La Fée Lit

La Fée Lit

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux" (Jules Renard)

"Kinderzimmer", Valentine Goby

"Kinderzimmer", Valentine Goby

"Comment ai-je pu écrire cette chose que je ne sais pas encore nommer et qui m'épouvante quand je la relis. Le mot «écrit» ne conviendrait pas. Je me suis trouvée devant des pages régulièrement pleines d'une petite écriture extraordinairement régulière et calme. Je me suis trouvée devant un désordre phénoménal de la pensée et du sentiment auquel je n'ai pas osé toucher et au regard de quoi la littérature m'a fait honte."

Marguerite Duras, "La douleur".

Je sais, j'ai loupé le train. Celui de la rentrée littéraire et de sa frénésie de romans et de billets, un peu partout, sur un peu tout (et parfois n'importe quoi). Je sais, tout le monde ou presque a écrit sur Kinderzimmer, et souvent très bien, de façon juste et sincère, comme en témoignent ces trois chroniques:

http://www.milleetunefrasques.fr/2013/10/kinderzimmer-de-valentine-goby/

http://www.plumedecajou.com/article-kinderzimmer-de-valentine-goby-120233872.html

http://uncahierrouge.wordpress.com/2013/09/10/vivre-est-une-oeuvre-collective/comment-page-1/#comment-4

Alors, pourquoi? Peut-être parce qu'écrire, ce n'est pas seulement partager, c'est aussi garder une trace. Et de ce livre-ci, je voudrais toujours garder le ressenti. Aussi vif qu'à la lecture, ou presque. Je l'ai refermé il y a plus d'un mois, mais il me hante toujours. Mila et Teresa, Sacha et James me hantent, mais pas autant que les mots eux-mêmes, ceux de Valentine Goby et ceux de ses personnages; les sons, les bruits et les odeurs de Ravensbrück me hantent encore.

Raconter l'histoire de la Kinderzimmer de Ravensbrück sans tomber dans le pathos était déjà un pari franchement culoté, il faut bien l'avouer. On est en 1944, Mila est une jeune déportée dans ce camp de concentration qui compte plus de quarante mille femmes. Et Mila est enceinte, elle porte la mort dans son ventre comme d'autres la vie. C'est ce récit-là que nous donne à lire Valentine Goby, sans fioriture ni artifice, de manière brute, presque aussi brute que l'est l'univers concentrationnaire. Et c''est une pleine réussite, selon moi, vraiment. On entre avec Mila dans ce monde qui n'en est pas un, dans cette espèce d'antichambre de la mort dans laquelle brille pourtant la vie: un chant, une recette de cuisine, un regard ou une parole, un rien permet à ces femmes de donner la vie, de la perpétuer et de la faire triompher. Comme Primo Levi, l'auteur n'apporte rien en terme d'horreurs à ce que l'on sait déjà. En mots, en musique et en images, depuis Nuit et Brouillard et Charlotte Delbo, tout le monde sait. Et c'est pour cela que ce livre est important, parce qu'il ajoute une histoire à l'Histoire, sans en faire des tonnes et par petites touches de "lumière dans les ténèbres". Rien que pour ce choix de sujet, cette galerie de personnages hors du commun et pourtant tellement humains, ce roman mérite d'être lu.

Le reproche le plus vif que l'on adresse un peu partout à l'auteur, c'est son style: "dépouillé"," brouillon" "sans aucune recherche" "plat" "inexpressif" sont les termes qui reviennent souvent. Et c'est aussi pourquoi j'ai eu envie d'écrire ce billet, pour défendre ce parti pris littéraire, osé, mais qui pour moi était non seulement pertinent, mais surtout nécessaire. J'ai lu, relu, reposé le livre, repris ces quelques premières pages une bonne dizaine de fois, et à chaque fois : le même uppercut. Personne, ou peut-être Duras dans la Douleur, mais différemment, personne n'avait réussi selon moi à dire l'indicible avec autant de justesse: " Pour Mila, rien n'a de nom encore. Des mots existent, qu'elle ignore, des verbes, des substantifs pour tout (...) Une langue qui nomme, quadrille une réalité inconcevable hors d'elle-même, hors du camp, en traque chaque recoin comme un faisceau de torche". Si l'on ne ressort pas indemne de ce roman, c'est à mon sens grâce (ou à cause?) de cette langue en perpétuelle recherche, ces phrases sans pause, sans respiration, qui nous transportent là-bas, qui nous font ressentir de l'intérieur ce que vivent les personnages, pas tellement dans les faits eux-mêmes, mais dans leur corps, dans leur cœur et dans leur voix, cette voix qui ne cesse de résonner en nous, celle de Mila, de Suzanne, celle de ces milliers de femmes anonymes qui peuplent l'univers concentrationnaire et dont on ne saura jamais rien.

