle chronique Sophie (comme à ton habitude) et tout à fait en phase avec mon ressenti ;-)

LaFée 08/03/2014 22:31

Merci!