La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"Qui?" Jacques Expert

"Qui?" Jacques Expert

"Le grand Chêne était un lotissement paisible (...) un quartier sans histoire, dont la vie fut bouleversée à jamais avec ce drame survenu le 14 mars 1994. Il en porte encore les stigmates".

Carpentras, 1994. Un joli lotissement sans histoire (le Wisteria Lane français, version populaire, en moins glamour quoi^^). Une enfant sauvagement assassinée. Une tranquillité à jamais disparue. 2013. Une émission de télévision. 4 hommes, 4 époux, 4 pères de famille devant leur écran. Parmi eux, le coupable. Mais Qui?

Allez savoir pourquoi, ma lecture a été ponctuée de réminiscences télévisuelles des années 90, avec, en bruit de fond, ceci

C'est en effet ce que nous propose l'auteur: une (longue) partie de "Qui est-ce?, version " Qui est le coupable?". 4 hommes sont encore dans la course quand débute le roman. 4 hommes, chacun père de deux enfants, chacun marié à une femme qui semble subir ses sautes d'humeur, chacun amateur de whisky, chacun ayant quelque chose sur la conscience, et un lien avec l'enfant disparue presque 20 ans plus tôt. L'instituteur, le tonton, le voisin, l'ami de la famille. Dans une narration ponctuée par le timing d' Affaires non résolues (émission qui m'a fortement fait penser à Témoin Numéro Un, l'émission de Jacques Pradel. Attention, le premier qui me dit que je suis vieille...), les chapitres s'enchainent, et les points de vue s'entremêlent. C'est tantôt l'un, tantôt l'autre qui est au centre de l'intrigue, et on re-tricote petit à petit le passé grâce aux souvenirs conjoints des époux: vindicte populaire, fausses accusations, délation, bavure policière, le package complet de la sordide enquête sur la mort d'un enfant. L'âge aidant ( sans doute), cette histoire m'a fait penser à "l'affaire Grégory" (lire ici pour les jeunots), qui avait défrayé la chronique, en son temps. Rien de neuf sous le soleil de l'ignominie humaine, donc. Rien? Mais si : çà et là, certains chapitres intitulés " Lui" ou "Elle". Eux? Mais qui? Le coupable, et sa femme, pardi! C'est là l'excellent exercice de style réalisé par Jacques Expert: nous confronter à l'assassin et sa femme, les voir vivre minute par minute l'émission télé, les entendre raconter leurs souvenirs, s'opposer, se détester, se tester.... Le lecteur devient enquêteur, il collecte les indices, cherche des ressemblances avec les 4 suspects toujours dans la ligne de mire du commissaire Bouvard, chargé de l'affaire depuis le début. Et c'est là que le bât blesse: trop d'indices tuent le suspense, Monsieur Expert. "Tiens, c'est étrange, l'assassin aime jardiner, et....oh! celui-là aussi! mais celui-ci, pareil! et les deux autres idem, oh ben ça alors! ". L'auteur nous balade, nous fait soupçonner à tour de rôle les 4 hommes. Il nous emmène là il le veut, mais de façon trop claire, trop directe. Et très vite, on comprend que jamais on ne découvrira la vérité par nous-même, qu'il nous faudra attendre le bon vouloir de l'écrivain pour identifier la crapule qui a assassiné Laetitia, qui aime le whisky et malmène sa femme. Et quand arrive ce moment, force est de constater que ... l'on s'en fout, en fait. Il n'y a aucune tension, le suspense est inexistant, les personnages creux , interchangeables à loisir. Le style de l'auteur, aussi plat que les suspects, participe à cette impression de mauvaise série B: on le lit ce roman comme on suivrait un épisode de Julie Lescaut, d'un œil. Et encore, d'un œil à moitié ouvert, tant l'ennui nous guette...

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delphine-olympe 26/02/2014 23:56

Je ne dirais pas que le style de l'auteur est creux : il est carrément exécrable. J'ai parfois buté sur les fautes de syntaxe... Et là, on ne peut pas accuser le traducteur ! Quant aux personnages, en effet tous interchangeables, ils sont une pauvreté déconcertante. Les femmes, n'en parlons pas, elles sont inexistantes, totalement sous la coupe de leurs maris. Bref, pour moi, ce livre est une imposture.

Jacquelie 17/01/2014 21:39

J'ai souri, j'ai ri ... avec ton billet .... mais je ne tenterai pas la lecture du roman ....:-)

LaFée 17/01/2014 21:40

Ah, toi aussi tu te souviens de Pradel? :p