C'est un grand livre, un livre important et nécessaire, un livre difficile et éprouvant, qui vous prend à la gorge et vous emmène "au-delà des larmes". C'est un TRES grand livre.

Edit : l'avis de Maxime M.

* L’originalité :

J’ai grandement apprécié la thématique de l’histoire. Celle-ci aborde le sujet de la seconde guerre mondial, plus particulièrement la vie des femmes dans les camps de détention de l’allemagne Nazi, dans le camps de Ravensbruck pour être plus précis. Cette période de conflit me passion tout particulièrement, il va donc de soit que j’ai adoré l’histoire en elle-même car celle-ci se déroule en 1940 et 1945.

* Les personnages :

Une des particularités de l’histoire que j’ai aimé et que j’ai remarqué était que tout les personnages du livre étaient tous très attachant. Très vite, dès le début de l’histoire, on s’attache à Mila, personnage autour du quel toute l’histoire tourne autour, mais aussi à son futur bébé. Car il ne faut pas oublier que dès l’arrivée de Mila dans le camps, cette dernière est enceinte.

De la première page jusque la dernière, nous voulons savoir à tout prix ce qu’il adviendra de Mila et son bébé : va t-elle accoucher dans le camp ? Vont ils mourrir ? Vont ils s’en sortir ?

* La manière dont l’histoire est écrite :

Je n’ai pas apprécié la manière dont l’histoire était écrite. Selon moi, il y avait trop de descriptions et trop peu de dialogue. Ce n’était que des phrases banales écrites l’une à la suite de l’autre qui servaient juste à décrire les ressentis des personnages et les descriptions des différents paysages. De plus, la plupart de ces descriptions, qui permettaient de retranscrire la véracité des événements, étaient absolument choquantes et horribles. On pouvait facilement s’imaginer à quoi ressemblait exactement les différentes piles de cadavres geonchant le camp, on pouvait se rendre compte du type de folie qu’habitait les détenus,...

* Facilité de lecture :

Un dernier aspect du livre qui ne m’a pas plu, était la facilité de lecture. Ce roman m’a paru très compliqué à lire pour différentes raisons tel que par exemple : les descriptions souvent choquantes du livre mais aussi de part sont ambiance très lourde.

Les descriptions tout au long du livre permettaient de voir à quel point les évènements de cette période étaient très dur et totalement atroces.

Mais aussi, l’ambiance général du livre rend ce dernier difficile à lire. Le thème du livre est très morbide, plusieurs personnages et amies de Mila mourront tout au long du livre, les personnages deviennent de véritables animaux mis en cage,... Cette atmosphère particulièrement pesante rend la lecture de ce livre quelque peut difficile.

 

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Cess 16/01/2014 14:16

Je n'ai pas trouvé le style brouillon, encore moins plat et inexpressif, mais je l'ai trouvé saccadé oui et cela a gêné ma lecture.
Je me suis pas "attachée" à l'héroïne, j'ai moins ressenti pour elle. C'est l'Histoire qui m'a fait ressentir beaucoup de choses, ce qu'il se passe dans les camps, plus que son histoire, sa grossesse etc...
Je ne sais pas si c'est clair.
En tout cas, je suis d'accord, un livre à lire.

argali 02/11/2013 11:52

Telle une symphonie, l’écriture de Valentine Goby rythme de sa syntaxe les événements contés. Tout au long du récit, syntaxe et sémantique se répondent en parfaite harmonie, l’émotion montant crescendo. Une belle écriture, maîtrisée et forte pour décrire l’indicible.
J'ai adoré.

Lafée 02/11/2013 19:37

Je suis ravie de savoir que toi aussi tu l'as aimé :-)

Jacqueline 01/11/2013 21:06

Comment raconter l'indicible ? ...... Comme l'a fait Valentine Gobi .... Un roman qui ne fait pas couler les larmes .... mais que l'on ressent "dans son ventre" ...

Lafée 02/11/2013 19:37

c'est exactement ca:-)

paikanne 01/11/2013 17:56

Il est dans ma PAL mais je suis comme qui dirait un peu débordée pour le moment ;-)

Lafée 02/11/2013 19:36

j'espère que tu vas vite l'en sortir :-)