La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"Le monde de Charlie" Stephen Chbosky

"Le monde de Charlie" Stephen Chbosky

"Du coup, je me dis que c'est pour des tas de raisons différentes qu'on est comme on est. Et qu'on les connaîtra jamais toutes, ces raisons. Mais même si on ne peut pas choisir d'où on vient, à partir de là, on peut quand même choisir où on veut aller. On peut faire des choses. Et essayez de se sentir bien quand on les fait. Je crois que si un jour j'ai des enfants, et qu'ils se sentent mal, je leur dirai pas qu'il y a des gens qui meurent de faim en Chine ou d'autres trucs du même genre - ça changerait rien au fait qu'ils se sentent mal. Et même s'il y a des gens qui sont plus à plaindre que toi, ça ne change pas grand chose au fait que tu te sentes mal ou pas"

Me voilà bien embêtée. Mais vraiment, très très très embêtée. J'ai même relu la moitié du roman hier, histoire de "voir si..." . Mais rien à faire. Et je suis bien forcée d'avouer que je n'ai pas changé d'avis: je n'ai pas aimé, pas du tout. Même moi je ne comprends pas pourquoi, mais je suis passée à côté. Et quand je lis des critiques dithyrambiques comme celles-ci ( http://boumabib.fr/2013/01/02/le-monde-de-charlie-de-stephen-chbosky/ ; http://www.lirado.com/livres/monde-de-charlie.htm) je me dis que soit on n'a pas lu le même roman, soit je débloque complètement.

Comme l'indique le titre, ce roman est une plongée en apnée dans l'univers particulier d'un ado particulier, Charlie. Il vient d'entrer au lycée, et tout le monde le trouve "pas raccord" (d'où le titre original du roman), bizarre, trop sensible. Seul son professeur de littérature semble déceler en lui ce que personne ne voit: un être à part, certes, mais surtout un gamin extra-ordinaire. Lorsqu'il rencontre Sam et Patrick, sa vie va prendre un nouveau tournant, il va découvrir "le" monde, plein de fêtes, de filles, de musique, il va se lier (trop?)profondément à ses nouveaux amis qui vont l'aider à grandir.Comme le dit l'affiche du film éponyme: " on ne passe qu'une seule fois à l'âge adulte", et ce moment-là va être particulièrement brutal pour Charlie (et surtout pour nous lecteurs), dans un épilogue que je n'ai pas du tout vu venir et qui m'a laissée bouche bée de stupeur (oui, rien que ça).

"Plongée en apnée", ai-je dit, parce que tout est vu, perçu, senti et raconté par Charlie, au travers de lettres qu'il envoie à un destinataire qui restera à jamais anonyme. C'est un parti pris intéressant et très pertinent, puisqu'il nous permet de rentrer dans le "monde de Charlie" , mais cette narration m' a par moments agacée, j'aurais aimé avoir le ressenti des autres personnages, un contrepoids adulte, mature, et un regard sur Charlie autre que le mien, pour m'aider à le comprendre et à l'aimer. Les phrases sont courtes, enfantines, étranges dans la bouche d'un ado de 16 ans, et même si j'ai compris pourquoi l'auteur a choisi de le faire s'exprimer ainsi, je ne peux pas m'empêcher de trouver ce style artificiel: il sonne faux, à mes oreilles, creux, lourd et du coup vide du sens qu'il doit pourtant contenir. Un exemple au hasard?" La vache! C'était génial! Si tu veux, je peux te décrire la scène. Voilà. On est tous assis dans la maison de Sam et de Patrick (que je n'avais jamais vue avant). Une belle maison. Très propre. Et on est tous en train de s'offrir nos derniers cadeaux. Dehors, les lumières sont allumées et il neige, on dirait de la magie". L'auteur cherche à nous emmener à l'intérieur de l'esprit de Charlie, il écrit justement ainsi pour que l'on se mette dans sa peau, que l'on voit à travers ses yeux, mais je n'y suis pas parvenue.

