La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"Persona" Erik Axl Sund

"Persona"  Erik Axl Sund

" Le corps serait constitué de deux entités, un animal et un être humain. Une victime et un bourreau. Un bourreau et une victime. Le libre arbitre uni aux pulsions physiques. Deux antipodes dans un même corps. »

J’ai refermé cette nuit ce roman suédois porté aux nues par les critiques, et je ne sais qu’en penser : impossible pour moi de dire « j’ai aimé » ou « je n’ai pas aimé ». Je n’ai en fait que deux certitudes : rarement un livre ne m’a autant retourné les tripes et Oh my God ! Quelle narration effroyablement efficace ! Pour être honnête, j’ai failli l’abandonner plusieurs fois en cours de lecture, parce que j’avais la nausée, réellement, mais l’envie de savoir l’a emporté sur le dégoût (c’est dire si c’est un roman diabolique hein…).

Difficile de présenter le sujet sans trop en dévoiler. Disons juste qu’il s’agit d’un thriller dans lequel deux héroïnes mènent la danse. Une psychologue assez sophistiquée, d’abord, Sofia Zetterlund, qui suit deux patients difficiles : Samuel Baï, un enfant soldat de Sierra Leone et Victoria Bergman, une femme visiblement traumatisée depuis l’enfance. Une policière, ensuite, Jeanette Kihilberg, qui tente de résoudre une série de meurtres particulièrement violents perpétrés sur des adolescents. Ces deux femmes partagent une forte personnalité, une vie privée compliquée, un métier difficile et vont se retrouver liées, pour le meilleur ou pour le pire (ok, surtout le pire).

Il s’agit en fait du premier tome d’une trilogie, née de l’imagination démoniaque de deux auteurs, Jerker Eriksson et Häken Axlander Sundquist, que je ne voudrais vraiment pas croiser dans une ruelle la nuit ( jugez-en par vous-mêmes en bas de page, puisque je n'arrive toujours pas à insérer des images :p ), ni même en plein jour, pour être honnête. Ce duo est un mélange de Chattam et de Mo Hayder, en plus « tout » : plus violent, plus trash, plus terrible dans la peinture du Mal. C’était une lecture éprouvante, réellement, tant par les sujets abordés que par la manière dont ils sont mis en scène, sans fard, sans artifice, aussi crûment en fait qu’ils apparaissent à nos héroïnes. Les enfants soldats de Sierra Léone, la manipulation mentale, le viol, la violence dans son expression la plus primitive et la plus terrible mais surtout (enfin, « surtout » parce que c’est ce qui a été le plus insoutenable pour moi) la pédophilie. On se prend tout en pleine face, au détour d’une phrase, et durant de longs passages on est confronté au Mal Absolu, sans aucun filtre. Et c’est dur, vraiment. Mais jamais gratuit ou pervers. Dérangeant parce que réel, surtout. Heureusement, et c’est aussi ce qui fait la force du roman, tout ne tourne pas autour de ces horreurs. C’est aussi un roman sur le démantèlement du couple, sur les difficultés des femmes à jongler entre leur travail et leurs enfants: Il fallait tondre la pelouse, écrire des lettres, procéder à des interrogatoires. Il fallait qu’elle soit une mère attentive à son fils. Etre capable d’aimer et d’éprouver du désir. Et à côté de tout cela avoir le temps de vivre. Vivre. Sommeil sans rêve et sans réel repos. Une interruption dans le mouvement sans fin. Un instant de répit dans ce perpétuel déplacement de son corps. Sisyphe, pensa-t-elle. C’est aussi, enfin, un véritable thriller psychologique au sens strict, puisque la psychologie est au centre de l’intrigue. Le tire fait référence à Jung et nous donne des pistes, des indices pour comprendre, ou du moins deviner vaguement dans mon cas, la ficelle majeure du roman (qui m’a décroché un « oh put*in sonore tellement en une phrase tout s’est mis en place dans ma petite tête, et je me suis dit que c’était TRES TRES fort d’arriver à composer un tel puzzle).

Un puzzle, complexe et terriblement efficace, voilà ce qui définit le mieux la narration de ce roman très dense. De courts chapitres, chacun consacré à un lieu, un instant et un personnage différent, qui s’enchaînent sans logique apparente et nous baladent, au propre comme au figuré. Mais on a envie de Savoir, on est « pris », pas tellement par l’enquête policière un peu convenue, mais par l’ambiance particulière, malsaine, il est vrai, mais terriblement addictive. Et la fin, la fin…. n’en est évidemment pas une, puisque deux volumes sont encore à paraître, mais elle nous laisse tellement sur le cul que je sais que même si je risque fort d’avoir envie de tout arrêter pour aller regarder un épisode de Oui-Oui ou lire un « Petit ours brun » , j’irai rejoindre Jeanette et Sofia pour voir de quoi ces deux grands malades sont encore capables (même pas peur !)

"Persona"  Erik Axl Sund
"Persona"  Erik Axl Sund

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Alice 05/01/2014 11:12

Merci pour ton billet qui traduit bien l'ambiance sans filtre du livre. Je l'ai trouvé passionnant aussi!

Lafée 05/01/2014 21:11

Vivement la suite!

paikanne 04/01/2014 19:56

Pas pour moi ; pour le moment, en tout cas... malgré ton bon billet ;-)

Lafée 05/01/2014 21:11

Merci!

Jacqueline 04/01/2014 19:39

Oh, ton billet me fait peur .... et la photo des auteurs me laisse imaginer "le pire" ...:-)
Je pense que ce roman n'est pas fait pour moi .... trop de scènes, certainement, "difficiles" à lire ... pour "mon petit cœur" ....

Lafée 05/01/2014 21:10

Je confirme que c est assez difficile comme lecture:-)

Cajou 04/01/2014 19:20

Très beau billet ! Je veux le lire maintenant !

Lafée 05/01/2014 21:10

Pour une fois que les rôles sont inversés :p

La Petite Souris 04/01/2014 18:48

j'ai depuis peu cet ouvrage sur mes étagères pour une prochaine lecture ! j'ai vraiment hâte de le découvrir , j'aime ce genre d'histoire donc je pense que je devrai aimer. En attendant bravo pour cette belle chronique, d'autant que je découvre par la même occasion ton blog que je ne connaissais pas et que je ne manquerai pas de venir visiter de temps en temps dorénavant :)

Lafée 05/01/2014 21:09

Smileyquirougit merci! Je me réjouis de lire ton avis!