La Fée Lit

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"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"Fleur de cimetière" David Bell

"Fleur de cimetière" David Bell

"Combien de fois en une vie notre destin peut-il basculer? Pour ma part, deux fois en quatre ans. La première quand Caitlin a disparu, et la seconde quand elle est revenue".

Mettons les choses au point dès le début: la couverture et la 4ème nous mentent. Thriller psychologique? Ah non, ma p'tite dame. Pas de thriller au sens strict du terme ici, puisque le suspense est absent (ou alors il y a de l'auto-spoiler, allez savoir avec ces jeunes romanciers). Par contre, quel roman psychologique! Je ne joue pas les pinailleuses en chipotant sur les mots, hein, c'est juste que je ne m'attendais pas à ce type d'intrigue, trompée que j'étais par la collection, la maison d'édition, le titre, l'illustration de couverture tout ça tout ça, donc j'ai été décontenancée et un chouia déçue au début de ma lecture. Je ne comprenais pourquoi faire 100 pages sur "l'avant retour" puisque nous savions tous que retour il y aurait. Puis j'ai compris. Et j'ai été bluffée. Comme quoi...( placez ici le poncif de votre choix " la première impression.../ tel est pris..../...).

L'histoire? Faisons simple, et surtout, moins précis que tous ces résumés qui circulent un peu partout et gâchent notre plaisir. Tom et Abby Stuart avaient tout pour être comblés: un mariage heureux (?), une vie confortable et une merveilleuse (?) petite fille de douze ans, Caitlin ; un parfait petit bonheur made in USA, qui va voler en éclats lorsque l'enfant disparait sans laisser de traces... pour réapparaitre quatre ans plus tard, au lendemain des funérailles organisées en sa mémoire, étrangement calme, refusant de parler de ce qui lui est arrivé...

Vous l'avez compris ( sauf si vous avez vécu ces dix dernières années dans un monastère tibétain sans n'avoir jamais entendu parler de Natacha Kampusch) c'est un roman sur le syndrome de Stockholm. Mais pas seulement. C'est d'ailleurs l'aspect qui m'a le moins intéressée dans l' analyse crue et parfois violente de "l'après drame". Caitlin m'a agacée, j'ai eu très souvent envie de lui coller une bonne claque ( virtuelle, la claque. La violence, c'est mal.) qui lui remettrait les idées en place . Avant de disparaitre déjà elle n'était qu'une sale petite peste à qui l'on aurait donné le bon Dieu sans confession, qui faisait tourner en bourrique ses bienheureux parents et son passage à l'adolescence n'a rien arrangé. Bien sûr, elle est traumatisée, bien sûr, c'est une forme de résilience, bien sûr, bien sûr, bien sûr... mais quand même.... On tombe parfois dans l'exagération, certains de ses comportements sont complètement illogiques, même en cas de stress post-traumatique intense, et la fin pêche un peu par cette invraisemblance, mais on évite le happy-end too much tout rose bonbon, et c'est tant mieux!

C'est aussi un roman extrêmement subjectif, puisque la narration se fait uniquement au travers du personnage de Tom. C'est lui qui nous présente les événements, passés ou présents, ce sont ses yeux, sa tête, ses tripes qui nous parlent, et déforment la réalité. Comme lui, avec lui, nous passons de l'amour fou inconditionnel d'un père pour sa fille au doute perfide et insidieux (il y a des moments où je me suis demandé si elle n' y était pas pour quelque chose), on assiste à l'explosion de son mariage, on (re)découvre combien l'enfance peut laisser des traces, on a peur, on hésite, on tergiverse, puis on fonce (parfois droit dans le mur). C'est à la fois oppressant et jouissif, même si cette partialité nous prive du ressenti des autres personnages. J'étais un peu frustrée, d'ailleurs, de n'avoir comme vision d' Abby que celle d'un mari qui ne l'aime plus, ou si peu, et ne voit donc plus en elle qu'une bigote ridicule sous la coupe d'un pasteur qui cherche à la mettre dans son lit. Tom prend toute la place, c'est vrai, mais la quête désespérée de sa fille qu'il a pourtant retrouvée m'a touchée, tandis que constat qui sous-tend l'intrigue m'a glacé les sangs: Tous les parents finissent un jour ou l'autre par se rendre compte que certains aspects de leurs enfants leur resteront à jamais cachés. Peut-être l'ai-je découvert plus tôt que les autres....

En bref, c'est surtout un roman qui cache bien son jeu, qui ne paie pas de mine mais qui aborde avec subtilité et sans tomber dans le pathos des thèmes difficiles. David Bell, one point, donc.

"Fleur de cimetière" David Bell

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Jacqueline 25/05/2014 09:24

Roman terminé hier .... Dans l'ensemble, j'ai aimé ce roman ..... J'ai éprouvé beaucoup de sympathie pour le père et comme toi, j'aurais voulu découvrir le point de vue de la maman ...
Ce qui m'a gênée dans ce récit qui raconte un fait abominable, c'est mon manque d'empathie envers Caitlin ... Je pense que l'auteur a exagéré dans certaines réactions ...

LaFée 28/05/2014 20:18

Sans doute un peu, oui, mais dans l'ensemble ça sonnait "vrai" :)

Noctenbule 19/01/2014 09:40

Un auteur à découvrir alors :)

Jacqueline 15/01/2014 16:17

Ton billet me donne très envie de découvrir ce roman ....:-)

Cajou 14/01/2014 22:48

Bon, et bien, qu'est ce que j'attends encore pour le lire !? J'ai passé tout ce qui concernait le résumé du roman pour pas me spoiler, j'aime ne rien savoir sur le contenu (quoique maintenant je sais qu'une petite fille disparait et revient ^^).
Reveline (Hélène du groupe de lecture) avait fait un billet coup de coeur de ce titre, si je me souviens bien !

LaFée 15/01/2014 11:28

Non mais je l ai très mal pris, tu sais bien moi... Plus sérieusement, vu que l info est déjà dans le résumé, on pouvait s en passer:-)

Cajou 14/01/2014 23:08

Oh ce n'était pas un reproche, ton billet dit très bien que ce n'est pas du tout l'enjeu du roman !

LaFée 14/01/2014 22:53

édité :-)

LaFée 14/01/2014 22:51

Oups:-) En même temps, la 4ème te le dit aussi :-)