Mais qui est-il, ce fameux Charlie? Là aussi, je me suis sans doute trompée. Inadapté social, hyper sensible (il pleure pour un rien, tout le temps), mais aussi lecteur passionné et belle plume, voilà ce que nous en dit Stephen Chbosky. Mais je m'interroge, à nouveau. Pour être honnête, il m' apparait comme un "débile mental léger", Charlie.... ou alors il est Asperger, et tout s'explique. Mais justement, rien n'est clair, et ce flou ne m'a pas aidée à me rapprocher du héros. Je n'ai pas compris, encore une fois j'en suis sûre, la démarche de l'auteur. Ou plutôt si, rationnellement, je sais qu'il a voulu nous faire comprendre la difficulté d'un ado "différent", son incapacité à faire semblant et son appréhension face au monde, mais je n'ai rien senti, aucune empathie, aucune sympathie, je suis restée " de l'autre côté". Pire encore, j'ai trouvé l'apprentissage de Charlie à la limite du ridicule: "la fête et les filles" " la drogue et le sexe" , c'est important à cet âge-là, je vous l'accorde, mais j'aurais aimé plus de profondeur, de finesse dans l'analyse, d'aspérités et de relief dans le personnage. Et Charlie n'est pas la seule victime de ce jugement sans appel : Sam et Patrick en font également les frais, caricaturaux au possible, à la limite du grotesque dans la représentation du jeune lycéen homosexuel et de la fille-dont-tout-le-monde-rêve-en-secret. Je crois que j'ai lu trop de fabuleux livres "jeunesse" qui traitaient de ces sujets-là, et que c'est pour cela que Chbosky ne tient pas la comparaison: à côté de "Nos étoiles contraires", ce roman fait figure de série B pour ados boutonneux.

Je me rends bien compte que mon avis est tranché (et tranchant) , que je suis loin d'être tendre avec ce roman pourtant culte aux USA et que je suis sans doute à moitié responsable de ce fiasco, mais croyez-moi, ce n'est pas faute d'avoir essayé....Ce n'est pas parce qu'il ne m'a pas plu qu'il n'a rien pour plaire, je reconnais à ce livre de nombreuses qualités: le style, comparé à celui de Salinger, a été mis en avant dans de nombreuses critiques , Charlie incarne pour beaucoup le mal-être adolescent, les lecteurs l'ont trouvé drôle, attachant, bouleversant même. L'intrigue est rondement menée, je l'admets volontiers, la chute en est véritablement une, au propre comme au figuré, les romans et chansons découvertes par Charlie dressent un portrait fidèle et intéressant de l'Amérique dans les années 90 mais... mais.... pas d'étincelle entre Charlie et moi, juste une rencontre manquée.

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Commenter cet article

choupynette 27/11/2013 16:21

je te comprends quand tu dis ton sentiment face à ces critiques élogieuses alors que tu n'as pas du tout accroché. j'ai moi même eu ce ressenti dernièrement avec le roman de Stephen King sur le voyage dans le temps (22/11/1963). Je me suis mortellement ennuyée, alors que d'autres crient au génie. Un gouffre nous sépare... que je n'arrive pas à m'expliquer. Mais bon, il en faut pour tous les goûts. :)

LaFée 27/11/2013 18:38

Quoi? Tu n'as pas aimé? (lol). C'est vrai qu'il en faut pour tout le monde, mais là je me sens seule face au reste du Monde :-)

paikanne 27/11/2013 16:13

Pour le moment, il "ne me dit rien" ; peut-être un jour...

LaFée 27/11/2013 18:38

J'ai envie de dire "sage décision" :p

Cajou 27/11/2013 15:24

Arf, j'ai encore plus envie de le lire après avoir lu ton billet "négatif" :D Faut que je le remonte dans ma PAL !

LaFée 27/11/2013 18:37

Voilà qui ne m'étonne pas de toi! Je me réjouis de lire ton avis :-)

véro 27/11/2013 15:09

je suis comme toi... ma fille a vu le film et lu le livre et a a-do-ré... quand elle raconte le film j'ai pas l'impression d'avoir lu la même histoire... j'ai dû passé du même "à côté" que toi, mais je n'ai pas ta prose pour le dire...

LaFée 27/11/2013 18:37

Ah ben tu me rassures:-) Dis, tu as trouvé "back up" dans ton casier?

Cécile 27/11/2013 14:46

Bien bien bien... Vais-je le laisser en w-l ou pas?

Cécile 27/11/2013 15:34

Je regarderai si je le trouve lors de ma prochaine virée bibliothèque ;)

LaFée 27/11/2013 14:52

oui oui ouiiiiiiiiiii parce que j'ai envie d'avoir d'autres avis que le mien (et donc de voir si je suis la seule dégénérée sans cœur)