La Fée Lit

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"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"Ce que j'ai oublié de te dire" JC Oates

"Ce que j'ai oublié de te dire" JC Oates

"Sauf que - Tink le sait bien!- nous n'en avons jamais fini avec le suspense de nos vies.

Une lecture en demi-teinte pour un Oates qui l'est tout autant....Etrange roman à trois voix, trois univers, trois jeunes filles différentes et pourtant tellement semblables.... Merissa, Nadia, Tink : 3 copines, pas vraiment amies (et pourtant), aux prises avec la Vie, avec un grand V, celle qui fait peur, celle qui fait mal... L'élément déclencheur de ce roman, c'est la mort de Tink, personnage absent et paradoxalement tellement présent, qui a eu le mérite de semer la pagaille dans l'existence déjà si rangée, si calme, si tristounette de ces "Desesperate young adult". Tink, c'est un ange à la Cocteau, inadaptée à la Terre, qui n'y a fait qu'un rapide passage, parce que son important est ailleurs. Joli programme, n'est-ce pas? Sauf qu'Oates va cette fois-ci encore très (trop?) loin dans la plongée en apnée dans l'univers adolescent, et que cette immersion totale en devient oppressante, presque effrayante par moments. Comme d'habitude, aucune concession, aucune demi-mesure, aucun "politiquement correct": les thèmes sont trashs, à la limite du violent, mais ils ne sont qu'ébauchés, et c'est ce qui m'a le plus dérangée: c'est un constat amer, où le pire apparaît comme la solution. C'est un livre à double tranchant, dangereux dans un sens, puisque le "message" ( si message il y a, ce dont je ne suis pas convaincue) n'apparaît qu'en négatif, et n'est donc sans doute pas accessible à un lecteur en souffrance, qui se reconnaitra dans l'héroïne mais sans prendre la distance nécessaire. Scarification, suicide, éclatement de la famille, difficulté d'être (décidemment, Cocteau...), ces jeunes filles parfaites, à qui tout sourit, sont à la fois détestables et attachantes, mais il m'a fallu attendre Nadia pour être touchée en plein cœur. Les deux premières parties me semblaient trop lisses, trop académiques, trop "déjà vues" peut-être, même si la réalité dénoncée a bien besoin de l'être. C'est dans la mesure de Nadia, dans son besoin d'être aimée, dans son rapport à l'adulte ( père, enseignant, tout le monde en prend pour son grade) que j'ai retrouvé la subtilité de l'Oates que j'aime. Imaginez ma frustration, donc, lorsqu'enfin pleine d'empathie pour l'un des personnages j'ai vu se refermer le roman comme on claque une porte au nez.....

Si je veux être honnête et juste, je suis bien forcée d'admettre que stylistiquement, ce livre est un coup de maître. C'est un exercice risqué, une triple narration adolescente, mais c'est un pari réussi avec brio. Immersion totale. Etouffement. Trouble. On n'est pas avec Merissa, on EST Merissa, malgré la barrière de la troisième personne, espèce de couverture derrière laquelle on ne peut malheureusement pas se cacher. Mais à nouveau, j'ai trouvé cette langue trop lisse, trop léchée, trop travaillée, jusque dans l'utilisation des signes de ponctuation ( à croire que les ados parlent uniquement à l'aide de /, **, - ()),

Je suis restée à l'extérieur, à côté, quasi tout le temps: spectatrice souvent choquée, parfois dépitée, mais jamais embarquée. Qu'à cela ne tienne, je dois encore avoir 10 romans dans ma PAL pour me réconcilier avec JCO :-)

"Ce que j'ai oublié de te dire" JC Oates

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Jacqueline 28/02/2014 07:53

J'ai tenté "Petite sœur......" ....Mais je "n'entre pas" dans le roman .... L'auteure veut dire tellement de choses, disséquer, aller au plus profond, plus juste, etc ..... que je peine ....

Jacqueline 28/01/2014 11:28

Apparemment, ce n'est pas encore ce roman qui va me faire apprécier Oates .....
"Petite sœur, mon amour" attend dans ma Pal ..... :-)

LaFée 29/01/2014 15:37

suspense:-)